DEVELOPPEMENT: Maintenir la société civile dans le droit chemin

JOHANNESBURG, 18 mai (IPS) – Il y a quelques années, ce correspondent de IPS avait posé une question à un séminaire à Johannesburg, en Afrique du Sud, sur la nécessité ou non que les organisations non gouvernementales (ONG) soient tenues plus pour responsables de leurs actions. Après cela, l'orateur principal à l'événement l'a tiré à l'écart, et l'a réprimandé poliment pour sa "question dangereuse".

Toutefois, la "question dangereuse" a continué de se poser depuis lors, reflétant un débat croissant sur les normes de conduite au sein du secteur humanitaire puisqu'il s'est attribué un rôle plus croissant que jamais dans la vie publique. Des groupes civiques sont maintenant en train d'être passés à la loupe par rapport à une série de questions — depuis les pratiques comptables, jusqu'à la question de savoir s'ils servent réellement les besoins des communautés.

"C'est vrai que la responsabilité est maintenant en train d'être exercée dans la dimension où elle devrait l'être. Un assez grand nombre d'organisations de la société civile et d'ONG n'ont pas reçu naturellement mandat des citoyens", a déclaré à IPS, Ozias Tungwarara, directeur de 'Open Society Institute', lui-même une ONG basée à Johannesburg. Une note anonyme sur le site Internet du Réseau des ONG d'Afrique australe indique : "Plusieurs ONG ne mettent pas en pratique ce qu'elles prêchent et un bon exemple est celui des activistes du VIH/SIDA. Peu après avoir organisé un atelier, ils sont déjà en train de coucher avec n'importe qui. Est-ce l'argent qui les attire vers le travail ou la nécessité d'être des socialistes qui veulent voir un changement dans la société?" "Ayant travaillé pour des ONG pendant pratiquement quatre années, je peux dire avec certitude que la plupart de ces ONG veulent simplement des financements et si elles ne sont pas contrôlées, elles les transfèrent à leur usage personnel", a ajouté l'auteur de la note.

Nicholas Mkaronda, coordonnateur de 'Crisis in Zimbabwe Coalition', un groupe de pression, a une opinion plus positive de la situation.

"Je crois qu'il y a un niveau élevé de responsabilité dans la manière dont les organisations de la société civile et les ONG gèrent leurs finances et abordent les questions de société", a-t-il dit à IPS depuis le bureau de la coalition à Johannesburg.

Selon lui, Mkaronda les plaintes au sujet de la conduite des ONG pourraient parfois provenir de la méprise du public au sujet des rôles de ces groupes : "Par exemple, la communauté zimbabwéenne en Afrique du Sud attend de nous que nous mobilisions des ressources pour régler les questions de logement, d'alimentation et du statut légal (de l'immigration). Pourtant, notre rôle est d'attirer l'attention sur la crise au Zimbabwe".

Des difficultés politiques et économiques chez le voisin du nord de l'Afrique du Sud ont provoqué un exode du pays. Briefant des journalistes à Johannesburg en mars, Pius Ncube, l'archevêque catholique de la deuxième plus grande ville du Zimbabwe, Bulawayo — et un critique franc du gouvernement d'Harare — estime le nombre de Zimbabwéens vivant en Afrique du Sud à plus de deux millions.

Daniel Molokela, coordonnateur de 'Zimbabwe Combined Civil Society Organisations', un réseau basé à Johannesburg, croit que l'autorégulation pourrait détenir la clé de l'amélioration des choses : "Ce serait une bonne idée si des ONG et des groupes de la société civile élaboraient un code de conduite tel que celui qui guide d'autres professionnels comme les médecins et les avocats". "Ils pourraient organiser des rencontres annuelles et auditer leurs comptes comme une partie de la responsabilité et de la transparence. Si elles n'arrivent pas à s'y conformer, ils pourraient alors être boycottés par leurs communautés ou donateurs", a-t-il indiqué à IPS.

Une initiative à cet effet est déjà en cours concernant des ONG internationales — ou INGO : l'année dernière, onze de ces groupes ont signé la 'Charte de responsabilité INGO'. Premier document du genre, la charte énumère un certain nombre de principes auxquels ces groupes devraient adhérer, pour maintenir la confiance du public au secteur non gouvernemental.

Il s'agit de travailler "en véritable partenariat" avec des organisations et communautés locales; de se conformer à la gouvernance, aux obligations comptables et hiérarchiques dans les pays d'intervention; et d'équilibrer les attentes des ONG avec les salaires nécessaires pour attirer un personnel compétent, au moment de décider de la rémunération.

La charte stipule également que les employés d'INGO devraient "avoir la capacité et la motivation" de devenir des dénonciateurs concernant des activités des groupes humanitaires qui sont illégales, ou qui vont à l'encontre des objectifs et engagements de ces groupes.

CIVICUS — l'Alliance mondiale pour une participation citoyenne — sert de secrétariat pour la Charte de responsabilité d'INGO, administrant des procédures pour s'assurer que les signataires honorent leurs obligations, entre autres.

Ce réseau basé à Johannesburg regroupe diverses organisations de la société civile dans le but de renforcer la participation civique dans la vie publique, en particulier dans des régions du monde où ceci est menacé. Le débat sur la responsabilité civique occupera également une place importante au cours de l'Assemblée mondiale annuelle de CIVICUS, prévue pour se dérouler à Glasgow, en Ecosse, du 23 au 27 mai sous le thème 'Agir ensemble pour un monde juste'.

Les demandes de compte rendu pourraient s'intensifier au moment où des ONG essaient de voir leurs points de vue pris plus largement en compte, y compris dans les discussions sur la gouvernance continentale de l'Union africaine (UA).

Les ministres africains des Affaires étrangères s'étaient rencontrés dans la ville portuaire sud-africaine de Durban la semaine dernière pour débattre des stratégies en vue de réaliser l'objectif d'intégration politique et économique des 53 membres de l'union.

A ce jour, toutefois, "Le public n'a pas été impliqué dans la conversation de l'UA sur la gouvernance continentale, ou ses opinions n'ont pas non plus été prises en compte. Nous ne pouvons pas avoir des Etats-Unis d'Afrique sans citoyenneté", a souligné Janah NCube, chargé de programme en chef à la section de Nairobi de l'Agence de coopération et de recherche en développement, une ONG internationale, dans une récente déclaration.

"Des Etats effectifs requièrent des citoyens actifs et la participation de tous les hommes et femmes à la gouvernance".