Q&R: ''Vous devez travailler neuf à dix fois plus dur qu'un fermier homme''

JOHANNESBURG, 8 mai (IPS) – Alors que des activistes se focalisaient sur les défis auxquels sont confrontés les travailleurs le 1er mai dernier, Martha Moside demandait qu'une attention soit accordée à la situation des femmes faisant une agriculture de subsistance en Afrique du Sud.

Plusieurs ont des difficultés à accéder aux marchés, à obtenir des prêts bancaires et à garder des ouvriers sérieux pour les aider.

Ces préoccupations ont été abordées récemment au 4ème Congrès mondial des femmes rurales, qui s'est tenu dans la ville côtière sud-africaine de Durban (23-26 avril) — un événement qui a drainé plus de 2.000 fermières. Il reste beaucoup à faire selon Moside, coordonnatrice de l'Association Femmes dans l'agriculture et le développement rural, une initiative soutenue par le gouvernement. Elle en a dit davantage au correspondant de IPS, Moyiga Nduru.

IPS: Quelles questions doit-on traiter par rapport aux femmes faisant l'agriculture de subsistance en Afrique du Sud?

Martha Moside (MM): Le marché; les femmes ont des problèmes pour accéder au marché. Nous avons de petits lopins de terres — le mien ne fait que deux hectares et demi. Cela signifie que nous produisons moins. En conséquence, les supermarchés ne désirent pas traiter avec nous à cause des quantités infimes que nous fournissons. Nous essayons de nous associer à d'autres femmes, mais c'est difficile : nous ne nous connaissons pas. Vous devez développer une certaine confiance avant de vous lancer dans une telle activité.

La solution pourrait se trouver dans le marché informel, par exemple avec des vendeurs de fruits et légumes. Mais, eux-aussi, ne sont pas fiables. Il n'y a aucune garantie qu'ils reviendront à vous. Ils pourraient venir une ou deux fois (mais) s'ils trouvent quelqu'un ayant des produits moins chers, ils vous laissent tomber.

IPS: Les femmes parviennent-elles à obtenir des prêts bancaires pour mettre en valeur leur terre?

MM: C'est le plus gros casse-tête. Les banques doivent savoir comment vous gérez votre compte, exigeant un relevé tous les six mois. Parfois, ils viennent contrôler vos biens. Malgré ces difficultés, l'argent ne vient pas immédiatement. La Land Bank, par exemple, met environ six mois pour donner suite à une demande. Les banques conventionnelles peuvent la rejeter carrément…

Dans les zones rurales, les terres communautaires sont toujours distribuées par les chefs. Cela signifie qu'il sera difficile à une femme d'obtenir un prêt parce que la terre ne lui appartient pas.

IPS: Quelle pourrait être la solution concernant les obstacles à l'obtention de crédit?

MM: Ils devraient lancer un fonds en faveur des femmes comme le fonds des jeunes. Le gouvernement et les gens de bonne volonté peuvent y mettre de l'argent. Il est difficile à une femme d'accéder aux crédits ainsi que d'avoir des ouvriers appropriés et de les garder. En tant que femme, vous devez travailler neuf à dix fois plus dur qu'un fermier homme.

IPS: Pourquoi la difficulté à retenir des ouvriers agricoles?

MM: Ils croient que c'est mieux de travailler pour un homme parce qu'il a de l'autorité. Pour changer cette perception, vous avez besoin de formation, mais vous devez également essayer de travailler plus dur pour garder les ouvriers.

IPS: La formation nécessaire est-elle disponible?

MM: Nous recevons la formation à travers le ministère de l'Agriculture…Ils vous enseignent comment tenir votre comptabilité, comment planter des légumes et élever de la volaille.

IPS: Les femmes agricultrices suivent-elles les nouvelles méthodes agricoles?

MM: Le Conseil pour la recherche agricole et le ministère de l'Agriculture ont un journal mensuel; cela parait uniquement en anglais. Si les femmes ne peuvent pas lire, elles sont désavantagées. Nous avons encore beaucoup de chemin à faire.