JOHANNESBURG, 17 sep (IPS) – Le débat sur le rôle joué par des mercenaires en Afrique a été relancé ces derniers mois, suite à l'arrestation et à la condamnation, par la suite, de 68 hommes accusés d'avoir comploté pour renverser Teodoro Obiang Nguema : président du minuscule Etat de Guinée Equatoriale, riche en pétrole.
Le procès des hommes s'est déroulé au Zimbabwe, où ils ont été arrêtés en mars à l'aéroport de Harare. Bien qu'au départ, il ait semblé que les hommes répondraient d'accusations de coup d'Etat, ils ont finalement été jugés pour des crimes moindres au nombre desquels la détention d'armes dangereuses.
Mais, selon des analystes, des peines de prison – même des condamnations à mort – ont peu de chance de dissuader les mercenaires d'opérer en Afrique, notamment lorsque le pétrole, les diamants et autres ressources continuent d'offrir des récompenses lucratives à ceux qui peuvent s'en approprier par la force.
"L'ère des mercenaires n'est pas révolue. Je pense que nous le verrons longtemps encore", a déclaré à IPS, Nhomo Samasuwo de l'Institut pour le dialogue global (IGD), basé à Pretoria, mardi, 14 septembre.
"Même les Etats-Unis louent actuellement des sociétés de sécurité privées en Irak", a-t-il indiqué, faisant allusion au rôle joué par le personnel de ces sociétés dans la protection des personnalités en vue et des installations stratégiques dans cette nation du Moyen-Orient, également riche en pétrole.
La plupart des hommes emprisonnés au Zimbabwe sont détenteurs de passeports sud-africains, bien qu'ils aient à leur tête l'ancien officier des forces spéciales britanniques Simon Mann.
Une autre équipe de 19 hommes, dirigée par le Sud-Africain Nick du Toit, a été emprisonnée en Guinée Equatoriale pour son rôle dans le présumé coup.
Le groupe est détenu actuellement dans la capitale, Malabo, où ses membres pourraient écoper de la peine de mort. Ils sont accusés d'avoir comploté pour remplacer Nguema par Severo Moto, un leader de l'opposition en exil.
Dans une tournure inattendue, Mark Thatcher – le fils de l'ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher – a été accusé d'avoir financé le complot. Les autorités sud-africaines l'ont obligé à rester dans la ville portuaire du Cap, où il a élu résidence – et à se présenter tous les jours à la police, qui enquête sur l'affaire.
Entre les années 1960 et 1980, des mercenaires comme le ressortissant français Bob Denard se sont fait une réputation en Afrique. Denard a joué un rôle capital dans plusieurs coups d'Etat fomentés aux Comores, une nation de l'océan Indien.
Depuis le début de la Guerre froide, des soi-disant "sociétés de sécurité" comme 'Executive Outcomes et Corporate Warriors' ont poussé comme des champignons, offrant en location des services militaires spécialisés. Mais, "ces sociétés sont un camouflage. En somme, ce sont des groupes de mercenaires", affirme Samasuwo.
Le rôle des mercenaires s'est accru après que des pays pauvres, certains sous la pression des donateurs, ont commencé par réduire leurs budgets de défense et à dégraisser leurs effectifs militaires.
En Afrique du Sud, la tendance a été encouragée davantage par la fin de l'apartheid, qui a laissé des soldats bien-formés sans emploi. Plusieurs de ces hommes avaient été impliqués dans des opérations conduites contre des Etats voisins durant l'apartheid, pour dénicher, entre autres, des militants anti-gouvernementaux.
Un certain nombre de soldats sud-africains étaient impliqués dans la création de 'Executive Outcomes' maintenant disparu – basé dans la capitale – Pretoria – qui avait déployé des troupes en Sierra Leone, au Liberia, en Papouasie Nouvelle Guinée et ailleurs.
Selon des articles de la presse locale, à peu près 3.000 Sud-Africains travaillent également en Irak comme agents de sécurité à l'heure actuelle, même si Samasumo croit que le chiffre pourrait être beaucoup plus élevé : "L'affaire est attrayante parce que les mercenaires reçoivent trois fois le salaire d'un soldat régulier".
En Sierra Leone, 'Executive Outcomes' était employé pour aider le gouvernement à reprendre le contrôle du district de Kono, riche en diamant, où étaient exploitées nombre des pierres ayant alimenté une longue guerre civile dans cet Etat miné d'Afrique de l'ouest.
Bien que les détails exacts du coup d'Etat présumé en Guinée Equatoriale restent sommaires, il a souligné à quel point les activités des mercenaires sont liées au contrôle des ressources.
"Après tout, la Guinée Equatoriale est le troisième plus grand producteur de pétrole en Afrique après le Nigeria et l'Angola – et il est au centre de la stratégie pétrolière des Etats-Unis en Afrique", a indiqué, à IPS, Sarah Wyke, de Global Witness, une organisation internationale d'observation des droits, la semaine dernière.
Un rapport du Conseil national américain de renseignements (U.S. National Intelligence Council), 'Tendances générales 2015', daté de décembre 2001, prévoit que d'ici à 2015 un quart des exportations américaines de pétrole proviendrait d'Afrique, dépassant celles du Golfe persique. Les Etats-Unis reçoivent actuellement 16 pour cent de leur pétrole de l'Afrique subsaharienne.
La plupart de ces importations proviendront d'Afrique occidentale, notamment de la zone située entre le Nigeria et l'Angola.
La Guinée équatoriale est également l'un des Etats africains les plus secrets par rapport à ses revenus pétroliers, quelque chose qui pourrait profiter à ceux qui pourraient prendre le contrôle des ressources pétrolières.
"Il y a le secret total; il n'y a aucune transparence. Pas un sou de l'argent du pétrole n'est allé dans le développement du pays. Il est dilapidé par des responsables corrompus", affirme Wyke.
"Il n'y a pas d'éducation, pas d'eau potable et pas d'électricité pour la majorité des gens qui y vivent. Le système sanitaire est effroyable".
En juillet, le gouvernement de Guinée Equatoriale a accusé la presse étrangère d'essayer de déstabiliser le pays en diffusant une information liée à une enquête du Sénat américain sur des comptes de Nguema à la 'Riggs bank'.
Le rapport du sénat alléguait que les comptes avaient été utilisés pour filtrer les revenus pétroliers destinés à un usage privé. Nguema, qui a dirigé la Guinée Equatoriale d'une main de fer depuis qu'il s'est emparé du pouvoir en 1979, dans un coup d'Etat militaire, a réfuté ces allégations.
L'Union africaine (UA) forte de 53 membres fait pression pour le vote d'une loi destinée à réduire les activités des mercenaires sur le continent.
En juillet, le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, a proposé la création d'un nouveau tribunal devant traiter de leurs cas. Le conseil exécutif de l'organisation statuera en novembre sur la création ou non de la cour.
"C'est une avancée réelle…Les lois devraient être harmonisées (et) l'UA devrait trouver une façon de régler la question des mercenaires", souligne Samasuwo.

