RELIGION-COTE D'IVOIRE: L'accès difficile des femmes aux postes dedirigeants

ABIDJAN, 21 nov. (IPS) – Des trois religions monothéistes répandues dans le monde, seuls l'islam et le christianisme sont pratiqués par un grand nombre de personnes en Côte d'Ivoire. Si le judaïsme y est très peu connu, une frange importante de la population reste encore accrochée à l'animisme.

Selon les statistiques officielles, la Côte d'Ivoire compte 40 pour cent de musulmans et 14 pour cent de chrétiens, les 46 pour cent restants étant partagés entre les animistes et les non-croyants. Mais toutes ces religions, y compris l'animisme, sont dirigées par des hommes. Au sein du christianisme, la bible, notamment le nouveau testament et les épîtres de Paul disent : "Que les femmes se taisent dans les assemblées car il ne leur est pas permis d'y parler, mais qu'elles soient soumises comme le dit aussi la loi". Ou encore : "Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme, mais elle doit demeurer dans le silence". Certaines églises ivoiriennes respectent scrupuleusement ces préceptes, comme chez les catholiques. Dans ces églises, on enregistre pourtant des associations de femmes, gérées et conduites par elles-mêmes. Mais pour ce qui est du corps pastoral ou des prêches, les femmes n'y ont pas accès jusqu'ici. Il est vrai que les religieuses donnent la communion et sont admises à l'enseignement de la catéchèse. Cependant, elles ne peuvent pas dire la messe.

D'autres chrétiens vont plus loin, estimant qu'il n'est pas question de confier une responsabilité, aussi infime soit-elle, à la femme. Selon eux, "c'est par la femme, cet être faible, que le péché est entré dans le monde" (Genèse 3 v 1-17). Toutefois, si la chaire est défendue aux femmes dans certaines confessions, d'importantes responsabilités leur sont confiées. C'est le cas de Blandine Niamien, présidente du Conseil paroissial de l'église catholique de Cocody, un quartier résidentiel d'Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Selon Niamien, des difficultés existent toujours dans l'exercice de leur tâche. Au sein de la communauté catholique, la dimension sociale, qui occupe une place capitale, est l'affaire des femmes, notamment des religieuses. En Côte d'Ivoire, le "Centre de charité", géré par les s?urs religieuses, accueille des malades du SIDA. Outre les soins reçus, les malades apprennent à lire la bible.

Pour les Assemblées de Dieu, les versets sont scrupuleusement observés : "La femme n'a pas droit à la parole en assemblée et aucune responsabilité, aussi minimale soit-elle, ne lui est confiée". Selon le frère Raymond M'Boua, "la femme serait considérée comme un être faible, et c'est par elle que le péché est entré dans le monde".

Contrairement aux deux églises précédentes, les protestants méthodistes permettent à la femme de célébrer le culte au même titre que l'homme. Dans Genèse 1 v 27, il est écrit : "Dieu créa l'homme et la femme à son image".

Le secrétaire général de l'Eglise méthodiste de Côte d'Ivoire, le révérend Isaac Bogro, se référant à ce verset, affirme que "la femme dispose des mêmes droits que l'homme. C'est sur cette même base que sera fait le jugement dernier", ajoute-t-il.

Sur le plan biblique, souligne le pasteur, rien n'interdit à la femme d'être leader. Il cite l'exemple de Debora dans l'ancien testament. "Elle a été prophétesse et juge en Israël (chapitres 4 et 5)". Autre fait évoqué par le pasteur Bogro : lors du ministère de Jésus, les femmes l'ont assisté et ont même embaumé son corps après sa mort. C'est aussi elles qui ont vu Jésus pour la première fois au moment de sa résurrection. Forte de ces faits, l'Eglise méthodiste ivoirienne a ouvert, depuis 1984, la voie pastorale à la femme. Il y existe actuellement quatre femmes pasteurs : Hermance Aka, Suzanne Sedji, Pierrette Beugré, et Brigitte Djoman. Le pasteur Sedji est responsable d'un groupe comptant 24 églises.

Elle a sous sa responsabilité un homme pasteur et deux évangélistes. L'islam, selon l'imam Sekou Sylla qui dirige une petite mosquée de la Riviéra, un quartier résidentiel d'Abidjan, "a instauré l'égalité entre l'homme et la femme". Cependant pour le profane, la femme est reléguée au second plan, comme en témoigne la place que les femmes occupent, derrière les hommes, pendant les prières à la mosquée ou en assemblée. En outre, elle ne peut diriger la prière là où se trouvent des hommes. Quelques leaders religieux musulmans ont répondu à la question relative au genre dans l'islam : "Dans l'Arabie pré-islamique, les chefs de famille enterraient vivantes leurs progénitures si elles étaient de sexe féminin", affirme Boukary Fofana, imam de la grande mosquée d'Aghien, un quartier huppé d'Abidjan. Fofana, qui est également président du Conseil supérieur des imams (COSIM), explique que "c'est l'instauration de l'islam en Arabie qui a mis fin à cette pratique barbare". Selon lui, l'islam reconnaît d'emblée les droits de la femme parce qu'elle est la mère. "En islam, éduquer une femme, c'est éduquer toute une nation". Pour Cissé Djiguiba, imam de la mosquée du Plateau, un quartier des affaires de la capitale économique, "il faut se garder de croire que l'on ne peut pas rapprocher le dogme du vécu quotidien. L'islam est avant tout un mode de vie, une autre dimension de la société en quelque sorte". "C'est pour cette raison", affirme-t-il, "qu'il n'y a aucune incompatibilité à ce que la femme accède au plus haut rang dans la hiérarchie de la société".. "Cependant, l'islam est une religion qui fait la part des choses en ce qui concerne le genre", reconnaît Djiguiba. L'islam se présentant comme un système d'organisation politique, sa haute hiérarchie est dévolue aux hommes, dit-il. "En soi, il y a une différence entre l'homme et la femme.

Et c'est dans le but d'assurer la préservation des droits dévolus à la femme que l'islam établit un certain nombre de règles qui octroient à la femme musulmane sa dignité humaine", ajoute le dignitaire religieux.