NAIROBI, 24 jan (IPS) – Ce n'était pas une journée ordinaire au Forum social mondial (FSM) mardi. Une foule en colère a manifesté, bloqué la circulation, et créé la confusion.
Ceci n'est pas une rencontre du G-8, où des perturbations surviennent quotidiennement. La réunion du forum n'est pas supposée être comme cela — elle ne donne pas lieu à des manifestations anarchistes. Les slogans anti-mondialisation et la société civile définissent le FSM.
Toutefois, c'était le respectable FSM qui s'est retrouvé au bout de la colère des "manifestants". Quelque 200 d'entre eux venant des bidonvilles ont exigé qu'on leur permette d'accéder au stade, forçant l'organisateur du forum, Jose Chacon, à ordonner l'ouverture des géantes portes métalliques.
Le comité d'organisation du FSM était parvenu à un accord lundi nuit avec des représentants des bidonvilles de Nairobi pour laisser tomber les frais pour les Kényans désireux de participer au forum et pour permettre aux vendeurs de rues d'entrer en compétition avec des restaurants et sociétés de mise en bouteille.
Une jeune activiste vedette est apparue au cours du bref et brusque soulèvement des bidonvilles : son nom est Wangui Mbatia, du Parlement du peuple, et elle était cohérente, calme et convaincante.
"Cela fait deux jours que nous nous rassemblons et que nous attendons au bord de la route en expliquant aux organisateurs que nous n'avons pas les moyens de payer les frais de participation. Il est évident que tant que nous n'utiliserons pas la force, nous ne participerons jamais au forum".
"Ils sont allés à Kibera, et ils ont vu le pire côté de notre pauvreté. Maintenant, nous voulons venir ici pour que le forum voie notre meilleur côté".
Les manifestants ont plus tard perturbé le point de presse du matin avec leur slogan de 'Que tout soit gratuit'.
La majeure partie de l'action s'est déroulée autour du Portail N°1, près de l'endroit privilégié du forum — le Windsor café, une extension d'un hôtel dont le propriétaire n'est autre que John Michuki, le ministre de la Sécurité intérieure du Kenya.
Cette personnalité de marque est connue au Kenya comme 'Kimeendero' (le broyeur) pour son rôle présumé durant la période coloniale britannique. Plus récemment, il a fait l'objet d'une condamnation internationale pour avoir autorisé une descente dans les locaux de l'un des principaux journaux du Kenya, 'The Standard'. Son explication pour la descente : "Si vous effrayez un serpent, vous devez vous attendre à ce qu'il vous morde".
Un organisateur du forum a dit à TerraViva que Windsor est un "entreprise kényane que nous voulions mettre en vitrine au FSM".
Dans la soirée, la police est intervenue durant une rencontre des participants du forum dans le bidonville de Kibagare, à l'ouest de Nairobi, dont les habitants sont menacés d'expulsion; Boaz Waruku, un membre du comité d'organisation du forum a indiqué à TerraViva : "Il semble que nos agents de sécurité étaient cachés dans les environs, et ils ont arrêté temporairement deux participants. Lorsque nous avons interpellé les policiers et leur avons demandé en vertu de quelle loi ils étaient arrêtés, ils ont été relâchés".
Les événements extraordinaires de mardi vont au cœur même de ce dont parlent les participants du FSM : de l'avenir de ce forum qui veut changer le monde; la nécessité d'offrir aux plus pauvres un espace sur la table d'honneur internationale, et de faire conduire les politiques de lutte contre la pauvreté par les pauvres.

