COMMERCE-ZIMBABWE: Un acte d'équilibre entre la Chine et l'UE

HARARE, 19 oct (IPS) – L'isolement du gouvernement zimbabwéen de l'arène économique internationale l'a obligé à tourner à droite pendant qu'il indique la gauche.

Le vice-ministre de l'Industrie et du Commerce international de ce pays, Pheneas Chihota, a récemment fait un aveu surprenant quand il a déclaré que l'Union européenne (UE), qui a infligé des sanctions ciblées à l'élite politique zimbabwéenne pour son mauvais record en matière de droits de l'Homme, demeure toujours le principal partenaire commercial de ce pays d'Afrique australe en proie à des troubles. Le gouvernement zimbabwéen est accusé d'une série de violations des droits humains, y compris des arrestations arbitraires, des détentions et des agressions aveugles contre des présumés ennemis de l'Etat. Les remarques du ministre, faites à l'assemblée plénière du parlement, sont intervenues comme une surprise pour certains puisque le gouvernement avait désigné l'année passée le continent asiatique, particulièrement la Chine, comme son partenaire commercial de premier plan. Il a été accordé à la Chine le statut de destination autorisée (SDA), lequel donne à ce pays asiatique un accès facile aux marchés zimbabwéens. Le gouvernement est même allé plus loin, lançant la "Look East Policy" qui a été conçue pour trouver de nouveaux marchés pour les produits du pays. Mais cette politique n'a pas encore porté ses fruits, comme l'a reconnu Chris Mutsvangwa, ancien ambassadeur du Zimbabwe en Chine. Il a indiqué que "les hommes et femmes d'affaires locaux sont réticents pour s'associer au commerce chinois".

Le commentaire franc de Chihota a été perçu comme un aveu du gouvernement selon lequel la "Look East Policy", rejetée sur un ton moqueur par les Zimbabwéens, n'a pas pu contribuer à un développement significatif de l'économie du Zimbabwe qui s'effondre. Le gouvernement s'est apparemment rendu compte que l'UE demeure un marché important pour les produits zimbabwéens. "Le pays tire profit du commerce avec l'UE et l'UE est de loin le plus important donateur de ce pays", a déclaré Chihota à l'assemblée avant la présentation du collectif budgétaire du Zimbabwe le mois dernier par le ministre des Finances, Samuel Mumbengegwi. "Le Zimbabwe exporte 55.000 tonnes de sucre vers l'UE chaque année. Nos sociétés bénéficient des exportations du sucre", a ajouté Chihota. Il a exprimé son soutien aux Accords de partenariat économique (APE) en cours de négociation entre l'UE et les Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Les commentaires de Chihota interviennent à un moment où l'offre des APE de l'UE inclut la suppression progressive des taxes et des quotas sur le sucre en provenance des pays ACP. Le ministre a utilisé ce moment pour rallier les parlementaires autour de ce processus, qui est prévu pour démarrer en janvier 2008 si les discussions des APE aboutissent. Le Zimbabwe est un grand exportateur de sucre à partir de ses grandes plantations dans le sud-ouest du pays. Accepter les APE, a affirmé Chihota, permettrait au pays d'exporter du sucre à de meilleures conditions. L'UE indique que les producteurs à faibles coûts comme le Zimbabwe et le Malawi devraient bénéficier énormément de la future libéralisation du marché du commerce de sucre. Toutefois, la réduction des taxes et des quotas coïncide également avec la décision de l'UE de diminuer son prix minimum garanti pour le sucre. Le prix de l'UE diminuera de 36 pour cent entre 2006 et 2009, ce qui le mettra en conformité avec le prix du sucre sur le plan mondial.

Les producteurs du Malawi et de l'Ile Maurice ont exprimé une préoccupation au sujet de l'effet que la baisse des prix aura sur les nouveaux investissements qui sont prévus dans les industries pour monnayer les taxes plus réduites. IPS a rapporté que les prix du sucre pourraient diminuer de 400 à 500 euros la tonne à seulement 335 euros la tonne. Cette baisse peut même continuer plus loin jusqu'en 2009 quand l'accès hors-taxes sera élargi avec des garanties. Les exigences relatives aux taxes et aux quotas seront abandonnées totalement en 2015. Malgré l'impasse politique entre l'UE et les Etats-Unis, des statistiques officielles indiquent que les importations du Zimbabwe en provenance du Royaume-Uni et de l'Allemagne ont totalisé environ 330 millions de dollars en 2006. L'UE était autrefois la plus grande consommatrice du bœuf zimbabwéen, avec plus de 9.000 tonnes par an, exportées au sommet des relations commerciales bilatérales. Elle a depuis lors imposé des conditions sévères pour l'importation des produits du bœuf zimbabwéen. Le mois dernier, le ministère des Terres et de l'Agriculture a suspendu tous les efforts pour reprendre le commerce avec le marché de bœuf européen, affirmant que cela ne vaut pas la peine d'essayer parce qu'il n'obtiendra pas un accord équitable.

Les exportations vers les deux pays ont totalisé environ 100 millions de dollars l'année dernière, tandis que les arrivées des touristes venant de l'UE et des Etats-Unis ont terminé l'année à environ 140.000 en 2006. Ce chiffre fait quatre fois celui des arrivées en provenance de l'est (notamment la Chine), qui a enregistré seulement 37.000 arrivées pendant la même période.