BLANTYRE, 20 déc (IPS) – Le Malawi est l'un des rares pays d'Afrique à pouvoir atteindre l'un des huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui vise à réduire de deux tiers le taux de mortalité des enfants âgés de moins de cinq ans, d'ici à 2015.
Dans le district de Blantyre, dans l'est du pays, neuf femmes discutent joyeusement à un point d'eau. Pourtant, six d'entre elles ont perdu un ou plusieurs enfants avant qu'ils n'atteignent l'âge de cinq ans. C'est le cas de Patience Ziyenda, âgée de 37 ans, qui en a perdu trois en six ans. “Mon aînée, qui avait quatre ans, vient de mourir”, explique-t-elle en larmes. “Je suis anéantie, car je pensais qu'elle allait vivre plus longtemps que les autres”. Ses premiers enfants sont morts à six mois et deux ans.
L'une des ses amies, Katarina Temani, 27 ans, a encore un enfant âgé de huit mois. Elle a perdu les deux premiers à quatre et trois ans, à trois semaines d'intervalle. “Je ne suis pas certaine que l'enfant qui me reste pourra survivre. Sa vie est entre les mains de Dieu”, confie-t-elle.
Malgré ces drames, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans a chuté à 133 décès pour 1.000 naissances vivantes en 2004, soit une réduction de l'ordre de 43 pour cent en douze ans. Pour les responsables de l'aide au développement du gouvernement britannique, le pays parviendra à atteindre l'objectif fixé pour 2015.
Selon un rapport des Nations Unies, publié le 22 novembre à Genève et Johannesburg, bien que l'Afrique subsaharienne soit l'une des régions les plus dangereuses pour les nouveau-nés, le Malawi a réussi en quelques années à réaliser des progrès significatifs en matière de lutte contre la mortalité infantile. D'après les auteurs du rapport, plus d'un million de nouveau-nés meurent chaque année dans cette région un mois après leur naissance, par manque de soins médicaux de base.
Pourtant, le Malawi et des pays comme le Burkina Faso, l'Erythrée, Madagascar, la Tanzanie et l'Ouganda sont parvenus depuis dix ans à réaliser des progrès et à augmenter leurs dépenses dans la lutte contre la mortalité infantile. Aujourd'hui, le taux de mortalité infantile au Malawi est de 94 décès pour 1.000 naissances vivantes, contre 146 décès pour 1.000 naissances vivantes il y a dix ans.
Le gouvernement du Malawi, avec le soutien du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et du Japon, a mis en place un programme de lutte contre la mortalité des enfants. Il se concentre sur des techniques simples et à faible coût, comme les vaccins contre les maladies infantiles, les antibiotiques pour traiter les infections respiratoires et les thérapies de réhydratation administrées oralement lors des diarrhées. Le gouvernement a également fourni gratuitement des moustiquaires imprégnées contre la malaria et encouragé l'éducation dans les pratiques de soins en famille et de l'allaitement.
Ces mesures ont été décidées dans le cadre d'un programme global de santé infantile, accompagné d'un large volet consacré à la vaccination. Elles ont permis de réduire le nombre de décès et d'éradiquer virtuellement des maladies comme la polio ou le tétanos néonatal. Le Japon est l'un des partenaires du Malawi en matière d'aide au développement, notamment dans le domaine de la lutte contre la mortalité des enfants. En comparaison, le Japon a un taux de mortalité infantile de deux décès pour 1.000 naissances vivantes.
“Bien que le Malawi ait réalisé des progrès dans la lutte contre la mortalité des femmes enceintes et des enfants, la situation demeure inacceptable”, déclare Kyoji Mizutani, représentante de l'Agence japonaise de la coopération internationale. Elle note, par exemple, que beaucoup reste encore à faire pour combattre la malnutrition, responsable de plus de la moitié des décès d'enfants dans ce pays d'Afrique australe.
Chaque année, 73.000 enfants meurent au Malawi de maladies qui peuvent être évitées. Un enfant sur cinq décède un mois après sa naissance, un sur huit avant l'âge de cinq ans. “Cinquante-quatre pour cent des décès d'enfants sont liés à la malnutrition”, explique l'ancien conseiller à la santé, Wesley Sangala. Selon lui, sept décès sur dix d'enfants de moins de cinq ans sont dus à des diarrhées, des infections respiratoires aiguës, des rubéoles, la malaria et des déficiences alimentaires.
Le taux de malnutrition au Malawi n'a en effet pas encore sensiblement diminué depuis 1992, note Kusali Kubwalo, qui travaille pour le bureau de l'UNICEF dans le pays. Environ 48 pour cent des enfants de moins de cinq ans sont maigres, 22 pour cent sont en dessous du poids normal, 59 pour cent souffrent de carence en vitamines A, et 80 pour cent sont anémiés.
“Nous avons une situation très préoccupante et nous devons redoubler nos efforts pour assurer la survie des enfants et le développement”, souligne Kubwalo. Le ministère de la Santé du Malawi vise à accélérer les progrès vers la réalisation du quatrième OMD. Ceci donnera espoir à Patience, Katarina et à plusieurs autres femmes malawites.

