SANTE-GABON: Un nouveau programme de lutte contre le SIDA

LIBREVILLE, 16 déc. (IPS) – Le Gabon a lancé, fin-octobre avec l'aide de la France, un nouveau programme de lutte contre le SIDA après avoir essayé, sans succès, plusieurs méthodes pour contenir la propagation de l'épidémie dont une vingtaine de malades avaient été officiellement dénombrés en 1988.

Selon les statistiques officielles, le Gabon compte actuellement plus de 38.000 séropositifs et près de 7.000 cas de malades de SIDA, sur une population estimée à 1,3 million d'habitants.

Après une campagne d'affichage soutenue, à travers les villes du pays, par des panneaux géants diffusant des images choquantes des malades de SIDA en phase terminale, rien ne semble avoir changé dans le comportement d'une bonne frange de la population hostile au port du préservatif.

Au Gabon, le PNLS situe, depuis 2001, le taux de séroprévalence à 7,7 pour cent à Libreville, la capitale, où vit plus de la moitié de la population gabonaise, soit plus de 600.000 habitants. Ce taux atteint 9 pour cent à Port-Gentil, la capitale économique du pays. "Pour intensifier la lutte contre le SIDA, le Gabon semble s'être donné les moyens financiers de lutte nécessaires pour contenir la propagation de l'épidémie à travers la construction de sept structures de dépistage avec l'appui des organisations non gouvernementales (ONG) qui ont été appelées pour des missions d'information, d'éducation et de communication", a déclaré le directeur du Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), Dr Gabriel Malonga. Une convention d'un montant de 302 millions de francs CFA (environ 464.615 dollars US), a été signée le 18 octobre à Libreville par la France et le Gabon pour la création du Fonds de solidarité prioritaire (FSP), un programme sanitaire triennal entre les deux pays.

Le PNLS a recensé trois axes visant à intensifier la lutte contre le SIDA : la promotion et la mise en place des centres de dépistage, la surveillance épidémiologique, l'administration du projet et la prévention de la transmission du VIH/SIDA de la mère au fœtus. L'innovation réside aussi dans la détermination des personnes infectées et l'accès égal des patients aux médicaments efficaces qui seront fournis par l'Etat.

"Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le taux de contamination avoisine les 8 pour cent sur l'ensemble du territoire national. A Port-Gentil, la capitale économique, le taux de contamination du VIH/SIDA a atteint 9 pour cent", souligne Dr Malonga.

"Dans la région du Woleu-Ntem, au nord du pays, entre le 1er janvier 1996 et le 30 septembre 2002, 907 tests ont été effectués et on y a dénombré 206 cas positifs de VIH", précise le PNLS. Cela représente 22,7 pour cent de contaminés, soit 80 hommes et 117 femmes et neuf autres dont le sexe n'est pas déterminé. Certains résultats restent totalement anonymes et n'indiquent ni le nom des personnes ni leur sexe.

Pour Mérila Mbourou, élève dans un établissement secondaire de Libreville, "la question du SIDA nous concerne tous et je suis surprise qu'il y ait des filles de 17 à 19 ans contaminées par le VIH/SIDA".

Le 11 décembre à Mayumba, dans le sud du Gabon, à l'occasion du lancement, par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), du rapport sur la situation des enfants dans le monde, le ministre de la Famille, de la Protection de l'Enfance et de la Promotion de la Femme, Angélique Ngoma, a souhaité que "les jeunes soient plus mobilisés et plus conscients sur leurs comportements sexuels face à la pandémie du SIDA".

S'adressant avec un franc parler à plus de 200 jeunes écoliers réunis autour de leurs maîtres et des autorités locales, elle a déclaré : "Le SIDA est bien là, confortablement installé et cela concerne aussi les jeunes qui 'tirent à blanc', sans utiliser le préservatif".

"Il est inutile d'accuser tel oncle ou tel parent lorsqu'on sait que dans les familles beaucoup meurent de SIDA, conséquence de comportements irresponsables", a-t-elle déploré. Le représentant de zone de l'UNICEF, Kristian Laubjerg, a souligné, à Mayumba, qu'il fallait "que nous enseignions les enfants à reconnaître leurs droits, et ceci est possible si l'accès à l'information sur le SIDA et les Maladies sexuellement transmissibles (MST), est facilitée pour les jeunes et les adolescents".

A la tête d'une importante délégation, Edith Lucie Bongo, présidente de l'Organisation des premières dames d'Afrique (OPDAS), fait campagne à travers le pays pour sensibiliser les jeunes sur le SIDA. Elle a déclaré, le 24 novembre à Port-Gentil : "Il n'existe pas de portrait robot du sidéen.

Nous devons mener ensemble, sans interruption, la lutte jusqu'à la victoire".

Portée à la tête de l'OPDAS à Genève, en Suisse, l'épouse du président gabonais avait participé, du 17 au 19 juillet, au lancement de cette organisation continentale composée de 16 premières dames d'Afrique et de plusieurs responsables de la santé des Etats africains et d'organisations internationales. L'OPDAS a pour rôle de "contribuer au renforcement des initiatives et des programmes de lutte contre le SIDA, destinés aux femmes, aux jeunes, notamment aux jeunes filles et aux enfants. L'accès aux anti-rétroviraux et aux médicaments essentiels ainsi que la lutte contre la discrimination envers les personnes infectées par le VIH font également partie des missions confiées aux premières dames d'Afrique", selon les statuts de l'OPDAS.

Sur le terrain, à travers les quartiers de villes, ce sont également les associations d'aides aux séropositifs qui s'activent et portent espoirs aux malades abandonnés par leurs familles. "Ils nous écoutent, nous allons chercher leurs médicaments et nous les leur administrons régulièrement.. Avec le soutien financier de particuliers, certaines améliorations ont été constatées, mais les médicaments coûtent cher et nous ne disposons pas d'argent pour nous procurer les plus efficaces", raconte Sylvianne Mouity de l'Association des jeunes du quartier Plaine Orety.

"Le VIH fait des ravages au Gabon, principalement dans la tranche d'âge de 15 à 49 ans. Le phénomène devient très préoccupant quand on sait les conséquences du SIDA dans la déstabilisation des ménages", déplore Philomène Nkomo, qui dirige l'association "SOS SIDA", à l'écoute des malades du SIDA qui ont du mal à se confier à leur entourage.