LAGOS, 24 avr (IPS) – La Commission électorale nationale indépendante du Nigeria (INEC) a déclaré le président sortant, Olusegun Obasanjo, vainqueur de l'élection présidentielle de samedi.
"Le président Olusegun Obasanjo du PDP (People's Democratic Party) s'étant conformé aux exigences de la loi, ayant obtenu le plus grand nombre de voix est, par la présente déclaration, proclamé vainqueur et est élu président de la République fédérale du Nigeria", a indiqué Abel Guobadia, président de l'INEC, mardi soir.
Dans son discours d'acceptation, le président Obasanjo a "remercié Dieu pour son amour inestimable pour notre nation, pour l'élection réussie dans les deux dernières semaines".
Au dire de tout le monde, le samedi dernier a vu les populations du Nigeria sortir en grand nombre pour faire leur choix de façon libre, transparente et équitable. Je suis honoré que les populations aient porté leur choix sur moi pour les quatre prochaines années", a déclaré Obasanjo.
"Je me réjouis de la grandeur du mandat dans lequel le mécanisme de vote a transcendé les lignes ethniques, régionales et religieuses, en défiant des éléments connus de duplicité dans notre société. Les électeurs ont manifestement approuvé mon espoir et mon aspiration à un Nigeria uni, paisible, fort et prospère", a-t-il ajouté.
"Les électeurs ont voté pour la continuité, la stabilité et le progrès et j'accepte humblement le défi, pour consolider les acquis des quatre dernières années, tout en planifiant le chemin vers un destin plus grand pour notre nation. Les populations du Nigeria ont exprimé avec force et clairement avec leurs votes, ils ont voté pour un Nigeria uni, harmonieux et aucun leader ne leur refusera le désir de leurs cœurs", a indiqué Obasanjo.
Obasanjo a obtenu 24.456.146 voix dans les 36 Etats du Nigeria, en même temps que dans la capitale fédérale, Abuja.
Son plus proche rival, Muhammdau Buhari du 'All Nigeria People's Party' (ANPP) a obtenu 12.710.029 voix. Odumegwu Ojukwu du 'All Progressive Grant Alliance' (APGA) a recueilli 1.297.445 voix, prenant la troisième place. Les deux femmes candidates à la présidence, Mojisola Obasanjo et Sarah Jubril ont obtenu 3.070 et 137.560 voix respectivement, tandis que l'activiste des droits de l'Homme, Gani Fawehinmi, a eu 151.333 voix.
Guobadia a souligné que l'INEC croit que les résultats de l'élection présidentielle reflètent la volonté réelle des électeurs. "Les politiciens, qui sont mécontents, sont libres de contester les résultats devant les tribunaux chargés du règlement du contentieux électoral.
J'exhorte les politiciens à faire preuve des plus grandes qualités d'hommes d'Etat", a-t-il souligné.
Alors que les journalistes attendaient la conférence de presse de Guobadia au centre de presse à Abuja, la capitale du Nigeria, un groupe de politiciens, qui ont échoué dans leur tentative d'occuper le fauteuil présidentiel, ont occupé les lieux pour annoncer leur rejet de l'élection présidentielle.
Don Etiebet, président de l'ANPP et porte-parole du groupe, a dit aux journalistes que "les résultats recueillis par l'INEC étaient évidemment très farfelus. Ils ne reflètent pas les aspirations des populations".
Il a cité la zone sud-est, où il a estimé que trois millions de voix ont été attribuées au PDP, alors que moins de 200.000 ont été données à tous les autres partis.
"Ce qui s'est passé là a été caractérisé par le détournement du matériel électoral et l'acheminement d'un tel matériel vers des maisons privées (et) des bâtiments gouvernementaux où ils se sont assis et ont rempli les bulletins puis les ont retournés à l'INEC pour publication. Et l'INEC, travaillant en collaboration avec eux, a proclamé les résultats", a-t-il allégué.
Le ministre nigérian de l'Information et de l'Orientation nationale, Jerry Gana, a demandé aux candidats mécontents de chercher un conseil juridique.
"Ils ne devraient pas discréditer une élection crédible, libre et équitable. Nous les encourageons à épuiser tous les canaux autorisés par la loi au lieu de rejeter une élection crédible".
"Bien sûr, même aux Etats-Unis, les élections ne sont pas parfaites, c'est pourquoi il y a des dispositions pour que les gens fassent appel par l'intermédiaire des tribunaux afin que les questions puissent être réglées légalement, efficacement, équitablement. C'est la bonne voie à emprunter.
Et, c'est la voie démocratique à prendre", a indiqué Gana.
Certains Nigérians sont préoccupés par les conséquences des contestations des résultats devant les tribunaux par les candidats mécontents.
'Je suis un peu préoccupé par la manière dont cette réaction va être traitée dans les médias étrangers parce que c'est ce pour quoi la plupart d'entre eux sont venus au Nigeria — ne s'attendant pas à un transfert pacifique d'un régime démocratique à un autre. Les politiciens (nigérians) auraient dû aborder mieux la question", a affirmé Ben Murray-Bruce, directeur général de la Télévision nationale du Nigeria (NTA).
Selon Segun Aribike, un journaliste ancien à Lagos, les politiciens mécontents "ont réagi avant même la proclamation des résultats officiels par l'INEC. Ils auraient dû attendre que l'INEC proclame les résultats avant de réagir".
"Je ne suis pas un avocat, mais je pense que ces politiciens devraient être arrêtés et poursuivis pour avoir violé la loi électorale du Nigeria", a-t-il déclaré.
Bola Oladele, un responsable de jeunes à Lagos, a indiqué à IPS mercredi : "Ces politiciens devraient savoir que les Nigérians ne sont plus intéressés par la violence politique. Ils ne devraient pas utiliser les sentiments. Ils ne peuvent pas éveiller des éléments anti-démocratiques pour se soulever contre un gouvernement démocratiquement élu. Nous avons assez du chaos dans ce pays".
Des analystes croient que la plupart des 30 partis politiques, qui ont contesté les résultats de samedi, n'ont pas eu de bons résultats parce qu'ils ont été enregistrés au dernier moment, après une ordonnance du tribunal.
"Tout le monde s'est précipité pour faire enregistrer un parti à cause du nom", a indiqué Henry Nzekwu, un ancien candidat à la présidentielle.
"Mais avec certains partis ayant obtenu moins de 3.000 voix dans tout le pays, de tels partis vont finir par disparaître".
"En fin de compte, le Nigeria pourrait avoir juste quatre ou cinq partis" a-t-il affirmé.

