NAIROBI, 17 jan (IPS) – A quelques jours seulement du démarrage du septième Forum social mondial (FSM) à Nairobi, ça turbine au sein des organisateurs, qui se préparent à accueillir des milliers de délégués dans la capitale kényane pour la rencontre du 20 au 25 janvier.
Le forum annuel offrira une plate-forme pour des groupes et individus qui s'opposent au système actuel de mondialisation — mais sera également un énorme défi logistique, en particulier parce que 2007 marquera la première année où l'Afrique abrite seule l'événement. A la lumière de cela, nous avions une question pressante pour Onyango Oloo, coordonnateur national du Forum national social, qui fait partie du Comité d'organisation du FSM 2007.
IPS: Etes-vous prêts pour le FSM? Onyango Oloo (OO): Nous sommes non seulement prêts pour le FSM 2007, mais nous attendons impatiemment que l'événement commence. Nous avons travaillé très tard la nuit pour constituer une équipe très laborieuse, talentueuse ici au secrétariat, tirée littéralement des quatre coins du monde. Nous avons des Kényans, des Tanzaniens, des Ougandais, des Salvadoriens, des Danois, des Canadiens, des gens du Honduras, du Sénégal, du Zimbabwe, de Tunisie et de plusieurs autres parties du monde comme partie intégrante de l'équipe centrale. Nous avons des interprètes, du personnel en charge de la technologie de l'information, et d'autres employés qualifiés bénévoles qui travaillent dur jour et nuit pour le succès du Forum social mondial.
IPS: Combien de gens ont-ils confirmé leur participation au forum? OO: Nous avons été submergés par des demandes d'inscription, en particulier au cours de ces trois dernières semaines. Pour donner un exemple : (au début de ce mois) nous étions à Muthuruwa Social Hall (Muthuruwa est une cité pour des habitants à faibles revenus où vivent des employés des chemins de fer du Kenya) pour parler aux gens du FSM. Ils attendaient avidement ces formulaires d'inscription. Tous les jours, nous voyons des gens défiler dans nos bureaux pour demander où ils peuvent s'inscrire, pour payer les frais — ou savoir si nous avons reçu et traité leurs formulaires d'inscription en ligne. Le réseau Kutoka (un groupe d'églises catholiques travaillant dans des bidonvilles) organise des inscriptions individuelles et de groupes en utilisant son réseau d'églises dans des bidonvilles de l'est et l'ouest de Nairobi. Il est difficile d'établir le nombre d'inscriptions confirmées, parce que tous les formulaires n'ont pas été traités. Mon collègue Oduor Ong'wen a indiqué plus tôt cette semaine qu'au moins 15.000 personnes avaient confirmé leur inscription, et cela pour les Kényans seulement.
IPS: Qu'en est-il de la représentation internationale? OO: Nous attendons à Nairobi beaucoup de participants venant des quatre coins du monde. Des centaines de gens ont déjà atterri ici. Chaque jour, quelqu'un nous appelle de l'aéroport pour nous informer de leur arrivée…Une statistique indique : il y a un groupe de 250 activistes venant d'Afrique du Sud, et c'est sans prendre en compte le nombre de Sud-Africains qui viendront individuellement.
IPS: Quels sont les principaux défis auxquels vous avez été confronté dans l'organisation de cet événement? OO: Le principal défi était peut-être au niveau psychologique : venir à bout des idées, en particulier venant hors de l'Afrique, selon lesquelles ce travail était peut-être trop important à gérer pour nous en tant qu'Africains. Comme aime à le répéter l'un de mes collègues : on attendait — on attend — beaucoup notre échec collectif et on attendait peu notre succès éventuel. Nous avons prouvé tout le temps que nous sommes à la hauteur du défi.
L'autre défi significatif avait rapport aux ressources. C'est un miracle que nous ayons pu nous débrouiller avec les ressources disponibles, qui jusqu'à récemment étaient moins de 50 pour cent de ce qu'était notre budget initial.
IPS: Qu'est-ce qui vous a apporté le plus de satisfaction durant l'organisation du FSM de cette année? OO: Ce qui m'a apporté le plus de satisfaction, c'est la manière dont les gens au Kenya et dans d'autres parties d'Afrique ont accueilli l'idée du FSM pour cette partie du monde où nous vivons. L'un des avantages immédiats de cela a été le flux de volontaires se précipitant pour aider à faire du FSM 2007 de Nairobi un succès.
IPS: La sécurité est-elle une question importante, étant donné que le Kenya a été victime d'attaques terroristes par le passé? OO: La sécurité n'est pas une préoccupation majeure. Nairobi a abrité de nombreuses rencontres internationales et régionales. Nairobi n'est pas plus exposé que, disons, New York, Montréal, Paris ou Liverpool. En plus de cela, nous avons travaillé étroitement avec le gouvernement kényan pour mettre en place tous les mécanismes de précaution.
IPS: Quelle est la chose que vous désirez voir se réaliser le plus à cet événement? OO: Que les gens ramènent du Forum social mondial une énergie positive renouvelée, des contacts et réseaux supplémentaires, et s'approprient le processus en retournant dans leurs communautés locales respectives pour travailler sur des sujets et autres préoccupations spécifiques d'ordre social, culturel, politique, économique — en vue de transformer leurs réalités à leur avantage. J'attends impatiemment, par exemple, le renforcement des liens entre l'Asie et l'Afrique — et le resserrement des relations avec les Caraïbes, l'Amérique latine et les peuples autochtones de par le monde. Je veux que les groupes sociaux marginalisés dans le monde, en particulier les femmes, les jeunes et les personnes vivant avec des handicaps, les minorités culturelles et ethniques aient plus de pouvoir pour décider de leurs destins respectifs.

