JOHANNESBURG, 12 jan (IPS) – Jusqu'à 150.000 délégués venant de plus d'une centaine de pays doivent prendre part au prochain Forum social mondial (FSM), qui se tiendra dans la capitale kényane, Nairobi, du 20 au 25 janvier. Et, les attentes de la rencontre semblent aussi variées que les nationalités qui traverseront l'Aéroport international Jomo Kenyatta pour se rendre au Centre international omnisports Moï.
Barbara Kalima-Phiri, une analyse politique pour les stratégies de réduction de la pauvreté, a des craintes au sujet de l'efficacité du forum.
"Nous, au FSM, n'avons pas un ordre du jour, à part les slogans que nous concevons. Le forum a eu de très bons réseaux, mais il n'est pas concentré", a déclaré à IPS, cette employée de 'Southern Africa Trust', une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Johannesburg. Elle a dit qu'au FSM, il était possible "d'aller d'une session à une autre, écoutant toutes sortes de plaintes, et n'attendre pratiquement aucune action. Dans l'état actuel des choses, nos voix sont dispersées".
Parmi certains Kényans, il semble y avoir plus d'optimisme.
"Il y a beaucoup d'attentes en particulier venant des citoyens ordinaires", a indiqué Thomas Deve de 'Mwalekeo wa NGO' (MWENGO) basé au Zimbabwe, qui signifie "Vision pour les ONG" en kiswahili. MWENGO opère en Afrique orientale et australe. "Les Kényans sont impatients, par exemple, de voir comment des organisations de la société civile participant à la conférence peuvent contribuer à la démocratie dans leur pays", a-t-il dit à IPS.
"Nous avons inséré dans l'ordre du jour des questions auxquelles l'Afrique est confrontée…Le dernier jour, nous voulons faire des propositions pour un plan d'action", a ajouté Deve, qui est déjà à Nairobi pour le FSM.
Les organisateurs du FSM ont identifié 12 sujets sur lesquels les discussions de Nairobi se focaliseront : le VIH/SIDA, les questions des femmes, la privatisation des biens communs, les personnes sans terre, la paix et les conflits, la migration et la diaspora, la mémoire des peuples et les luttes, la jeunesse, la dette, les accords sur le libre-échange, le travail et le logement.
Le VIH/SIDA est peut-être la question la plus pressante à portée de la main, étant donné que l'Afrique subsaharienne est de loin la région la plus touchée par le virus. Comme le note "l'Actualisation de l'épidémie du SIDA' publiée le mois dernier par le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA et l'Organisation mondiale de la santé : "Deux tiers (63 pour cent) de tous les adultes et enfants infectés par le VIH dans le monde entier vivent en Afrique subsaharienne, avec son épicentre en Afrique australe…Un tiers (32 pour cent) de toutes les personnes séropositives dans le monde entier vivent en Afrique australe et 34 pour cent de tous les décès dus au SIDA en 2006 ont eu lieu là-bas".
Des participants africains partageront également leurs expériences sur la paix et les conflits avec des homologues d'autres régions. Alors que la violence a été maîtrisée dans certaines parties du continent, des points chauds existent toujours — notamment en Somalie, en République démocratique du Congo, en Côte d'Ivoire et au Soudan.
Toutefois, les perceptions selon lesquelles le FSM n'est rien d'autre qu'une parlotte ont peu de chances de disparaître — et ont déjà donné lieu au débat pour s'interroger si le moment est venu pour que le forum adopte un programme politique.
"Cette question débattue avec passion mérite que tous ceux qui sont impliqués dans le FSM y réfléchissent, étant donné que nous sommes maintenant dans notre septième année de la rencontre", affirme Patrick Bond, directeur du Centre pour la société civile, basé dans la ville portuaire de Durban, en Afrique du Sud.
Néanmoins, l'influence politique requiert un vaste soutien, ce qui pourrait être plutôt un problème.
"Nous n'avons pas rendu le Forum social mondial vivant ou pertinent pour les citoyens ordinaires. Si je parle à des individus quelconques dans la rue, par exemple, il y a de fortes chances qu'aucun d'entre eux n'ait une idée sur la rencontre du FSM à Nairobi", a déclaré Kalima-Phiri.
"La Coupe du monde (de football), qui se tiendra en Afrique du Sud en 2010, est déjà sur les lèvres de tout le monde : des gens en parlent dans des bars, les taxis et à la maison. Cependant, nous ne faisons pas passer des messages aux citoyens ordinaires sur la conférence du FSM".
Créé en opposition au Forum économique mondial, une rencontre annuelle dans la ville touristique suisse de Davos qui réunit l'élite des entreprises et des leaders politiques, le FSM a été organisé pour la première fois dans la ville brésilienne de Porto Alegre en 2001. Il rassemble des groupes et individus, principalement de la société civile, qui — entre autres — s'opposent à la domination du monde par des capitaux.
Le FSM est resté au Brésil jusqu'en 2004, quand il a été abrité par la ville côtière indienne de Mumbai — ensuite est retourné à Porto Alegre l'année suivante.
L'année dernière, la rencontre dénommée "forum polycentrique", s'est déroulée dans plusieurs villes : la capitale malienne, Bamako; Caracas au Venezuela; et la capitale économique pakistanaise, Karachi. Le FSM 2007 sera la première occasion où un pays africain abritera seul l'événement.

