Q&R: "C'est la surexploitation qui a entraîné la dégradation des sols"

COTONOU, 9 mai (IPS) – Ingénieur agronome de formation, Grégoire Comlan Houngnibo a servi au ministère béninois de l’Agriculture pendant 22 ans avant de prendre, en 2003, la direction de l’IFDC, acronyme anglais pour Centre international pour la fertilité des sols et le développement agricole.

L’IFDC a pour vocation spécifique d’appuyer les pays en développement pour régler leurs problèmes liés à la sécurité alimentaire. Il est aujourd’hui présent dans huit pays africains à savoir le Togo, le Mali, le Burkina Faso, le Ghana, le Nigeria, le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Le centre mène également des actions au niveau du Kenya et du Rwanda, mais ces actions sont directement gérées par le siège mondial basé dans l’Alabama, aux Etats-Unis.

Grégoire Comlan Houngnibo aborde ici avec Michée Boko d’IPS les questions de fertilité des sols et de sécurité alimentaire en Afrique.

IPS: A quels besoins spécifiques répond la création de l’IFDC?

Grégoire Comlan Houngnibo (GCH): L’IFDC a été créé au lendemain de la deuxième guerre mondiale par les Américains pour régler les problèmes de fertilité des sols et de sécurité alimentaire en Afrique. Des experts ont constaté que l’Afrique dispose de beaucoup de matières premières qui pourront lui permettre de régler ses problèmes de pauvreté.

IPS: Pourriez-vous être plus explicite?

GCH: Le problème fondamental de l’Afrique, c’est le problème de la fertilité des sols…Ce qui se passe, c’est qu’à force d’utiliser les mêmes terres pour des cultures différentes, qui ont chacune leurs exigences, si vous n’apportez rien aux sols, ils s’épuisent très vite; ils s’appauvrissent parce que les cultures vont chercher leurs éléments nutritifs dans le sol…

Les producteurs n’ont accès qu’aux intrants coton, et non aux autres intrants, parce que cette filière est organisée. Or, si nous voulons assurer la sécurité alimentaire aux Africains, nous devons tout faire pour que les autres cultures puissent bénéficier des mêmes appuis que le coton. Ce qui n’est pas encore le cas parce que nous avons constaté qu’en Afrique, nous utilisons au plus huit kilogrammes d’engrais à l’hectare alors que dans les pays développés, les gens vont jusqu’à 200 kilos…

(Et) le drame ici en Afrique, est que nous pratiquons une agriculture sur brûlis.

IPS: En quoi est-ce un drame?

GCH: Quand on met le feu à une terre, la matière organique qui apporte environ 60 pour cent de minéraux au sol est réduite en cendre. A chaque fois que les paysans mettent le feu, ils tuent tous les micro-organismes qui permettent de nourrir le sol. Or, chacun de ces micro-organismes a un rôle dans l’enrichissement du sol. Si donc on doit détruire chaque année les matières organiques du sol, on aura de plus en plus des sols qui ne peuvent rien produire comme c’est déjà le cas dans beaucoup de pays africains.

IPS: Il faudrait donc que les Etats africains renforcent la sensibilisation de leurs agriculteurs…

GCH: Les Etats africains, dans ce cadre-là, sont quand même en train de mener des actions encourageantes. Au Bénin par exemple, l’IFDC est associé à la gestion d’un projet, le PAGEFCOM (Projet d’appui à la gestion des forêts communales), qui a un volet, ‘’Gestion de la fertilité des sols’’ dont l’IFDC a la charge. Nous discutons actuellement avec les producteurs pour installer un certain nombre de parcelles de démonstration pour leur montrer l’utilité de l’engrais et de la matière organique car nous avons constaté que les producteurs sont des ‘’Saint Thomas’’. Tant qu’ils n’ont pas vu, ils ne croient à rien…

Dans tous les pays africains, les problèmes sont les mêmes. C’est la surexploitation qui a amené à la dégradation des sols, c’est connu. La technologie pour y remédier ne manque pas…Si nos Etats africains veulent régler leurs problèmes de sécurité alimentaire, ils doivent mettre un accent très fort sur l’appui à apporter aux agriculteurs en les aidant à améliorer la fertilité des sols.