KINSHASA, 25 avr (IPS) – Les Congolais meurent beaucoup plus de négligence et de sous-information sur l'hygiène et l'assainissement que de maladies endémiques sur-médiatisées, estime Sanitas-Environnement, une organisation non gouvernementale (ONG) en République démocratique du Congo (RDC).
Sanitas-Environnement, qui est une ONG environnementale congolaise spécialisée dans l'assainissement, se dit choqué par la "désinvolture généralisée envers la dégradation avancée de l'environnement, le manque d'une bonne politique gouvernementale en matière d'assainissement et surtout, par un accommodement progressif et dangereux de la population avec l'insalubrité permanente". L'ONG a donc décidé de mener une campagne de sensibilisation contre les déchets dangereux omniprésents dans l'environnement immédiat des Congolais. Cinquante journalistes représentant différents organes de presse de Kinshasa ont suivi, dans ce programme, un atelier de formation et d'information sur les déchets dangereux et la gestion des ressources en eau. "La République démocratique du Congo semble en sommeil pendant que des milliers de Congolais frôlent quotidiennement des dangers pour leur santé dans leur environnement immédiat", a déclaré Kitenge Lubanda, président de Sanitas-Environnement. L'atelier avait été organisé en écho au 3è Sommet mondial de l'eau, tenu à Kyoto, au Japon, à la fin-mars, et à l'année internationale de l'eau.
L'absence de politique d'assainissement est à l'origine de nombreux ravages causés à l'environnement et à la santé des populations en RDC, estime Lubanda qui dit avoir associé les médias à son action afin que son cri d'alarme porte mieux et le plus loin possible à travers radios, journaux et télévisions. "Le plus dramatique", explique-t-il, "est que l'homme congolais soit le plus mal informé des dangers qui le guettent dans sa vie quotidienne. Les déchets chimiques industriels qui sont canalisés dans le fleuve (Congo); les huiles des vidanges de moteurs qui terminent également leur course dans les égouts; et enfin, les maraîchages de proximité, au bord des grandes artères de la capitale dont les légumes sont quotidiennement souillés par les émanations de gaz carbonique des véhicules". "Depuis quelque temps, nous avons entrepris des actions sur le terrain au profit des hôtels, restaurants et hôpitaux à Kinshasa. Il s'agit d'aider ce genre d'établissements publics à veiller sur l'hygiène et la salubrité, et en même temps, à respecter les conditions sanitaires dans la préparation des mets", indique Lubanda.
Kinshasa, la capitale de la RDC, qui était une ville propre dans les années 1970, est devenue progressivement une "immense poubelle" qui ne respecte aucune norme urbanistique en matière d'assainissement. Si les quartiers industriels portent une grande responsabilité dans la pollution des eaux du fleuve Congo avec des produits chimiques de toutes natures, les quartiers résidentiels sont la proie de montagnes d'immondices que les services publics n'arrivent plus à évacuer ni à recycler. Les femmes se plaignent de l'accumulation des immondices dans leur environnement. Elles sont découragées de voir les services publics ne plus s'occuper, comme avant, de ce secteur. Tekla Mulimvunzi, une dame qui habite un quartier particulièrement insalubre dans la commune de Barumbu à Kinshasa, affirme : "Notre quartier est des plus défavorisés depuis que la route est coupée à la circulation des véhicules. La commune en prend prétexte pour ne pas nous débarrasser des immondices. Nous avons peur surtout pour la santé des enfants".
Le Programme national d'assainissement avoue son incapacité à maintenir les normes de salubrité publique : "Nous avons un gros problème d'équipements pour l'évacuation des immondices", confie à IPS, Ngoyi Mbele, ingénieur sanitaire responsable de l'assainissement pour la ville de Kinshasa. "Et même arriverions-nous à les évacuer qu'il se poserait toujours le problème de leur traitement. Aucune usine de traitement d'immondices n'existe sur toute la ville et tout ce que nous faisons, c'est juste déplacer les immondices de la ville vers la périphérie". Pour le moment, la solution – qui n'en est pas une en fait – consiste effectivement à évacuer les immondices sur les zones jusqu'ici inhabitées de Menkao, à une centaine de kilomètres de Kinshasa, en dépit des dangers que cela comporte pour l'environnement local. "De toute façon", explique Dany Mpolesha du ministère de l'Environnement, "avec les infiltrations, tout se termine dans les cours d'eau dont est tirée l'eau que nous buvons.
La responsabilité de tout Congolais commence donc à la maison par une meilleure gestion des déchets domestiques".
Ce qu'il faut craindre le plus, selon Emile Amba, ingénieur civil, c'est moins les dangers des déchets d'origine ménagère que ceux qui proviennent des industries locales. Il accuse en particulier l'Usine textile du Congo (UTEXCO), qui fonctionne encore à Kinshasa. "C'est depuis la période coloniale que cette usine déverse des produits chimiques dans le fleuve sans que personne ne trouve à redire", affirme-t-il. "Le pouvoir colonial l'a laissé s'installer tout en connaissant les conséquences sur le plan environnemental. Les différents gouvernements congolais ont non seulement péché par une complaisance coupable en ne la pénalisant pas, mais en plus, ils la défendent sous le prétexte de garantir la production locale de tissus. Résultat : les poissons pêchés en aval sentent le pétrole et bien d'autres produits", ajoute Amba. A la fin de leur atelier, les journalistes se sont engagés à traiter désormais les questions environnementales avec plus d'attention. "Les premiers à cibler sont les Congolais en général, trop négligents sur les questions qui concernent l'hygiène publique", déclare Rombaut Mulumba, journaliste. "En second lieu, les pouvoirs publics, incapables d'édicter des lois réglementant la gestion des déchets dangereux, ou tout simplement de sévir contre les industries polluantes". Coïncidence ou conséquence directe de l'atelier, le ministère de l'Environnement a créé, la semaine dernière, des brigades communales d'assainissement chargées du contrôle de l'hygiène et de la salubrité publique. Ces brigades n'ont pas encore commencé à travailler, mais les services communaux de Kintambo ne croient pas beaucoup en leur efficacité tant que les fonctionnaire de l'Etat resteront impayés.

