ABIDJAN, 24 avr (IPS) – Les ministres rebelles ont participé, avec le président Laurent Gbagbo, à la première réunion du nouveau gouvernement de réconciliation de Côte d'Ivoire dans la capitale économique, Abidjan, la semaine dernière, faisant naître l'espoir d'un retour à la paix dans la nation troublée d'Afrique de l'ouest, après sept mois de guerre civile.
Le porte-parole du gouvernement et ministre des Infrastructures économiques, Patrick Achi, a indiqué que les ministres, qui se sont réunis le 17 avril, ont demandé à "tous les acteurs de cesser immédiatement les actes de belligérance et de s'engager de façon irrévocable et résolue sur le chemin de la paix".
Achi a également souligné que le président Gbagbo avait "exprimé son optimisme à propos d'un retour à la paix", se référant à la présence de tous les ministres à la réunion d'Abidjan, "un premier pas important pour le retour à la paix".
Les ministres rebelles, y compris le leader Guillaume Soro, étaient arrivés à Abidjan au début de la semaine dernière la première fois que les rebelles s'étaient officiellement rendus dans la ville depuis que les combats ont éclaté en septembre dernier.
Le gouvernement de réconciliation a été créé dans un accord de paix organisé par la France et signé par des représentants des rebelles et ceux du gouvernement en janvier, à Paris.
Il est composé de membres du parti du président Gbagbo, des forces rebelles, et des partis de l'opposition.
Le sens de coopération et l'optimisme du jeudi 17 avril au sujet de la paix imminente contraste vivement avec l'évidence accablante selon laquelle l'armée ivoirienne bombardait des positions rebelles avec des attaques à l'hélicoptère pendant la semaine précédente et peu après.
Dans des déclarations rendues publiques les 16 et 17 avril depuis la deuxième ville de Côte d'Ivoire, Bouaké, aux mains des rebelles, le porte-parole des rebelles, Antoine Beugré, a dit que les attaques de l'hélicoptère gouvernemental avaient fait plus de deux douzaines de morts et plus de 90 blessés, un grand nombre d'entre eux étant des civils.
Beugré a demandé à plusieurs groupes internationaux — comprenant une commission de l'ONU qui supervise le processus de paix de la Côte d'ivoire, une force militaire de maintien de paix représentant la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO) et la force française qui aide actuellement la force de la CEDEAO dans la surveillance des cessez-le-feu fragiles dans le pays — de dénoncer officiellement les actions du gouvernement.
Le porte-parole de l'armée ivoirienne, le Lt-col N'Goran Aka, a, à maintes reprises, réfuté les allégations des rebelles, selon lesquelles des hélicoptères ont été utilisés pour attaquer des villes dans l'ouest du pays, affirmant que l'hélicoptère était resté cloué au sol.
L'utilisation des hélicoptères a été interdite dans un cessez-le-feu signé en janvier par des représentants du gouvernement et des rebelles.
Malgré les déclarations d'Aka soutenant le contraire, la commission de suivi de l'ONU a adressé un rapport au Conseil de Sécurité au début de la semaine, pour confirmer et dénoncer les attaques de l'hélicoptère, tout en condamnant les deux parties pour des "violations répétées" des accords de cessez-le-feu.
Médecins sans frontières (MSF), une organisation humanitaire basée en France, a publié un communiqué sur son site Internet cette semaine, pour dire qu'ils avaient traité près de 50 civils blessés dans un hôpital dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. MSF a indiqué que plusieurs des blessés étaient des femmes, des enfants et des personnes âgées et qu'ils avaient soutenu avoir été victimes d'attaques d'hélicoptère.
La zone ouest, près de la frontière de la Côte d'Ivoire avec le Liberia, a été la plus instable dans le pays, ces derniers mois. Des responsables des rebelles et de l'armée se sont, à maintes reprises, accusés mutuellement d'être à l'origine des combats dans la région, qui a été envahie par plusieurs combattants venant du Liberia.
Les Libériens seraient en train de combattre aussi bien pour les forces gouvernementales que pour les forces rebelles et ont été accusés par plusieurs personnes de pillage et de violence dans la zone. L'édition du quotidien ivoirien, Fraternité Matin du vendredi 18 avril, a rapporté que des représentants militaires de la France, du gouvernement, et des rebelles se sont rencontrés pour la première fois la veille, pour discuter des combats dans l'ouest, acceptant "d'unir leurs forces pour combattre les Libériens et les Sierra Léonais qui se livrent à des massacres dans l'ouest du pays".
Une ancienne colonie française, la Côte d'Ivoire était autrefois le pays le plus stable et le plus prospère de l'Afrique de l'ouest, une région devenue volatile. Un coup d'Etat de 1999 a mis fin à près de 40 années de paix, et le pays est en proie à l'instabilité depuis lors.
Le conflit actuel a commencé le 19 septembre 2002, avec une tentative de renversement du président Gbagbo. Bien que le coup d'Etat ait échoué, les rebelles ont rapidement occupé la moitié nord du pays, et se sont emparés plus tard de la majeure partie de l'ouest.
Le gouvernement ivoirien indique que les combats ont tué plusieurs milliers de personnes, et ont poussé hors de leurs domiciles des centaines de milliers de déplacés.

