COMMERCE: L'Afrique du Sud ne ''se ravisera pas'' sur les questions de Singapour

PORT ELIZABETH, Afrique du Sud, 17 oct (IPS) – L'Union européenne (UE) doit réduire ses ambitions d'inclure la soi-disant "nouvelle génération" ou les questions de Singapour dans l'Accord de partenariat économique (APE) avec les pays d'Afrique australe avant la fin de l'année, déclare Dr Rob Davies, ministre adjoint du Commerce et de l'Industrie de l'Afrique du Sud.

Tandis que ces questions peuvent être reportées puisqu'elles ne sont pas essentielles aux négociations des APE, les négociations sur le commerce des biens peuvent être achevées avant la date limite du 31 décembre, 2007, a indiqué Davies à IPS dans un entretien la semaine dernière.

Même si l'UE décide d’introduire ces questions, l'Afrique du sud n'est pas prête à "se raviser" et accepter un accord qui ne réalisera pas les objectifs du développement de la SADC, insiste Davies. Ses remarques sont faites après que Peter Mandelson, commissaire européen au commerce, a accusé l'Afrique du sud, le mois dernier, d'avoir joué un rôle "extrêmement négatif" dans les négociations des APE. L'Afrique du Sud "empêchait d'autres pays moins riches qu'elle dans la région d'avancer", a-t-il dit. Le Botswana, la Namibie et le Swaziland ont fait preuve de plus de bonne volonté à dialoguer avec l'UE sur les questions de Singapour, aurait déclaré Jorge Peydro-Aznar, chef des secteurs politique, économique, commercial, de l'information et des communications de la délégation de la Commission européenne pour Afrique du Sud. Le commerce des biens devait être abordé dans les négociations des APE parce que c'était la question qui a conduit au rejet par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) des accords commerciaux préférentiels entre l'UE et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). L'UE et les ACP ont jusqu'à la fin de l'année pour négocier de nouveaux accords sur le commerce des biens. Davies a cité l'inclusion par l'UE des questions de Singapour comme le plus grand obstacle dans la manière de conclure les négociations des APE entre l'UE et le regroupement APE de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) avant la date limite.

Les questions du Singapour sont "les services, les marchés publics et l'investissement". L'UE soutient que le développement économique exige plus que la libéralisation du commerce des biens. La compétitivité des biens exportés dépend de la disponibilité des services compétitifs dans les secteurs des finances, des transports et des télécommunications, selon une fiche d'informations de l'UE publiée le mois dernier (septembre). Concernant "les marchés publics", l'UE veut que les gouvernements africains accordent aux entreprises européennes le même traitement qu'ils donnent aux entreprises africaines locales. De la même manière, l'investissement concerne l'exonération des entreprises étrangères des exigences spéciales quand elles investissent dans des pays africains. Ces propositions sont apparues pour la première fois dans les négociations commerciales multilatérales en prélude à la rencontre ministérielle de l'OMC à Singapour en 1996, d'où son nom. Contrairement à Peydro-Aznar, Davies déclare que le regroupement APE de la SADC a adopté une position de négociation commune sur les questions de Singapour. La SADC veut le renforcement des capacités dans les secteurs des services de leurs pays pour permettre aux entreprises de faire concurrence avec des entreprises européennes qui disposent de grandes ressources. On a besoin de plus de temps pour négocier ceci, ajoute Davies. Il souligne que l'Afrique du Sud ne cherche pas à faire de l'obstruction. La position de l'Afrique du Sud est plutôt basée sur l'importance du renforcement des capacités dans le secteur des services pour la réalisation des objectifs du développement des pays de la SADC. Davies a exprimé l'inquiétude selon laquelle la position de l'UE pourrait avoir des ramifications politiques — à la fois à l'intérieur du regroupement ACP et à l'extérieur avec d'autres partenaires commerciaux de l'UE. Il est essentiel que l'APE sur le commerce des biens soit conclu avant la fin de l'année. L'incapacité à le faire aurait de sérieuses conséquences pour ces pays de la SADC qui ne sont pas catégorisés comme les pays les moins avancés (PMA). Les PMA (le Mozambique, l'Angola et la Tanzanie) relèveront du programme commercial préférentiel 'Tout-sauf-les-armes' si l'APE n'est pas encore en place. Mais les pays non-PMA comme le Botswana, la Namibie et le Swaziland verront leurs préférences commerciales diminuer pour atteindre le niveau du système généralisé des préférences applicables à tous les pays en développement si l'APE n'est pas en place. Un autre obstacle à l'aboutissement des discussions est la question d'une assurance contractuelle de l'appui au développement venant de l'UE. La position actuelle de l'UE sur "l'Aide au commerce" doit être modifiée afin d'avoir un impact considérable sur la formation, le développement des infrastructures et autres capacités, estime Davies. Il ajoute que, indépendamment des APE et de l'accès au marché de l'UE, beaucoup doit être fait pour le développement dans ces pays. Des ressources complémentaires sont nécessaires pour soutenir certaines des initiatives de développement critiques dans toutes les régions ACP.