SANTE: Davantage d'enfants séropositifs, mais davantage aussi sous traitement

NATIONS UNIES, 20 jan (IPS) – La réponse du monde pour protéger et soutenir les enfants infectés par le VIH et affectés par le SIDA reste "terriblement insuffisante", mais cela commence par changer, selon un nouveau rapport du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

L'initiative, "Unis pour les enfants, unis contre le SIDA" a été lancée en octobre 2005 par l'UNICEF dans le but de mettre la "face manquante" des enfants au centre du programme mondial de lutte contre le VIH/SIDA.

Le rapport de cette semaine, intitulé 'Enfants et SIDA : Un rapport d'inventaire', évalue la réponse du monde pour protéger et soutenir les enfants affectés par le SIDA dans l'année depuis le démarrage de l'initiative.

"Il y a un an, nous ne savions pas combien d'enfants étaient sous traitement, nous ne savions pas combien de gouvernements dépensaient de l'argent sur les enfants, et nous ne pouvions pas dire avec certitude combien de services les enfants orphelins ou autres recevaient", a déclaré aux journalistes, Peter McDermott, qui gère le programme SIDA de l'UNICEF, au lancement du rapport.

"La plupart des pays ne comptaient pas les enfants", a expliqué McDermott. Il a souligné qu'en une seule année, l'UNICEF a créé des données de base avec la coopération des gouvernements.

Et l'agence a identifié certaines tendances positives.

"Au cours de l'année dernière, il y a eu une reconnaissance large et croissante de la nécessité d'intensifier et d'accélérer les actions en vue d'un accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et au soutien complets", selon le rapport. L'attachement à cet objectif d'ici à 2010 a été affirmé par des chefs d'Etat et de gouvernement et leurs représentants prenant part à la Rencontre de haut niveau sur le SIDA, en 2006, qui s'est tenue à l'ONU en juin dernier. Il y a des lueurs d'espoir dans la prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant. Dans plusieurs pays en Afrique orientale et australe, les tendances dans l'accès aux régimes anti-rétroviraux pour prévenir la transmission mère-enfant commencent par montrer des hausses remarquables.

En Namibie, par exemple, les taux d'accès sont passés de six à 29 pour cent de 2004 à 2005.

Des nombres croissants d'enfants vivant avec le VIH reçoivent maintenant un traitement, quoique ces nombres restent encore trop minimes.

Les hausses sont un résultat de l'amélioration du test de dépistage, de meilleures aptitudes dans les rangs des agents de santé, des prix moins élevés pour les médicaments et des formules plus simples, selon le rapport.

Il y a deux ans, l'UNICEF était préoccupé par le fait qu'un certain nombre de facteurs empêchaient les enfants de recevoir un traitement. L'un d'eux était la capacité des agents de santé à identifier les enfants infectés. Un autre était de savoir si les médicaments disponibles étaient sûrs pour les enfants et à un prix abordable dans les pays pauvres, a déclaré McDermott. Les prix ont maintenant baissé et les médicaments se sont révélés sans risque quand ils sont administrés aux enfants, a-t-il poursuivi.

Il y a cependant d'énormes fossés dans les progrès.

Globalement, jusqu'à 2005, quelque 15,2 millions d'enfants ayant moins de 18 ans ont perdu un parent ou les deux pour cause de SIDA; 80 pour cent environ de ces enfants vivent en Afrique subsaharienne.

D'ici à 2010, plus de 20 millions d'enfants auront perdu leurs parents pour cause de SIDA.

En plus de ces orphelins, le SIDA rend beaucoup d'autres enfants vulnérables, au nombre desquels ceux qui vivent avec des parents qui sont très malades, ceux qui vivent dans des ménages ayant recueilli des orphelins du SIDA, ou ceux qui ont perdu leurs enseignants et d'autres membres adultes de la communauté à cause de la maladie.

Des orphelins et d'autres enfants affectés par le SIDA courent de grands risques pour leur éducation, leur santé et leur bien-être.

