JOHANNESBURG, 7 juin (IPS) – Tandis qu'une grande partie de la Journée mondiale de l'environnement (5 juin) de cette année été consacrée aux débats sur le sort des océans (le thème de la Journée étant 'Avis de recherche! Mers et océans : morts ou vifs?') quelque chose d'absolument plus petit a également attiré l'attention en Afrique du Sud : l'abeille.
"Nos populations avaient l'habitude d'enfumer les abeilles, (et) cela entraînait les incendies de forêts. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'abeille indigène d'Afrique est menacée d'extinction. Il nous revient de protéger cette abeille", a dit à IPS, mercredi (2 juin), Rejoice Mabudafhasi, vice-ministre des Affaires environnementales et du Tourisme.
L'abeille africaine est perçue comme la plus agressive des espèces d'abeille. Mais, "c'est également la plus laborieuse du monde. Et son (miel) a un goût naturel sucré", affirme Mabudafhasi.
Cette saveur – et le rôle que les abeilles jouent dans la pollinisation des cultures qui donnent des fruits pour la grande industrie fruitière d'Afrique du Sud – ont assuré aux insectes une valeur aussi bien économique qu'environnementale. L'industrie des abeilles vaudrait actuellement près de 466 millions de dollars, selon diverses sources.
En conséquence, des efforts sont en cours pour donner, à ceux qui craignent les abeilles, une notion de leur importance.
"Nous disons aux communautés, 'Ne brûlez pas les abeilles. N'y mettez pas le feu. Cessez d'allumer les feux de forêts dans les plantations.
Occupez-vous des abeilles'," affirme Jean-Marie Jullienne, directeur général de la Fondation Abeille, une société privée basée dans la capitale, Pretoria, qui travaillera avec le gouvernement pour former de nouveaux apiculteurs.
"Une abeille vit seulement entre 32 et 35 jours – elle a une durée de vie très courte. C'est pourquoi nous devons éduquer la communauté à s'occuper d'elles", a indiqué Jullienne dans un entretien téléphonique avec IPS, mercredi (2 juin).
Comme partie intégrante de leurs efforts pour sensibiliser les Sud-Africains sur la valeur des abeilles, la fondation envisage d'aider 100.000 personnes en zones rurales à mettre en place leur propre entreprise d'apiculture sur une période de trois ans.
Elle vendra des ruches d'abeilles spécialement conçues (qui viennent équipées avec des populations d'abeilles) à ces gens à un taux réduit d'environ 62 dollars chacune; le prix du marché pour les ruches varie entre 93 et 124 dollars. Aucune connaissance spécialisée n'est nécessaire pour exploiter des ruches.
Lorsque le miel est prêt pour la récolte, le personnel de la Fondation Abeille le collectera – en payant aux agriculteurs un peu plus de 120 dollars le kilogramme de miel. Comme chaque ruche doit produire au moins 20 kg de miel par an, les fermiers peuvent espérer un revenu annuel important d'environ 2.500 dollars.
Après avoir remboursé les prêts contractés pour l'achat des ruches, les fermiers auront un revenu mensuel net de 155 dollars – pas une petite somme dans un pays où la grande partie de la population a été appauvrie par l'apartheid.
L'Afrique du Sud a présentement près de 10.000 apiculteurs, mais il y a de la place pour 10.000 autres, selon les analystes de l'industrie. Nous ne produisons pas suffisamment – nous importons du miel chaque année. Nous voulons permettre à nos populations de produire plus de miel", explique Mabudafhasi.
Julliene ajoute : "Nous produisons seulement 2.000 tonnes par an. Et nous consommons 3.000 tonnes par an. Pour combler le déficit, nous importons 1.000 tonnes chaque année de la Chine et de l'Australie. L'Afrique du Sud a cependant la capacité de produire 100.000 tonnes de miel par an".
Mabudafhasi croit que la sensibilisation des populations sur la valeur des abeilles mettra fin à la pratique destructrice consistant à les enfumer.
"Elles ne (les) détruiront pas. C'est comme des fermiers qui ne détruisent pas leur bétail", a-t-elle dit à IPS.
L'apiculture a l'avantage de ne pas nécessiter un investissement aussi important que d'autres activités agricoles, puisqu'elle ne requiert pas de vastes étendues de terre, des semences, des engrais – ou des machines coûteuses pour cultiver la terre et moissonner les récoltes. Par ailleurs, la production de miel ne dépend pas des conditions climatiques.
Néanmoins, cette activité potentiellement lucrative a, jusqu'ici, été largement ignorée en Afrique.
"Nous avons des millions de ruches dans les arbres. Nous devons transporter les abeilles de la forêt dans les boîtes – et nous avons demandé le soutien des responsables de la foresterie (pour faire cela)", souligne Jullienne.
"Les gens en Afrique ont toujours été des chasseurs d'abeille et non des éleveurs. Notre rôle est de les éduquer et de les emmener à devenir des apiculteurs", a-t-il ajouté à IPS.

