TRAVAIL: Le Nigeria et le Bénin unissent leurs forces pour combattre letrafic des enfants

LAGOS, 9 oct (IPS) – Deux semaines à peine après la remise de 116 enfants au Bénin, un autre lot de 120 enfants enlevés de ce pays a été secouru par la police nigériane.

Ils sont victimes du trafic d'enfants et du travail forcé des enfants. Ils seront remis aux autorités béninoises, selon la police nigériane.

"La police nigériane est prête à arrêter ceux qui sont impliqués dans le trafic d'enfants et à secourir les enfants victimes de trafic. Il n'y aura pas de cachette pour ceux qui sont derrière cet acte vil", affirme un haut fonctionnaire de la police à Lagos, la capitale économique du Nigeria.

Le chef de la police nigériane, Tafa Balogun, a remis 116 enfants béninois âgés de quatre à 13 ans, arrachés aux maîtres d'esclaves à l'intérieur du Nigeria, et rendus aux autorités béninoises à Sèmè, une ville frontalière entre le Nigeria et le Bénin, le 26 septembre.

Les enfants, tous des garçons et mal nourris, faisaient partis des internés d'environ sept camps d'enfants esclaves découverts dans les Etats d'Ogun, d'Oyo et d'Osun, dans l'ouest du Nigeria, au cours d'une grande percée des membres des forces de sécurité combattant les crimes transfrontaliers, en particulier le trafic des enfants et le travail forcé des enfants.

"Avec cette avancée dans l'arrestation des trafiquants d'enfants et la cérémonie de remise, nous avons réussi à respecter l'accord contenu dans le Mémorandum d'entente signé le 14 août avec la République du Bénin", a déclaré Balogun, enthousiasmé.

Six trafiquants béninois, parmi les neuf personnes arrêtées pour délit de trafic, ont été remis aux autorités béninoises avec les enfants secourus.

Trois des trafiquants arrêtés sont des complices nigérians qui répondront de leurs actes devant la justice au Nigeria.

La loi nigériane sur le trafic humain, signée récemment par le président Olusegun Obasanjo, prescrit l'emprisonnement à vie pour une personne qui fait le trafic d'êtres humains ou force une telle personne à entrer dans la prostitution à l'intérieur du pays ou ailleurs dans le monde.

L'arrestation des trafiquants fait suite à la découverte de colonies d'esclaves dans trois Etats après un rapport faisant état de la mort de deux enfants béninois âgés de cinq et six ans, alors qu'ils étaient introduits clandestinement au Nigeria. Le décès a été rapporté au dirigeant de la communauté Egun (Egun est un groupe ethnique qui se trouve de part et d'autre de la frontière Bénin-Nigeria).

Immédiatement, le leader Egun a demandé l'assistance de Bose Akinola, coordinatrice de l'organisation non gouvernementale (ONG) – Voix des femmes au Nigeria. ILs ont découvert l'existence d'un camp d'esclaves dans la région et ont fait part de leurs conclusions à la police qui est passée à l'action, arrêtant les trafiquants et allant sauver des enfants.

Les trafiquants ont avoué que les enfants étaient introduits clandestinement au Nigeria dans des sacs qu'ils font passer à la frontière pour des marchandises venant du Bénin. La plupart des enfants seraient sur la liste des personnes portées disparues, compilée par les autorités béninoises. Des rapports préliminaires de la police ont montré qu'au moins 13 de ces enfants trafiqués sont morts au cours des trois derniers mois.

Les enfants étaient campés dans la brousse sans aucun abri et étaient obligés de dormir à même le sol en plein air. Ils étaient utilisés comme esclaves pour concasser du granite et des pierres dans des carrières, à l'intérieur des camps, pour trois fois rien.

Un détachement spécial mixte bénino-nigérian, qui a effectué une descente dans l'un des camps dans une jungle près du village de Mawuko, à environ 18 km d'Abeokuta, la capitale de l'Etat d'Ogun, à quelque 80 km au nord-ouest de Lagos, a réussi à sauver 60 des enfants. Ils ont été retournés au Bénin en août.

Sikirou Soulé, un diplomate béninois à Lagos, a déclaré que les trafiquants remis par le Nigeria, ainsi que les parents des enfants, seraient poursuivis au Bénin.

"Les parents, qui pourront identifier leurs enfants parmi les pensionnaires, seraient poursuivis pour négligence. Nous avons mené une campagne de sensibilisation agressive, de publicité et de publications ainsi qu'une campagne de collage d'affiches au Bénin pour indiquer que le trafic d'enfants était devenu un crime odieux. Quiconque continue toujours ce commerce sera traité en conséquence parce que la loi prescrit un minimum de cinq ans d'emprisonnement pour tout individu reconnu coupable du délit", a-t-il indiqué.

Parmi les efforts pour contenir la criminalité transfrontalière, notamment le vol à main armé, le trafic de médicaments ainsi que le trafic d'êtres humains de part et d'autre de la frontière bénino-nigériane, les deux pays ont signé, en août, un Mémorandum d'entente suite à la fermeture, par le Nigeria, de leur frontière commune, pour obliger les autorités béninoises à coopérer dans la lutte.

Conformément à l'accord, les deux pays ont convenu que les criminels identifiés à l'avenir seront retournés immédiatement aux autorités appropriées dans le pays demandeur. Ils ont également accepté d'identifier, d'enquêter et de poursuivre les agents et les trafiquants, mais aussi de protéger les victimes de trafic d'êtres humains et de les remettre aussitôt à leur pays d'origine.

Le problème du trafic d'enfants et du travail forcé n'est pas simplement un problème entre le Bénin et le Nigeria, mais il va également au-delà des frontières internationales.

Malgré les efforts du gouvernement et des ONG au cours de cette dernière décennie pour combattre la menace, le trafic d'enfants et le travail forcé des enfants se développe toujours à l'intérieur des frontières nigérianes.

Ekori et Nko dans l'Etat de Cross River, dans le sud du Nigeria, ont récemment été identifiés comme des centres où des enfants âgés de 12 à 18 ans sont trafiqués notamment vers les Etats de l'ouest – de Ondo et d'Ogun – pour constituer une main-d'œuvre bon marché dans les plantations de caoutchouc.

Au moins 50 enfants de cette tranche d'âge sont enlevés par an dans les deux communautés pour travailler dans des plantations de caoutchouc dans l'Etat d'Ondo ou d'Ogun, selon des groupes de défense des droits de l'Homme.

Thomas Ukagu, un responsable du gouvernement local dans l'Etat de Cross River, affirme que les enfants sont souvent emmenés sans le consentement de leurs parents.

Cette situation, estime Ukagu, a soumis des parents à la torture psychologique qui a conduit à certains décès prématurés dans la région. Les filles enlevées sont forcées de se prostituer, selon lui.

Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) rend la pauvreté et le manque d'éducation responsables de l'exploitation des enfants au Nigeria.

"Plus de huit millions d'enfants sont actuellement confinés dans le travail d'exploitation des enfants. Par ailleurs, des milliers d'entre eux sont en train d'être transférés vers d'autres pays pour être exploités sexuellement", indique un rapport de l'UNICEF.

Eki Igbinedion, fondateur de la Renaissance Idia, une ONG, aide à réhabiliter et à intégrer des victimes du trafic d'êtes humains et de prostitution, qui ont été, pour la plupart, expulsées de pays étrangers. "La nature clandestine entourant le trafic d'êtres humains entrave l'efficacité des mesures universelles et des législations pour éliminer le vice et les activités associées", souligne-t-elle.