NAIROBI, 22 oct (IPS) – Le Kenya a réussi ce que certains pourraient considérer comme un exploit inattendu cette semaine en améliorant sa place dans l'Indice annuel de perceptions de la corruption de Transparency International.
Chaque année, l'organisation non gouvernementale basée à Berlin classe plusieurs pays selon les niveaux de corruption qui, aux yeux des gens, existe dans leurs secteurs publics. Cette information provient de divers sondages d'analystes et d'entrepreneurs locaux et internationaux.
Selon Transparency International (TI), l'indice de cette année était basé sur 18 sondages conduits à travers 146 pays. Le Kenya a été classé 131ème sur l'indice, obtenant 2,1 sur les 10 points possibles.
Les pays qui ont moins de trois sur dix sur l'indice seraient, selon TI, touchés par une corruption "endémique" : une corruption généralisée qui est toutefois couplée d'efforts pour l'éradiquer.
L'année dernière, une note de 1,9 reléguait le Kenya au groupe de pays où on pensait que la corruption était "grave" (ce terme qui s'applique aux Etats qui ont obtenu moins de deux points sur dix sur l'indice). La corruption dans ces nations est perçue comme étant très répandue.
Le Kenya était l'un des 60 Etats sondés pour l'indice de 2004, où la corruption serait endémique.
Le Nigeria, 144ème avec une note de 1,6, était le pays africain ayant le plus mauvais classement sur l'indice – tandis que Haïti occupait la dernière place au classement général. La Finlande est perçue comme le pays le moins affecté par la corruption des pays sondés : il a obtenu 9,7.
L'amélioration de la place du Kenya sur l'indice vient à la suite de plaintes plus retentissantes que jamais de la part de donateurs qui accusent Nairobi de ne pas faire assez pour réduire la corruption – même si le président Mwai Kibaki est venu à la fin de 2002 sur un programme de lutte contre la corruption.
La critique a été formulée en tout premier lieu par l'ambassadeur de la Grande-Bretagne au Kenya, Edward Clay, qui a fait la première des deux critiques contre le gouvernement kényan en juillet – accusant ses ministres de corruption à grande échelle.
L'ambassadeur des Etats-Unis, William Bellamy, en a fait de même – tandis que l'Union européenne, le deuxième plus grand donateur du Kenya, a ajourné, en juillet, l'aide budgétaire au pays.
Ceci est arrivé après un scandale impliquant l'attribution douteuse de deux contrats à 'Anglo Leasing and Finance' – l'un pour fournir un système de fabrication de passeports qui ne pourrait pas être manipulé par des terroristes, et un autre pour construire et équiper des laboratoires médico-légaux pour le département d'enquêtes criminelles.
Dans les deux cas, les contrats ont été accordés en l'absence de soumissions d'offres concurrentes.
Des paiements de près de 90 millions de dollars ont été faits à 'Anglo Leasing and Finance', qui est représenté en Grande-Bretagne par une firme qui aurait des liens avec des personnes ayant servi sous l'ancien président Daniel Arap Moï. Tout cet argent aurait été retourné au gouvernement.
A ce jour, plusieurs hauts responsables ont été révoqués en relation avec le scandale, tandis que le ministre des Finances, David Mwiraria, et son homologue de la Sécurité nationale, Chris Murungaru, étaient également impliqués dans l'affaire. Les deux hommes ont pris leurs distances par rapport aux allégations. Plus récemment, l'ambassadeur allemand Bernd Braun a dit que son pays allait ré-instituer une interdiction contre des prêts au Kenya si les autorités ne mettaient pas en œuvre des stratégies anti-corruption convaincantes.
Le Premier ministre norvégien Kjell Magne Bondevick a également indiqué, lors d'une rencontre sur la lutte contre la corruption tenue à Nairobi les 12 et 13 octobre, que les autorités devraient se montrer plus résolues dans la lutte contre la corruption en prenant des mesures contre les politiciens aux mains sales.
Selon Mwalimu Mati, directeur exécutif adjoint de la section kényane de TI (TI-Kenya), même si l'Indice 2004 de perceptions de la corruption montre des développements positifs au Kenya, beaucoup reste à faire dans la lutte pour extirper le mal.
"Bien qu'il y ait un tout petit changement en mieux, ceci ne devrait pas être l'occasion de dormir sur nos lauriers", a-t-il fait remarquer au lancement de l'indice à Nairobi, mercredi.
"Là où des gens ont été impliqués (dans la corruption), il faut qu'ils se retirent pour permettre des investigations", a ajouté Mati. "Je pense que si nous réglons l'affaire Anglo Leasing de façon satisfaisante, les perceptions des niveaux de corruption du pays peuvent changer l'année prochaine".
Le nouveau projet de Loi sur les achats publics, actuellement au parlement, est considéré comme un élément clé pour éviter de futurs cas de corruption liés aux contrats publics. Rendu public à la fin de l'année dernière, le projet vise à créer une autorité indépendante des achats publics, qui opérera sans interférence politique.
A son actif, le gouvernement a créé une commission anti-corruption qui est dirigée par le juge à la retraite Aaron Ringera. L'ancien président de TI-Kenya, John Githongo, a également été nommé secrétaire permanent de l'éthique et de la gouvernance.
Par ailleurs, une enquête est en cours sur la tristement célèbre affaire Goldenberg, qui impliquait l'exportation fictive d'or et de diamant du Kenya au début des années 1990.
Environ 600 millions de dollars auraient été soutirés des coffres du gouvernement à la suite de l'escroquerie, qui a contribué à la décision prise par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale en 2000 de suspendre l'aide au Kenya. Moï a été impliqué dans le scandale Goldenberg.
Bien que l'engagement de Nairobi à combattre la corruption ait été mis en doute par Clay et d'autres, le FMI a accordé à Kibaki un vote de confiance en reprenant l'octroi de l'aide à son administration.

