ZAMBIE-DROITS: Critiquer le gouvernement n'est pas une attitude patriotique.

LUSAK, 29 mai (IPS) – Le gouvernement zambien a mené une
offensive contre
les organisations non-gouvernementales qui ont critiqué sa
performance en
matière des droits de l'homme, en les traitant
"d'antipatriotique".

Le gouvernement a accusé les ONGs d'avoir influencé les bailleurs
de fonds
occidentaux, au début de cette année, afin qu'ils ne viennent pas
en aide à
ce pays de l'Afrique australe. La conséquence en est qu'au cours
d'une
conférence du Groupe Consultatif tenue ce mois à Paris, en France,
il a été
promis à la Zambie une enveloppe d'environ 100 millions de
dollars, beaucoup
moins que la somme de 630 millions qu'elle avait demandé.
Le ministre des Finances, Edith Nawakwi, a indiqué qu'elle était
déçue du
fait que certaines ONGs du pays se sont associées aux ONGs
étrangères pour
s'opposer à l'aide à la Zambie. "Comment est-ce qu'on peut se
battre pour
empêcher son propre pays de recevoir de l'aide ?", s'est-elle
demandée.
"Qu'adviendra-t-il aux pauvres des zones reculées si la campagne
réussissaità Les gens mourront de faim et l'on s'interroge si les
ONGs
viendront à leur secours ?".
Les politiciens suggèrent maintenant que certaines ONGs vocales
doivent être
radiées avant qu'elles ne causent des préjudices au pays.
Mais les ONGs accusent le gouvernement d'avoir délibérément mal
interprété
leur campagne. Ils disent que ce n'est pas que la Zambie va cesser
de
recevoir de l'aide, mais ils veulent que les donateurs leur
viennent en
aide sous conditions que le pays pratique la bonne gouvernance, le
respect
des droits de l'homme et le renforcement des mécanismes de
surveillance
comme la Commission de lutte contre la corruption et la Commission
des
droits de l'homme.
"Notre intérêt", indique Ngande Mwanajiti du réseau Inter-
Africain pour
les droits de l'homme et le développement (AFRONET) basé à Lusaka,
"n'est
pas de voir le peuple zambien souffrir parce que le pays n'a pas
reçu de l'aide.
"Notre souhait est que les donateurs viennent en aide à la
Zambie, mais
qu'ils l'entourent de conditions qui pourraient amener le
gouvernement à
améliorer sa performance en matière des droits de l'homme et celle
de la
bonne gouvernance".
D'après Alfred Zulu de la Zambia Independent Monitoring Team
(ZIMT), une
équipe indépendante de surveillance, des efforts doivent être
faits dans ces
domaines. "Ce n'est pas un secret que les prisonniers zambiens
vivent
probablement dans les conditions les plus mauvaises qui soient en
Afrique,
et lorsque nous lançons un appel aux donateurs de conditionner
leur aide à
ces choses, je ne vois pas pourquoi nous devons accuser les gens
de
"traite"ou "d'antipatriotique", dit-il.
Les relations entre le gouvernement du Président Frederick Chiluba
et les
ONGs de la Zambie ont été peu cordiales au cours de ces dernières
années,
notamment après les élections présidentielles de 1996, au cours
desquelles
le mouvement pour la démocratie multipartite (MMD) au pouvoir
avait écarté
ses principaux opposants à travers des amendements
constitutionnels
controversés.
Une clause limitant l'éligibilité à la présidence aux personnes
nées de
parents zambiens a écarté le leader du parti de l'unité nationale
pour
l'indépendance (UNIP), l'ancien chef de l'Etat Kenneth Kaunda, qui
aurait
des origines en Malawi. Et, une disposition empêchant les chefs
traditionnels d'être candidat, visait clairement le numéro deux
du UNIP,
Inyambo Yeta, chef de la minorité ethnique des Lozi.
Après l'investiture de Chilula, 19 ONGs qui se sont regroupées en
un comité
pour une campagne transparente (CCC) avaient déclaré que les
élections
n'étaient pas libres et transparentes.
Le CCC avait basé son évaluation, en partie, sur le fait que la
Constitution était discriminatoire depuis qu'elle a empêché
certaines
candidatures à la présidence. Une autre raison avancée par le CCC
était le
fait que les partis de l'opposition n'avaient pas eu les mêmes
chances
d'accès aux médias.
Le gouvernement avait répondu en affirmant que les ONGs,
notamment celles
appartenant au CCC, étaient "achetées" par les donateurs
occidentaux qui
les ont incités à déclarer que les élections avaient connu
quelques
lacunes, bien que le MMD soutienne qu'elles étaient plus
transparentes que
celles organisées dans d'autres pays de l'Afrique australe.
Les locaux des ONGs étaient perquisitionnés par les forces de
l'ordre,
pendant que certains de leurs responsables ont été arrêtés.
Cependant,
malgré l'intimidation, elles ont continué à jouer le rôle de chien
de garde.
" Notre mission est de surveiller le gouvernement, de voir s'il
délivre les
services aux citoyens, et non de revenir sur certaines promesses
faitesà
Si nous cessons nos activités parce que nous aurions été
intimidés, nous
aurons manqué à notre devoir".
Il reste à savoir si le gouvernement pourrait négocier avec les
OGNs afin
de se mettre d'accord sur les modalités de travailler ensemble ou,
au moins,
arriver à une sorte de modus vivendi.
Une telle réunion avait eu lieu en 1997, mais le gouvernement
avait proposé
que les ONGs soient contrôlées et cela avait été aussitôt rejeté
par les
organisations non – gouvernementales.
Les ONGs avaient alors fait une contre-proposition : celle de
s'auto-contrôler de la même manière que les médias indépendants
qui ont été
touchés par la même prescription, en créant un organe d'auto –
régulation.