YAOUNDE, 3 sep (IPS) – "La malnutrition est responsable du retard de croissance de 54,1 pour cent d'enfants camerounais", selon Jacques Boyer, coordonnateur du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) au Cameroun.
La malnutrition "cause un retard de croissance et une émaciation qui rendent vulnérables les enfants malnutris à toutes sortes de maladies", a déclaré Boyer, lors d'une réunion bilan du "Plan de convergence pour un développement intégré du jeune enfant camerounais", en août à Yaoundé. Selon lui, l'aggravation de la situation nutritionnelle des enfants camerounais, en 2003, va à l'encontre des espoirs nés de l'engagement pris lors du Sommet mondial pour l'enfance, tenu à New York, le 30 septembre 1990.
"A coté de la pauvreté, il y a la malnutrition qui frappe plus d'un enfant sur cinq au Cameroun, entraînant des conséquences subséquentes, tant sur le plan de la survie que du développement des capacités intellectuelles et physiques de l'enfant", a ajouté Boyer.
Le paludisme, le VIH/SIDA et la malnutrition sont souvent cités parmi les maux qui assombrissent l'avenir du jeune enfant, devenant, selon des spécialistes, l'une des causes principales de la mortalité infantile dans ce pays d'Afrique centrale, dont le taux est estimé à 77 pour cent par le ministère de la Santé et l'UNICEF. En dépit des engagements et des efforts du gouvernement visant à créer des conditions de développement pour les enfants, la majeure partie des enfants au Cameroun sont encore en proie à d'énormes difficultés qui freinent leur épanouissement. Des espoirs existaient pourtant de voir se réduire de moitié la malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans, par rapport aux taux de 1990. En tenant compte du pourcentage des nouveaux-nés dont le poids était inférieur à 2.500 grammes au Cameroun en 1991, l'objectif était de réduire ce taux de 16 à 8 pour cent à l'horizon 2000.
Le paludisme est responsable de 35 à 40 pour cent des décès dans les hôpitaux, de 50 pour cent de morbidité chez les enfants de moins de cinq ans et de 40 pour cent de mortalité infanto-juvénile. Cette situation occasionne "une perte annuelle de 1,3 pour cent du produit intérieur brut (PIB) du Cameroun, dont la croissance resterait constante en 2003, à 5 pour cent l'an", selon Dr Hélène Mambu-ma Disu, représentante de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans le pays.
Le gouvernement camerounais a lancé une initiative dénommée "Initiative Roll Back Malaria", contenue dans son "Plan stratégique national de lutte contre le paludisme", étalé sur cinq ans, pour un coût total de 39,5 milliards de francs CFA (environ 68 millions de dollars US).
Adoptée en avril 2002, la stratégie se donne comme objectif d'amener, d'ici à 2006, 60 pour cent des enfants de moins de cinq ans à dormir sous une moustiquaire imprégnée d'insecticide. "Un défi de bien-être pour les enfants camerounais", a expliqué à IPS, Alim Hayatou, secrétaire d'Etat à la Santé publique. Ce défi s'en trouve malheureusement entamé par le VIH/SIDA qui a fait officiellement 210.000 orphelins au 21 mars 2003, pour un million de séropositifs sur 15,5 millions d'habitants, et un taux de prévalence national estimé à 12 pour cent.
En outre, de nombreux enfants camerounais exercent des travaux avilissants ou servent "d'appâts sexuels" pour attirer des touristes en mal d'exotisme.
Pourtant, la loi proscrit au Cameroun le travail des enfants de moins de 14 ans. La réglementation sur les conditions de travail des enfants ne concerne que ceux de la tranche d'âge de 14 à 18 ans.
Une enquête à "indicateurs multiples" appelée MICS (Multiple Indicators Cluster Survey, 2003), diligentée par le ministère de l'Economie et des Finances, avec la collaboration de l'UNICEF, indique que 5 pour cent des enfants âgés de cinq à 14 ans ont effectué un travail non rémunéré. D'autres enfants sont astreints aux "travaux domestiques" : la cuisine, les achats, le nettoyage, la lessive, la collecte d'eau. Sept enfants sur 10 accomplissent ces tâches pendant environ quatre heures par jour, tandis que 11 pour cent y consacrent plus de quatre heures. Les fillettes sont plus ciblées pour ces travaux (13 pour cent) que les garçons (9 pour cent).
Par ailleurs, la société civile déplore la situation "extrêmement préoccupante des autres enfants en conflit avec la loi", selon Pierre Fankam, membre de la Commission diocésaine justice et paix. "La majeure partie des enfants en prison au Cameroun ne bénéficie pas encore de l'ensemble des mesures protectrices édictées en leur faveur", a-t-il ajouté.
"Dans les 19 plus grandes prisons du Cameroun au cours de l'année 2002, nous avons dénombré 393 mineurs parmi lesquels 341 étaient détenus à titre préventif et 54 autres définitivement condamnés", a indiqué Grâce Elimbi, de l'Association camerounaise des femmes juristes (ACAFEJ).
Ces chiffres ne prennent pas en compte les enfants placés dans des institutions de rééducation. Ils ne comprennent pas non plus ceux, en grand nombre, qui sont remis par les juges à leurs familles. En effet, bien qu'ils soient auteurs d'infractions à la loi pénale, la justice estime qu'il vaut mieux, pour leur réinsertion sociale, les laisser sous la direction des parents ou la surveillance des assistants sociaux.

