POLITIQUE-BURUNDI: Des dirigeants africains font pression pour obtenir unaccord de paix définitif

PRETORIA, 20 nov (IPS) – Le plus grand groupe rebelle du Burundi est logé dans le gouvernement de transition et le processus de paix de ce pays après une cérémonie de signature devant des dirigeants de la sous-région à Dar es Salaam, en Tanzanie, pendant le week-end.

Le leader du Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), Pierre Nkurunziza, et le président du Burundi, Domitien Ndayizeye, ont signé un accord qu'ils ont initié dans la capitale de l'Afrique du Sud, Pretoria le 8 octobre et le 2 novembre.

Cet accord avalisait le partage du pouvoir politique, de la défense et des pouvoirs sécuritaires dans le pays qui a perdu plus de 300.000 personnes dans une décennie de guerre civile.

"Nous sommes convaincus que la guerre prendra fin. Nous avons prouvé que les soi-disant experts qui avaient prédit l'échec du processus d'Arusha avaient tort", a indiqué Ndayizeye. Même au moment où l'encre séchait sur les documents, les dirigeants invités par le président ougandais Yoweri Museveni – qui est à l'origine de l'initiative régionale de paix sur le Burundi – faisaient pression sur le Front national de libération (FNL) de Agaton Rwasa pour qu'il se joigne au processus.

Ils ont dit que Rwasa avait trois mois pour entrer dans les négociations avec le gouvernement ou "faire face aux conséquences d'une action régionale".

L'initiative rappelle le traitement infligé au FNL et au CNDD-FDD après la signature de l'Accord d'Arusha en août 2001. Les deux groupes rebelles étaient exclus des négociations par le premier initiateur, feu Julius Nyerere.

Les groupes soutenaient que pour entrer dans les négociations, l'accord devait être revu pour les satisfaire. Nkurunziza a réussi à le faire, mais les arrangements pour un gouvernement de transition élargi n'avaient rien prévu pour le FNL.

L'équipe de médiation sud-africaine du président Thabo Mbeki et du vice-président Jacob Zuma ne voyait le FNL que comme un "petit problème".

Le groupe rebelle n'est plus ravitaillé par le CNDD-FDD. Il a toutefois continué à attaquer la capitale Bujumbura — le dernier de ces incidents étant survenu juste la semaine dernière.

Les chefs d'Etat du Mozambique, d'Ethiopie et de la République démocratique du Congo (RDC) ont rejoint Museveni et Ndayizeye, avec des ministres représentant l'Afrique du Sud, la Tanzanie, le Gabon, le Kenya et la Zambie au sommet.

Leur déclaration ordonnait au FNL de "cesser immédiatement les hostilités et de prendre part aux négociations dans l'intervalle de trois mois".

"Après ce délai, et en cas de refus catégorique de prendre part au processus de négociation, le peuple du Burundi, l'initiative régionale sur le Burundi et l'Union africaine le considéreront comme une organisation qui est contre la paix et la stabilité au Burundi et le traitera comme tel", indiquait le communiqué.

Ndayizeye a adopté un ton conciliant envers le FNL, affirmant qu'il serait le bienvenu dans les négociations. Son ministre de la Défense, Vincent Niyungeke, semblait plus dur avec sa déclaration affirmant que sans le soutien du plus grand groupe, le FNL pourrait ne pas avoir la capacité d'infliger une épreuve de force finale aux Burundais déjà épuisés.

"Nous avons maintenant le soutien du CNDD-FDD et ils nous aideront à prendre des mesures contre le FNL qu'ils connaissent bien", a déclaré le ministre.

"La population en a par-dessus la tête de la guerre et de payer au FNL sa protection. Le FNL ne pourra plus collecter cela maintenant qu'il n'a plus le soutien du CNDD-FDD". Nkurunziza nie avoir déjà combattu avec le FNL. Toutefois, c'est pour une cause commune que le CNDD-FDD était ravi de fournir au FNL les moyens de faire en sorte que le FNL continue d'occuper les forces burundaises près de la capitale pendant qu'il opérait plus loin.

En attendant, l'Afrique du Sud a engagé ses troupes de maintien de paix au Burundi jusqu'à ce que le pays soit capable de constituer ses propres services de sécurité, en apportant le plus gros des 3.128 hommes de maintien de paix de l'Union africaine actuellement déployés au Burundi.

La mission africaine au Burundi (MIAB) comprend également 1.297 Ethiopiens et 202 Mozambicains.

Le vice-président Zuma a déclaré, devant le parlement au Cap, que le coût du déploiement des troupes sud-africaines a atteint 800 millions de rands (environ 119 millions de dollars).

L'Afrique du Sud a fait travailler à tour de rôle 600 hommes à l'intérieur et à l'extérieur du Burundi depuis 2001 pour protéger les politiciens qui étaient retournés participer au gouvernement de transition institué conformément à l'Accord d'Arusha.

L'Union africaine devrait rembourser les pays fournissant des forces de maintien de paix au Burundi jusqu'au moment où les Nations Unies s'impliqueront. Mais la nouvelle institution africaine n'a pas les fonds pour faire cela. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont aidé financièrement les gouvernements éthiopien et mozambicain à envoyer leurs soldats au Burundi.

Zuma a dit au parlement que l'Afrique du Sud ne pourrait être en sécurité et stable sur un continent instable.

L'Afrique du Sud exerce une pression diplomatique maximum sur les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU pour faire approuver le déploiement d'une force de maintien de paix onusienne au Burundi maintenant que la majorité écrasante des participants — 99 pour cent selon Mbeki — s'est engagée à poursuivre le processus de paix.

Le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Nkosazana Dlamini Zuma, a contacté les ambassadeurs du Conseil de sécurité pour leur demander, en fait, d'agir sur les règlements d'engagement de l'ONU pour un maintien de la paix qui nécessite un délai étendu.

Cette disposition, soutient l'Afrique du Sud, permet au FNL d'exercer un chantage sur le processus de maintien de paix.

Le sommet a soutenu l'appel de l'Afrique du Sud pour une force de maintien de paix au Burundi étant donné le "changement qualitatif qui s'est opéré après la signature des protocoles de Pretoria ayant créé une condition totale de paix et de stabilité sur plus de 95 pour cent du territoire au Burundi".

La MIAB coûte 120 millions de dollars par an et seulement 20 millions de dollars de ce montant ont été libérés par des donateurs étrangers.

Une conférence des donateurs, prévue à Pretoria au début du mois prochain, a été reportée jusqu'à l'année prochaine — probablement pour coïncider avec une rencontre qui se tiendra en Belgique et est destinée à attirer des bailleurs pour la rénovation du Burundi.