POLITIQUE-SIERRA LEONE: Des soldats, des ex-combattants accusés de trahison

FREETOWN, 5 mars (IPS) – Dix-sept personnes sont jugées devant un tribunal d'instance de Freetown cette semaine pour des accusations de trahison, à la suite d'une enquête ouverte par la police, pendant un mois, sur un complot présumé visant à renverser le gouvernement de Sierra Leone.

"Nous avons passé plusieurs semaines dans les enquêtes et avons accusé des suspects après avoir découvert des activités substantielles", a indiqué à IPS un commissaire de police s'occupant des enquêtes criminelles, lundi.

Au nombre des accusés, se trouvent cinq militaires en service, le plus haut gradé étant un capitaine du nom de Hindolo Trye et quatre ex-combattants du mouvement rebelle Front révolutionnaire uni (RUF).

L'Etat allègue que les suspects "conspiraient et se préparaient à renverser le gouvernement de Sierra Leone par des voies illégales".

Tout cela fait suite à une attaque contre une garnison militaire, perpétrée par des hommes armés non identifiés, dans la capitale, en janvier. Plusieurs personnes ont été arrêtées par la suite et parmi elles, se trouvaient des soldats et des ex-combattants de la guerre civile sierra léonaise (1991-2001).

Par ailleurs, le 18 janvier, la police a fait une descente sur la résidence de l'ancien chef de la junte, Johnny Paul Koroma, à l'ouest de Freetown, suite à un renseignement selon lequel des activités subversives s'y déroulaient.

Koroma a échappé depuis lors à une arrestation de la police et se cache. La police a lancé un avis de recherche contre sept autres personnes et une récompense de 5.000 dollars US est offerte à quiconque aiderait à capturer Koroma lui-même.

"Ils seront également inculpés de charges similaires s'ils sont arrêtés", prévient Karo Kamara, le directeur adjoint du département de la police criminelle.

Depuis que la police a commencé par enquêter sur les troubles à la mi-janvier, elle a toujours refusé de lier l'incident de la garnison militaire à une tentative de coup d'Etat. Ensuite, l'anxiété était notable au sein d'une population lasse de la guerre, dont beaucoup craignent le pire.

La disparition de Koroma et ses déclarations selon lesquelles il avait le soutien de l'armée et d'autres forces de sécurité n'ont fait que renforcer les craintes de la population. Il a indiqué que le gouvernement au pouvoir complotait pour l'éliminer de la scène politique.

La police était également critiquée pour l'incarcération prolongée des douzaines de suspects et maintenant, il y a un sentiment général de soulagement qu'ils aient été inculpés au tribunal.

La sécurité a été renforcée dans plusieurs parties du pays et un groupe de quelque 300 forces spéciales britanniques Gurkhas sont arrivées en Sierra Leone pour aider l'armée nationale dans le maintien de la paix.

Toutefois, certaines personnes sont toujours inquiètes. "Je crois que la situation sécuritaire est toujours fragile", affirme Bockarie Kabba, un employé des postes dans la capitale, Freetown. "Le gouvernement devrait renforcer la sécurité partout dans le pays pour prévenir un recours à la violence et à l'anarchie".

Mamusu Conteh, un enseignant, n'est pas non plus optimiste : "Les rumeurs de coups d'Etat et de procès de trahison à l'heure actuelle ne font qu'effrayer les investisseurs qui pourraient penser qu'un climat d'insécurité règne dans le pays".

La Sierra Léone a mis fin à une guerre civile brutale en janvier 2001 et des élections ont été organisées un an après. Une cour pénale spéciale soutenue par l'ONU est en cours "pour juger des individus qu'on croit porter la plus grande responsabilité pour des crimes de guerre".

Certains analystes croient que Koroma et ses principaux partisans peuvent redouter la cour, craignant d'être inculpés.

Leur junte, le Conseil révolutionnaire des forces armées (AFRC), qui a dirigé le pays pendant neuf mois, entre mai 1997 et mars 1998, est connu pour avoir commis des atrocités horribles contre des civils. En attendant, la police a libéré plusieurs suspects qui n'étaient pas en défaut au cours des enquêtes. Mais elle est toujours à la recherche de Koroma et des autres fugitifs, et a engagé des détectives dans quasiment toutes les quatre régions de ce pays ouest-africain.