POLITIQUE-MALI: Des scrutins caractérisés par une désaffection desélecteurs pour les urnes

BAMAKO, 2 oct (IPS) – Les élections législatives, organisées au Mali en juillet, ont été caractérisées, comme la présidentielle des 28 avril et 12 mai, par une désaffection des électeurs pour les urnes.

Les législatives maliennes ont enregistré un très faible taux de participation, de 25,98 pour cent sur les 4,146 millions d'électeurs inscrits, pour les deux tours. Le Mali compte environ 10 millions d'habitants.

Pour le district de Bamako, la capitale malienne, le taux n'a guère dépassé les 20 pour cent en dépit des multiples appels lancés aux électeurs la veille du scrutin par les candidats, le chef de l'Etat, Amadou Toumani Touré, et des organisations non gouvernementales (ONG).

C'est dans la localité de Koutiala, située à environ 300 kilomètres à l'est de Bamako, que le plus faible taux de participation a été enregistré, soit respectivement 9 et 11 pour cent au premier et second tours du scrutin.

Le ministre de l'Administration territoriale et des Collectivités locales, le général Kafougouna Koné, attribue ce faible taux de participation à deux facteurs : D'abord la fatigue des électeurs suite à la série de scrutins; ensuite la période hivernale. En effet le 14 juillet, date du premier tour, la pluie est tombée sur quatre des huit régions que compte ce vaste pays sahélien d'Afrique de l'ouest.

Mais cette explication du ministre, qui est le premier responsable de l'organisation des élections, n'a pas convaincu tout le monde. Le taux de participation était de 38,31 pour cent au premier tour de l'élection présidentielle, le 28 avril. Et il était toujours resté faible au second tour, le 12 mai, tombant même à 30,17 pour cent sur 5,746 millions d'électeurs. En 1997, le taux de participation à la présidentielle était de 27 pour cent, mais le scrutin avait été boycotté par plusieurs partis politiques. Les législatives avaient enregistré un taux de 38,78 pour cent.

Selon des analystes, le faible taux de participation au scrutin présidentiel de 2002 s'explique par le fait que les électeurs maliens, dans leur majorité, ont boudé les urnes pour plusieurs raisons. Pour certains, le déplacement n'en valait pas la peine, le résultat du second tour étant connu en raison de la popularité de Toumani Touré et des reports de voix demandés en sa faveur par plusieurs partis politiques.

D'autres au contraire, notamment les partisans de certains candidats malheureux du premier tour, avaient préféré s'abstenir.

Pour Aminata Dramane Traoré, coordinatrice de l'ONG "Forum pour l'autre Mali", la défiance du peuple à l'égard du processus électoral revêt une signification plus profonde que la classe politique et la communauté internationale ne peuvent continuer à ignorer : "Le manque de cohérence entre alternance politique et alternatives aux choix économiques qui affament, appauvrissent et tuent".

Selon Aminata Traoré qui est également ancienne ministre malienne de la Culture, cette situation est certes dramatique, mais salutaire : "Le peuple malien, qui ne veut plus servir d'alibi, a fait de la désobéissance civile" en boudant les urnes.

La responsable de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (CAFO), Oumou Touré Traoré, a accusé l'organisation du scrutin qui a instauré, pour la première fois, des mesures "draconiennes" et les politiciens qui "ont abusé de la confiance et de la naïveté des femmes en leur octroyant de fausses cartes d'électeurs".

A majorité analphabètes, les femmes détentrices de ces cartes ont été arrêtées pour fraudes au premier tour des législatives le 14 juillet. Parmi elles, neuf sont restées en prison pendant un mois pour être finalement acquittées. "Ce fâcheux précédent a démotivé les femmes pour le second tour" le 28 juillet, explique Oumou Traoré.

"Les hommes politiques ont trop déçu les populations qui, d'ailleurs, ne se reconnaissent plus dans leurs programmes de société", affirme Amadou Keita, professeur de sciences politiques à l'Université du Mali, pour expliquer le faible taux de participation aux dernières élections législatives.

Au niveau de la classe politique, les avis sont partagés. Certains, comme le président Toumani Touré, ont reconnu, à travers ce taux, un échec des hommes politiques. D'autres, comme le secrétaire politique du Parti pour la renaissance nationale (PARENA, opposition), Hamidou Diabaté, ont accusé l'administration d'être responsable du faible taux de participation.

Face à cette accusation, la réaction du ministre de l'Administration territoriale ne s'est pas fait attendre : "Je préfère un taux de participation assez bas à une fraude massive", a déclaré le général Koné au cours d'une conférence de presse à Bamako.

A l'issue des deux tours des législatives, la Cour constitutionnelle a validé les résultats de 139 sur les 147 sièges à pourvoir. Des élections partielles seront organisées le 20 octobre pour les huit sièges dont les résultats ont été annulés. Quatorze femmes figurent parmi les 139 députés déjà élus et qui sont répartis entre les différents partis et groupements de partis suivants : L'Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA), parti majoritaire sortant, est passée de 128 à 45 députés. Le Rassemblement pour le Mali (RPM), créé il y a un an, a obtenu 46 sièges. L'ADEMA et le RPM constituent respectivement les pôles de convergence de deux grands regroupements politiques : l'Alliance pour la République et la démocratie (ARD) avec 12 partis, et la Coalition Espoir 2002 avec 16 partis.

A ces deux grands regroupements, s'ajoutent la Convention pour l'alternance et le changement (ACC, 10 sièges), les Indépendants (10 sièges), et un petit parti, Solidarité pour la démocratie et l'intégration (SADI, avec six députés).

Ibrabim Boubacar Keita, 57 ans, ancien Premier ministre, a été élu président du nouveau parlement, avec 116 voix.