ECONOMIE-SWAZILAND: Les femmes possèdent la majorité des petites entreprises

MBABANE, 2 sep (IPS) – Depuis la publication, la semaine dernière, d'un rapport gouvernemental qui montrait qu'une majorité de petites entreprises appartient à des femmes swazies, des groupes d'émancipation des femmes tentent de concilier cette nouvelle surprenante avec la réalité selon laquelle les femmes swazies sont légalement mineures, avec des droits limités dans ce petit pays. "Visiblement, les femmes ont une plus forte implication dans l'économie que ne l'avaient pensé les décideurs nationaux", affirme Alicia Khumalo, une étudiante en droit à l'Université du Swaziland, qui se spécialise dans les relations entre le patronat et les travailleurs. Et pourtant, Kumalo n'était pas surprise par le rapport.

"L'évidence anecdotique était toute nette. Mes frais d'inscription à l'université sont payés par ma mère, qui gère une épicerie générale hors de Manzini (la capitale économique). Personne ne pense que c'est étrange. Et lorsque vous allez en ville, il semble que la plupart des magasins sont dirigés par des femmes".

Bien que les entreprises soient enregistrées au nom des femmes, qui obtiennent alors des licences d'exploitation, paient des taxes, emploient des travailleurs et se lancent dans une myriade de responsabilités en vue de rendre une affaire rentable, le bâtiment qu'elles louent appartient généralement à quelqu'un d'autre. Habituellement, le propriétaire est un homme.

"La politique agraire est un problème. Légalement, les femmes ne peuvent pas posséder de propriétés au Swaziland. Ceci est une prérogative des hommes swazis, et cela remonte à l'époque où tout le monde vivait sur la terre communautaire de la nation swazie sous des chefs. Les terres arables étaient allouées aux familles, mais au nom du chef de famille de sexe masculin", a indiqué à IPS une avocate en poste à la section swazie de Femmes et droits en Afrique australe.

Près de 80 pour cent de la population vit toujours comme paysans sous des chefs sur la terre de la nation swazie. Lorsque l'homme, chef de ménage meurt, ses propriétés passent à son fils, son frère ou un parent de sexe masculin. Lorsque les Swazis ont commencé par acquérir des titres de propriété dans les zones urbaines suite à l'indépendance nationale, l'exigence du droit de propriété masculin avait été retenue.

"Le rôle d'une femme était à la maison, et n'était pas celui de quelqu'un qui gagnait des revenus, à cette époque. Les autorités ne voyaient simplement aucune nécessité que des femmes aient des propriétés en leurs noms, lorsque ce seraient des hommes qui allaient les utiliser", se rappelle Thembi Sithole, qui a deux bus qui font les courts trajets en banlieue.

Mais les abus étaient endémiques. Les femmes ne pouvaient pas prendre de prêts bancaires ou signer des contrats, cela devait donc être fait en leur nom par des parents hommes. Les histoires abondent sur des maisons et entreprises de femmes qui ont été construites après beaucoup d'efforts et d'investissements, seulement pour être perdues lorsqu'un homme au nom de qui la propriété a été enregistrée les perd comme dettes de jeux ou lorsqu'ils sont utilisés comme garantie de prêts qu'il n'avait pas remboursés.

A travers tout ceci, des femmes ont persévéré, jusqu'à ce que 71 pour cent des petites entreprises soient aujourd'hui propriété des femmes, selon le ministère de l'Entreprise et de l'Emploi.

Ensuite est arrivé le SIDA.

"Des hommes dont les affaires sont en plein essor économique meurent en grand nombre au Swaziland", a indiqué Khosi Bhembi, une activiste du SIDA à IPS.

"A cause des lois traditionnelles sur l'héritage, la propriété d'un homme va à sa famille, à sa mort. Des parents cupides laissent souvent les survivants, les veuves et les enfants, sans rien. La seule sécurité dont dispose une femme swazie est ce qu'elle a produit pour elle-même. C'est pourquoi tant de femmes ont des entreprises, comme assurance", explique Bhembi.

"Les femmes swazies sont de vrais entrepreneurs", reconnaît le ministre de l'Entreprise et de l'Emploi, Lutfo Dlamini.

Le gouvernement a reconnu la contribution que les femmes propriétaires d'entreprises apportent à l'économie et à la société. Dans un avant-projet de constitution qui pourrait être promulgué comme loi d'ici à la fin de l'année, les femmes sont assurées d'obtenir les mêmes droits. On ne peut plus leur refuser des prêts bancaires ou des titres de propriété des biens immobiliers à cause d'une discrimination de genre.

"Niveler le terrain de jeu y aidera. Mais la prochaine étape devra être de sortir les femmes des petites affaires pour des domaines de responsabilité plus larges. J'aimerais voir une femme posséder une station d'essence, une société concessionnaire de voitures, ou une usine", affirme Khumalo.

Comme d'autres endroits ayant des déséquilibres de genre dans le monde des affaires, un manque de capital empêche les femmes swazies d'atteindre des objectifs commerciaux plus ambitieux.

Mettre fin à l'interdiction sur l'octroi de prêts bancaires aux femmes sera d'une grande aide, mais la Chambre de commerce et d'industrie du Swaziland estime que le gouvernement doit décréter des programmes de délégation de responsabilité pour diriger le capital direct vers les femmes.

L'Autorité de promotion de l'investissement du Swaziland (SIPA) a été créée il y a cinq ans pour faciliter l'investissement étranger direct dans le pays. En associant de potentiels investisseurs avec des femmes swazies partenaires, la SIPA peut accroître les efforts d'émancipation des femmes.

La politique de réforme agraire aidera également aider les femmes à s'éloigner des petites préoccupations agricoles comme la volaille et les projets de maraîchage pour les amener vers des l'agro-industrie. Mais parvenir à cette fin pourrait être plus difficile.

La constitution nationale proposée met fin à la discrimination dans le secteur formel, le soi-disant Swaziland "moderne", mais laisse intactes les questions qui tombent sous "le droit et la coutume swazie".

"Les chefs vont-ils allouer des terres aux femmes? Ou cela viendra-t-il seulement lorsqu'il y aura une véritable réforme agraire?", demande Khumalo.

Une telle réforme agraire permettrait aux petits exploitants agricoles d'avoir leurs champs, leurs pâturages et des maisons comme titres de propriétés. Un tel changement aurait de profondes implications politiques dans un pays où les chefs, qui représentent le roi au niveau local, tirent beaucoup de pouvoir de leur capacité à allouer la terre.

Cinq années de rendements agricoles en baisse, et trois années de pénuries alimentaires critiques ont fait avancer le programme de réforme agraire.

Les femmes vont sans doute en bénéficier. Déjà, les femmes ont été chargées de la distribution locale de l'aide alimentaire par le Programme alimentaire mondial (PAM).

Traditionnellement, ce sont toujours les femmes qui ont eu la charge des stocks vivriers de la famille. C'est logique qu'elles gèrent maintenant la distribution alimentaire d'urgence. Elles montrent ce qu'elles peuvent faire. Ceci influencera les attitudes envers les femmes dans l'agro-industrie, et cela est important parce que l'économie du Swaziland est principalement agricole encore", ajoute la femme d'affaire Sithole.