NAIROBI, 27 déc (IPS) – Des possibilités de micro crédit aux hommes pourraient se révéler être un puissant outil pour freiner l'augmentation alarmante des cas de violence à l'égard des femmes au Kenya.
Des experts disent qu'avec un accès facile aux micros crédits pour des activités génératrices de revenus, les hommes disposeraient de moins de temps pour être abusifs. La violence à l'égard des femmes a augmenté dans cette nation d'Afrique orientale. Quelque 2.800 cas de viol ont été rapportés en 2004, selon la police. Ce chiffre est de 500 fois supérieur aux chiffres rapportés en 2003. Jennifer Riria, directrice exécutive de la Kenya Women Finance Trust (KWFT), une institution d'octroi de micros crédits aux femmes, internationalement connue, œuvre pour l'extension des services de micro crédit aux hommes. Elle déclare : "Il faut des services de micro crédit (pour les hommes), en vue de les amener à s'engager dans des projets de développement. Ceci règlera également la question de la violence et de l'irresponsabilité des hommes". Selon les conclusions de la KWFT, les hommes deviennent beaucoup plus indifférents, abandonnant leurs devoirs lorsque leurs épouses deviennent financièrement indépendantes. "En renforçant les capacités financières des femmes, leur rôle de femme s'est accentué", déplore-t-elle. "Ce sont elles qui amènent les enfants à l'école, s'occupent des vaches, du budget du ménage, du payement des factures – de tout". Les deux époux doivent être introduits dans le secteur des services de micro crédit, recommande Riria. "Nous avons besoin d'une institution de micro crédit où les hommes pauvres peuvent avoir accès à l'argent – c'est la seule façon de vaincre la pauvreté; lorsque aussi bien les hommes que les femmes collaborent pour la combattre", a-t-elle dit à IPS. Même la KWFT ne s'est préoccupée que des besoins financiers des femmes..
Créée il y a environ deux décennies, elle accorde actuellement des prêts à quelque 80.000 femmes, pour la plupart des femmes rurales pauvres. En 1997, elle comptait 5.198 femmes inscrites. Le montant moyen d'un prêt est de 459 dollars, assez pour lancer de petites – mais prospères entreprises – comme l'élevage de poulets, l'apiculture, et la vente de poissons. Dirigée par un groupe de femmes professionnelles, la KWFT a déboursé 31 millions de dollars en prêts de janvier à septembre 2005. L'organisation, opérant maintenant dans sept des huit provinces du Kenya, envisage de porter ce montant à 40 millions de dollars en 2006. Avec un portefeuille d'impayés d'environ 23 millions de dollars, le groupe s'est développé et est devenu la plus grande institution de micro finance du pays, avec pour principe de base, la diminution de la pauvreté au sein des femmes. "La micro finance est la solution pour la réduction de la pauvreté. Les femmes sont tout le temps enfermées dans la pauvreté, et cela s'empire lorsqu'elles prennent de l'âge. C'est pour cette raison que nous luttons pour faire accéder les femmes au crédit", a indiqué Riria. Selon l'Association des Institutions de micro finance du Kenya (AMFI), une majorité écrasante des 30 millions d'habitants du pays ne peut pas avoir accès aux services offerts par les banques. Les institutions de micro finance couvrent moins de 10 pour cent de ceux qui sont exclus par les banques. Mais le secteur n'est pas réglementé. Des organisations douteuses en ont tiré profit pour escroquer des clients naïfs. Au début de novembre, la Kenya Akiba Micro-Finance a été fermée pour avoir pris des cautions, quoiqu'elle n'ait pas été autorisée à le faire. Elle a également enfreint la loi sur les finances en utilisant le mot "finance". "L'absence de lois a entravé la croissance. L'AMFI reconnaît que le marché doit se développer. La seule manière de le faire est de prendre de nouvelles lois pour réglementer cette industrie", a déclaré Kimanthi Mutua, président de l'AMFI. Un projet de loi sur la micro finance, estiment les experts, va, entre autres, s'assurer que de véritables institutions fournissent des services accessibles aux pauvres du pays. "(A l'heure actuelle), nous ne pouvons pas accéder à un financement abordable. L'argent que nous obtenons des banques est octroyé à un taux d'intérêt élevé et, par conséquent, nous devons répercuter les coûts sur nos clients. C'est l'un des facteurs qui dissuadent nos femmes de prendre un micro crédit", a fait remarquer Riria. La loi attend actuellement l'approbation du gouvernement pour être publiée, après quoi elle sera votée par le parlement.