Les enfants qui ont perdu leurs deux parents — pour cause de SIDA ou toute autre cause — ont généralement moins de chances que des non-orphelins d'aller à l'école, selon l'UNICEF.

Pour parer à cette menace, au moins 20 pays en Afrique subsaharienne ont finalisé des plans d'action nationaux (PAN) sur les orphelins et les enfants vulnérables, et plusieurs autres ont presque fini et lancé leur PAN.

En Afrique du Sud, le pays ayant le plus grand nombre d'orphelins pour cause de SIDA, plus de 7,1 millions d'enfants ayant moins de 14 ans vivant dans la pauvreté bénéficiaient d'une subvention gouvernementale aux enfants accordée à partir d'avril 2006.

Le Botswana et la Namibie accordent également des subventions et autres avantages aux enfants affectés par le SIDA.

Sur les 2,3 millions d'enfants séropositifs ayant moins de 15 ans, quelque 780.000 avaient besoin de traitement anti-rétroviral (ARV) en 2005. Seulement 10 pour cent des enfants ayant besoin de traitement ARV y ont accès, selon le rapport. Ceux qui ne reçoivent pas les ARV ont devant eux un avenir peu brillant et de courte durée. A peu près un tiers des bébés infectés meurent dans leur première année, et la moitié meurt avant leur deuxième anniversaire de naissance, selon des statistiques de l'ONU.

En 2006, quelque 380.000 enfants sont morts de causes liées au SIDA; la grande majorité de ces décès auraient pu être évités soit par le traitement des infections opportunistes soit par la fourniture des ARV. Seuls sept pays identifiés dans le rapport fournissaient les ARV à au moins 20 pour cent des enfants qui en ont besoin. Ce sont : le Botswana (84 pour cent), le Cap Vert (47 pour cent), la République dominicaine (23 pour cent), la Jamaïque (47 pour cent), la Namibie (52 pour cent), le Rwanda (20 pour cent) et la Thaïlande (95 pour cent).

Ces pays sont "dans les temps", selon McDermott. Une femme enceinte sur 10 vivant dans les capitales d'Afrique subsaharienne est infectée par le VIH et environ un enfant sur trois nés de mères séropositives contractera le virus.

Les plus forts taux d'infection connus parmi les femmes enceintes sont à Gaborone, au Botswana et à Mbabane, au Swaziland, où une femme sur trois est infectée, et à Maseru, au Lesotho et à Pretoria, en Afrique du Sud, où une femme sur quatre est infectée.

"Les obstacles aux soins sont le mauvais état des moyens de transport pour les familles et l'absence d'information au sein des familles vivant avec l'infection", a déclaré Heidi Schwarzwald, vice-président des affaires cliniques pour la 'Baylor International Pediatric AIDS Initiative' (Initiative internationale Baylor de soins aux enfants malades du SIDA).

Un autre problème persistant identifié au lancement était le manque criant de données pour certaines régions.

"Même dans de grands pays comme le Brésil, des données clés ne sont pas disponibles pour les enfants", a indiqué aux journalistes, Marie-Pierre Poirier, représentante de l'UNICEF au Brésil.

"Les pays doivent mettre les enfants au centre de leurs réponses nationales", a insisté Poirier.

Le rapport souligne que les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) — en particulier le 6ème OMD, qui est d'arrêter et d'inverser la propagation du VIH/SIDA, du paludisme et autres maladies d'ici à 2015 — ne seront pas atteints sans intégrer les approches relatives aux enfants et au SIDA dans les approches relatives à la santé et à la survie des enfants.

Les sept autres OMD incluent une réduction de 50 pour cent de la pauvreté et de la faim; l'éducation primaire universelle; la réduction de la mortalité infantile de deux tiers; la diminution de la mortalité maternelle de trois quarts, la promotion de l'égalité de genre, la garantie d'un environnement durable; et un partenariat global pour le développement entre les riches et les pauvres.