JOHANNESBURG, 3 oct (IPS) – Des dirigeants haut placés du parti au pouvoir, le Congrès national africain, ont demandé au président Thabo Mbeki d'appeler son homologue nigérian, le président Olusegun Obasanjo, pour qu'il accorde le pardon à Amina Lawal, la femme qui vit sous la menace d'être lapidée à mort pour accusation d'adultère. Dans une résolution spéciale, le président du parlement sud-africain, Frene Ginwala, a dit que leur appel ne "concernait pas seulement l'égalité de genre, mais avait (également) rapport aux droits humains fondamentaux. Personne ne peut invoquer la culture pour pratiquer le racisme ou violer les femmes", a-t-il déclaré. Lawal attend le résultat de son appel d'une condamnation de la charia (loi islamique).
Obasanjo a dit que pour le moment, ses mains sont liées. "Après l'appel, le président peut exercer sa prérogative présidentielle pour pardonner à Lawal", a indiqué Ginwhala à Mbeki à la conférence politique du parti qui a pris fin lundi.
En sa qualité de chef de l'Etat sud-africain et de président en exercice de l'Union africaine, l'ANC a demandé à Mbeki de faire des démarches non seulement auprès d'Obasanjo, mais également auprès d'autres dirigeants sur le continent. Le président a écouté attentivement le message, mais n'a pas soutenu l'appel ou indiqué qu'il allait accéder à la requête.
Au lieu de cela, il a utilisé un point technique pour éviter de faire une déclaration. Il était sur le podium non en qualité de président de l'Afrique du Sud, mais en qualité de président de l'ANC, a-t-il indiqué. Toutefois, Mbeki a saisi cette occasion pour parler à l'ANC de sa réunion dimanche avec les chefs d'Etat d'Afrique de l'ouest, convoquée pour discuter de la crise qui se déroule en Côte d'ivoire.
"Nous sommes extrêmement préoccupés par le fait que la situation peut s'étendre à d'autres pays en Afrique de l'ouest", a déclaré Mbeki. La Côte d'ivoire est en proie à une mutinerie armée sanglante perpétrée par des troupes loyales à l'ancien président Robert Guei.
Il a indiqué que la réunion avait décidé de mettre sur pied une force militaire sous l'égide de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO).
"Cette force va protéger le gouvernement et étouffer une insurrection. Les dirigeants ont également décidé d'une équipe de médiation sous l'égide de la communauté et de l'Union africaine pour entamer un dialogue avec les rebelles". Si la médiation échoue, Mbeki a évoqué des "mesures nécessaires" pour assurer la sécurité.
Les chefs d'Etat d'Afrique de l'ouest avaient également approuvé un effort pour accélérer "la réconciliation nationale", a indiqué Mbeki à la conférence de l'ANC, une réunion clé en prélude à son congrès national en décembre où le comité directeur pour les cinq prochaines années sera élu.
Dans d'autres décisions importantes de politiques étrangères, l'ANC a déclaré qu'il mettrait l'accent sur la capacité de la Force nationale de défense sud-africaine pour "répondre aux responsabilités internationales de maintien de paix".
Sur le plan national, le parti a décidé d'accroître considérablement le nombre des enfants auxquels il accorderait des subventions d'aide à l'enfance. Actuellement, les enfants âgés de moins de sept ans reçoivent une aide de 130 Rands par mois; si les recommandations du parti sont acceptées par le gouvernement, l'âge sera doublé et passera à 14 ans.
Un dollar US équivaut à 10,61 Rand.
Mais l'ANC a rejeté l'appel croissant de la société civile pour une subvention au revenu de base de 100 R pour tous les adultes comme un moyen de contrer l'extrême pauvreté et le chômage. Ceci, estime-t-il, encouragerait la "dépendance". Au lieu de cela, l'ANC pourrait soutenir un programme de travaux publics pour construire des infrastructures, au nombre desquels des routes, des écoles et des systèmes d'égouts.
"Ce à quoi nous assisterons, c'est la création de l'emploi et le déplacement de l'emploi au devant des centres d'intérêts de la politique économique de l'ANC", a déclaré un délégué.
Mbeki était optimiste par rapport à l'avenir de l'ANC. "Je n'ai aucun doute que dans dix huit mois (à partir de maintenant), durant les élections générales de 2004, une fois encore, la majorité de nos populations se prononcera en faveur de leur organisation qui a fait ses preuves, le Congrès national africain".
Pour soutenir son point de vue selon lequel le parti est sur la bonne voie, Mbeki a cité une recherche de la Fondation sud-africaine de recherche publicitaire (SAARF), qui dit : "La conclusion qu'elle (la recherche) a tirée est que depuis que le gouvernement de l'ANC est venu au pouvoir en 1994, la qualité de la vie s'améliore pour un grand nombre de Sud-Africains".

