DROITS-SOUDAN: Après la guerre, la crise alimentaire

LONDRES, 7 mai (IPS) – Une crise alimentaire menace actuellement plus d'un million de personnes déplacées par le conflit armé dans la région du Darfour, de l'ouest du Soudan, avec les violences qui se poursuivent toujours.

"C'est une crise très grave et l'une des choses les plus dures est que les enfants sont en train d'être séparés de leurs familles", a déclaré James Morris, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM), aux représentants de la presse à Londres, mardi 4 mai.

Parmi les réfugiés, se trouvent environ 34.000 enfants, "dont plusieurs sont séparés de leurs parents", a indiqué Morris. "C'est un spectacle très triste, très pénible à voir".

Plus de 100.000 réfugiés soudanais ont traversé la frontière pour se rendre au Tchad, et le PAM est actuellement engagé dans des plans pour s'occuper de leurs besoins. Mais les ressources sont limitées et si le nombre de réfugiés devait doubler, "il serait de plus en plus difficile pour nous de faire face à la crise", a déclaré Morris.

"C'est l'une des crises humanitaires les plus graves au monde, avec autant de personnes chassées de leurs maisons de la façon la plus agressive", a poursuivi Morris. "Tout a été arraché à ces personnes. C'est tragique".

Il devient maintenant plus urgent pour le PAM de "pré-positionner des tonnes et des tonnes de vivres avant que la saison pluvieuse ne commence", a souligné Morris. "Il serait alors difficile d'acheminer les vivres dans les camps".

Morris s'exprimait après avoir conduit une mission humanitaire de haut-niveau au Soudan et s'être déplacé pour visiter les camps de réfugiés dans l'est du Tchad.

Morris s'est rendu dans le Darfour du 28 au 30 avril en tant que chef d'une mission des Nations Unies de haut-niveau. Le but de la mission était de rassembler des informations de première main sur la situation humanitaire dans le Darfour, et d'évaluer l'ampleur de la crise.

Au cours de sa visite, il a eu des discussions avec des responsables gouvernementaux, des agences de l'ONU, des organisations non gouvernementales, et des représentants des nations donatrices pour identifier les voies et moyens d'améliorer l'accès au Darfour, et pour protéger davantage les civils dans la région, selon un communiqué du PAM.

La mission de l'ONU a demandé au gouvernement soudanais "d'accélérer ses efforts pour contrôler les milices armées, d'assurer la sécurité et la protection des personnes déplacées, et de faciliter l'accès pour les agences humanitaires".

Des attaques répétées des milices, y compris l'incendie des villages, le pillage généralisé et la destruction systématique des moyens de subsistance, ont laissé plusieurs déplacés sans ressources. Les services sociaux locaux, comme les soins de santé et l'éducation, se sont effondrés, selon le PAM.

Cette situation a actuellement des conséquences graves pour la distribution de l'aide alimentaire. Le cessez-le-feu signé entre les rebelles et les forces gouvernementales, le 8 avril, a apporté quelque soulagement, mais la crise humanitaire continue, a ajouté Morris.

Mais le chef du PAM voit des raisons d'espérer. "Nous avions eu une excellente réunion avec la communauté des donateurs", a-t-il dit. "Par ailleurs, nous avons ensuite demandé au gouvernement son soutien pour prendre rapidement des décisions par rapport aux demandes de visas, d'autorisations de voyage, et l'importation des véhicules et autre équipement dont nous pourrions avoir besoin. Nous avons bien fait comprendre au gouvernement combien leur prompte réponse à ces demandes est importante ".

Morris a lancé un appel à la communauté internationale pour qu'elle continue de soutenir les opérations humanitaires en faveur des réfugiés soudanais. "Le PAM travaillera très dur pour s'assurer qu'il y aura assez de vivres ici afin que ces gens restent en vie", a-t-il souligné.

Selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), 110.000 Soudanais – la plupart des femmes et des enfants – ont traversé la frontière pour se rendre au Tchad. Jusqu'à cette semaine, 50.000 ont été installés dans des camps de réfugiés, et le nombre augmente quotidiennement.

A ce jour, la population locale a fait preuve d'une hospitalité remarquable envers les réfugiés, indique le PAM dans un communiqué. Mais le "PAM rencontre d'énormes défis logistiques au Tchad dans le règlement de la crise des réfugiés", explique-t-il.

"L'infrastructure routière est extrêmement mauvaise, et l'agence stocke des rations alimentaires d'urgence dans ses entrepôts près des camps, dans l'est du Tchad, avant que la saison pluvieuse ne commence fin mai-début juin, et ne bloque totalement l'accès à la région par la route".

Les enfants qui sont parvenus aux camps de réfugiés sont relativement les plus fortunés. " Amnesty International reçoit des listes de centaines de civils tués et des villages détruits", a-t-elle souligné dans un communiqué plus tôt. "De même, nous avons maintenant les noms des enfants qui auraient été enlevés par des milices soutenues par le gouvernement".

Le gouvernement du Soudan et l'Armée de libération du peuple du Soudan (SPLA) dans le sud avaient signé un accord sur le partage du pétrole et d'autres revenus. Mais des conflits ont continué entre les forces gouvernementales et leurs partisans, d'une part, et deux groupes armés de l'opposition d'autre part, l'Armée de libération du Soudan (SLA) et le Mouvement pour l'égalité et la justice (JEM).

Selon Amnesty, la plupart des tueries et des destructions ont été l'œuvre des milices pro-gouvernementales, dénommées Janjawid. Les milliers de gens ayant fui vers le Tchad échappaient aux forces gouvernementales.

Les enfants ont été une cible particulière de ces groupes. "Au moins 12.000 personnes, principalement des enfants ou des jeunes gens des groupes ethniques du sud, ont été enlevées par des milices du nord, soutenues par le gouvernement du Soudan".

La séparation des enfants de leurs parents dans les camps de réfugiés au Tchad à l'heure actuelle, et la disparition de plusieurs enfants constituent un nouveau problème humanitaire. Plusieurs années peuvent être nécessaires pour régler ce problème, mais le PAM se bat pour satisfaire les besoins alimentaires urgents de ceux qui sont arrivés dans les camps.

Depuis avril 2003, un départ en masse s'est effectué dans des zones du Darfour qui ont été attaquées. Plus de 700.000 personnes ont fui leurs maisons, la plupart vers d'autres villes dans le Darfour tandis qu'environ 100.000 ont traversé la frontière pour se rendre au Tchad.

Le grand nombre de réfugiés à l'intérieur même du Darfour pourrait bientôt avoir également besoin d'aide d'urgence.

Au Soudan, le gouvernement veut imposer la charia, la loi islamique aux non-musulmans. Les communautés africaines et non-arabes Fur, Masaalit, et Zaghawa, dont sont issus les rebelles, ont été les principales cibles des forces gouvernementales.