DAKAR, 2 oct (IPS) – Le ministre sénégalais des Transports, Youssoupha Sakho et son collègue des Forces armées, Youba Sambou ont présenté leur démission mardi soir au président Abdoulaye Wade a la suite du naufrage du ferry Diola dont le nombre de morts avoisine les 1.000.
La recherche des corps est terminée, les trois jours de deuil national sont achevés, mais le naufrage des passagers du ferry le Diola domine encore tout au Sénégal.
Avec seulement 64 survivants confirmés sur un total officiel de 1.034 personnes à bord contre 3OO passagers autorisés, le nombre provisoire des victimes est fixé à 970 personnes.
Mais plusieurs des corps, qui sont arrivés à Banjul, la capitale de la Gambie, et à Dakar, au Sénégal, sont décomposés et méconnaissables. Des amis et familles des personnes décédées se sont plaints d'un processus d'identification long et pénible.
L'expert maritime et plongeur, Haidar El Ali, qui a été fortement impliqué dans l'opération de sauvetage, a confirmé la fin de la plongée autour du naufrage et a déclaré que c'était inutile de ramener le bateau à terre. "Le Diola va sombrer en morceaux de toute façon", a indiqué El Ali. "Laissez le sombrer, laissez-le devenir une tombe pour ceux qui sont toujours à l'intérieur".
El Ali pleurait au moment où il décrivait la scène du naufrage et a rendu un vibrant hommage à tous les pêcheurs, marins, plongeurs, chauffeurs et autres qui ont travaillé sans ménager leurs efforts pour extraire les corps. "Ils ont été incroyables", a-t-il affirmé.
Lundi, le président sénégalais, Abdoulaye Wade, a rejeté les premiers rapports soumis par les ministres des Forces armées et des Transports, exigeant qu'ils lui donnent plus d'information. Wade s'est adressé à la nation mardi soir et a dénoncé le "laxisme, la légèreté et la cupidité" qui, selon lui, ont été principalement à l'origine de la catastrophe. Il a exhorté ses concitoyens à une "prise de conscience profonde".
Une commission d'enquête a été mise sur pied, supervisée par le ministre de l'Intérieur, le Général Mamadou Niang, sous la présidence du Médiateur de la République, le professeur Seydou Madani Sy.
Cette enquête va probablement se focaliser sur les circonstances entourant le dernier voyage du Diola, examinant les questions comme le sur-chargement du bateau et sa maintenance ainsi que les performances de sécurité.
Le ministre de la Santé, Awa Marie Coll Seck, a annoncé un programme de soutien élargi pour ceux qui ont été touchés par la tragédie, comprenant la formation d'une cellule de soutien psychologique et social, en impliquant l'expertise et l'expérience des psychiatres.
Quelles que soient les déclarations de Wade à la nation, la tragédie du Diola a exposé le président sénégalais et ses collègues ministres à des niveaux de critiques et d'injures sans précédent. Lundi, deux groupes distincts ont demandé au gouvernement d'accepter une responsabilité collective dans le désastre et de démissionner.
Le Collectif des cadres de la Casamance (CCC), représentant les populations de la province du sud du Sénégal, la Casamance, a bien accueilli la "réaction rapide et responsable" du président face au naufrage, mais a dit que les actions des autorités avaient été jusqu'ici "désinvoltes et nonchalantes", trahissant un désir de "banaliser cet événement tragique".
Au nombre des préoccupations du CCC, figurent les profonds désaccords dans les différents chiffres donnés pour ceux qui étaient à bord du bateau, le manque d'information sur le chargement et les imperfections dans la première mission de sauvetage.
Viviane Badiane du CCC a indiqué à IPS qu'elle ne pouvait pas accepter que le Diola ait fait naufrage à 23 heures locales et qu'il n'y ait eu aucune information publiée à Dakar jusqu'à 6 du matin le lendemain.
Badiane n'a également pas aimé du tout la déclaration du gouvernement au moment où la nouvelle est tombée pour la première fois et dans laquelle il disait que le désastre était dû entièrement à un orage et que la sécurité du bateau n'était pas en cause. "J'ai été choquée au début lorsque, même avant le début des enquêtes, on nous a dit qu'il n'y avait aucun problème avec le bateau", a-t-elle déclaré.
Plusieurs de ceux qui étaient à bord venaient de la région de la Casamance, au nombre desquels peut-être des centaines d'étudiants, retournant à Dakar pour commencer des études ou reprendre des cours.
Le Diola a été retiré de la circulation pendant plus d'un an, comme un moteur subissait d'importantes réparations. "Après une année sans bateau, les populations avaient un grand besoin d'un moyen pour se rendre à Ziguinchor et revenir", a indiqué Badiane. Elle a fait remarquer que le voyage par la route via la Gambie était trop long et dangereux et qu'il coûtait trop cher par avion pour la majorité partie des populations.
Dans un communiqué rendu public lundi, le Comité d'initiative des intellectuels et artistes sénégalais a dénoncé "l'incapacité de l'Etat à veiller au bien public et la paralysie du gouvernement".
"Pour dire les choses clairement et honnêtement, la demande minimum reste non la démission d'un ministre ou d'un autre, mais celle de tout le gouvernement du Premier ministre Mame Madior Boye", indiquait le communiqué.
Madior Boye, qui a été nommée en mars 2001 suite au limogeage de Moustapha Niasse, s'est exposée à de fortes critiques. Avec le président hors du pays, c'était Madior Boye qui a dirigé une délégation gouvernementale au port vendredi matin (27 septembre) et a publié les premiers détails du naufrage, dont le chiffre de 796 personnes à bord.
Ce chiffre a été rapidement contesté, comme les rumeurs les plus folles parcourant Dakar indiquaient qu'il y avait beaucoup plus de passagers. Cela a été rectifié et amené à 1.034 dimanche. Mais les détracteurs du gouvernement disent que le second chiffre est également erroné, et que 1.500 personnes, probablement plus encore, pourraient avoir été à bord.
Au cours des derniers jours, il y a eu des débats et des spéculations interminables sur non seulement le dernier voyage du Diola, mais sur l'histoire du bateau et son dispositif de sécurité. Le Diola a été construit en Allemagne et acheté par le gouvernement sénégalais en 1991 pour faire la route Dakar-Ziguinchor. Depuis 1995, le service a fonctionné, sous l'égide du ministère des Forces armées, avec le ministère des Transports en charge du volet commercial de l'opération. Le Diola a été retiré de la circulation en mai 2001. Des factures de réparation d'environ 250 millions de FCFA (environ 400.000 dollars US) ont été contractées puisqu'un moteur était en réparation. Le bateau a été remis en eau, au cours d'une cérémonie spéciale sur le quai le 10 septembre par le ministre des Forces armées, Youba Sambou, et le ministre des Transports, Youssoupha Sakho, qui sont tous deux montés à bord pour son premier voyage à Ziguinchor, mais sont retournés à Dakar par avion.

