ECONOMIE-SIERRA LEONE: La désillusion, comme le coût de la vie monte enflèche

FREETOWN, 2 fév (IPS) – Trois années après la fin de la guerre dévastatrice de la Sierra Leone, les conditions de vie de la majorité des populations empirent de jour en jour, puisque l'économie ne montre aucun signe de reprise.

"Les temps sont vraiment graves", explique Ibrahim Sesay, un porte-parole de l'Association des consommateurs de Sierra Leone dans la capitale Freetown.

"Le coût de la vie est monté en flèche et les gens souffrent, avec le chômage en hausse, de faibles revenus et des prix de produits qui augmentent sur le marché", ajoute Sesay.

Sesay, comme plusieurs Sierra Léonais, cite la hausse soudaine du prix de l'aliment de base, le riz, qui a augmenté de 100 pour cent au cours des derniers mois.

Marie Kamara, une femme célibataire, mère de six enfants, déclare : "Nous achetions d'habitude le sac de riz à 25.000 Leone (10 dollars). Maintenant, il coûte 50.000 Le (20 dollars) et un peu plus, suivant la variété. Ceci est insupportable".

Le prix de l'huile de palme, un ingrédient important dans l'alimentation sierra léonaise, est également passé de 700 Le (28 cents US) à 2000 Le (80 cents US), obligeant les pauvres à modifier leurs habitudes alimentaires et à adopter des ingrédients moins nutritifs.

Des responsables gouvernementaux affirment que la majeure partie de l'huile de palme du pays est en train d'être passée en contrebande à travers les frontières poreuses vers la Guinée et le Liberia. Et ils semblent incapables d'arrêter le cours de ce commerce transfrontalier illégal.

Un haut responsable gouvernemental a dit à IPS il y a une semaine : "Ceci est un sabotage de la part de citoyens peu patriotes. Ils essaient de donner une mauvaise réputation au gouvernement ".

Le responsable, qui a préféré garder l'anonymat, a indiqué que "des mesures seront prises pour renverser cette tendance". Il n'a pas donné plus d'explications.

Partout dans les rues, les Sierra Léonais se plaignent ouvertement de la hausse du coût de la vie. Les jeunes, qui constituent plus de 70 pour cent de la population, sont pour la plupart au chômage. Plusieurs d'entre eux avaient été des combattants actifs durant la guerre civile sierra-léonaise longue de 10 ans. Maintenant, ils sont désabusés. Ils errent dans les coins de rue et se lancent dans des activités criminelles.

"Qu'attendent-ils que nous fassions d'autre?", a demandé Mustapha Sillah, un ancien rebelle du Front révolutionnaire uni (RUF). "Nous avons abandonné les armes et ramené la paix, mais nous n'avons rien à faire. Je suis particulièrement désenchanté".

Les combattants démobilisés sont au nombre d'à peu près 45.000.

Récemment, un important groupe de contrôle des droits humains, la 'Campagne pour la bonne gouvernance', a mené une étude qui montrait un mécontentement public affligeant avec l'effondrement de l'économie. Il a exhorté le gouvernement à prendre des mesures pour inverser ce déclin.

Charlie Hughes du 'Forum pour des initiatives démocratiques' (FORDI), un groupe de réflexion local et indépendant, a dit que l'économie "n'a aucune chance de se relever". Le Leone continue de baisser face à toutes les grandes monnaies, comme le marché parallèle devient plus fort face aux institutions bancaires. Les exportations sont faibles ou insignifiantes et les dirigeants politiques semblent afficher peu de volonté à renverser la situation", a commenté Hughes.

La colère des gens semble être en train de déborder. Une manifestation publique prévue par des groupes de jeunes, contre la détérioration de l'économie, a été interdite. Le gouvernement ne semble pas être prêt à tolérer des dissensions ouvertes qui pourraient être exploitées par des éléments mécontents et frustrés de la société.

Selon des critiques, la fin, en 2001, de la guerre civile en Sierra Leone, n'a pas réussi à renverser la situation et à améliorer la vie de la majorité.

Les diamants et l'agriculture, qui constituent les principaux secteurs d'exportation du pays, ont été freinés parce que les régions minières et agricoles ont été occupées par des forces rebelles pendant de longues périodes de la guerre. Le gouvernement était en état de blocus.

Maintenant, tout le pays est de nouveau entre les mains du gouvernement.

Cependant, les diamants sont toujours en train d'être passés en contrebande et les agriculteurs ne sont pas encouragés à cultiver la terre.

"C'est une corruption massive dans des cercles officiels, qui affaiblit l'économie", a déclaré Patrich Sesay, professeur dans un lycée technique à Freetown. "De même, nos importations dépassent de loin notre base de production. Et ce qui complique davantage les choses, c'est que notre économie est basée sur l'aide des bailleurs et que les financements de ces derniers commencent par tarir", a-t-il ajouté.

L'aide des bailleurs représente plus d'un tiers du budget annuel de la Sierra Leone, selon des statistiques officielles.

Les difficultés financières de la Sierra Leone semblent s'exprimer à travers la voix de jeunes musiciens. Les gens sont maintenant de plus en attirés par des albums fortement politisés et publiés localement puisqu'ils décrient les autorités pour leur incapacité à arrêter la réduction des opportunités économiques de la nation.

"Cela semble être une révolution musicale. Les jeunes artistes luttent pour la cause des masses qui souffrent. J'aime leurs chansons", affirme, avec esprit, Aisata Kabba, une femme d'affaires à Freetown.