POLITIQUE-LIBERIA: Les rebelles rejettent la levée de l'état d'urgence

FREETOWN, Sierra Leone, 24 sept (IPS) – La décision du président Charles Taylor de lever l'état d'urgence, a été rejetée par les rebelles qui la considèrent comme un stratagème du président libérien pour s'accrocher au pouvoir.

Taylor a brutalement décrété l'état d'urgence sur ce pays d'Afrique de l'Ouest déchiré par les conflits au début de cette année lorsque les rebelles, cherchant à renverser son gouvernement, se rapprochaient de la capitale Monrovia.

"Nous considérons la levée de l'état d'urgence comme opportune en raison des progrès réalisés jusqu'ici (par le gouvernement) dans la poursuite de la guerre", indique une déclaration rendue publique à Monrovia vers la fin de la semaine dernière.

Pendant que l'état d'urgence était en cours, il paraît que des violations massives des droits humains ont été commises par l'élite des forces de l'unité anti-terroriste de Taylor contre des collaborateurs aperçus avec des rebelles. Il y a eu des meurtres, des disparitions et des détentions.

Aujourd'hui encore, "beaucoup" d'opposants au régime sont détenus dans des endroits non révélés sans être traduits en justice, y compris le journaliste bien connu, Hassan Bility.

Et, avec la législation sur la levée de l'état d'urgence la semaine dernière, il y a des appels à l'endroit de Taylor afin qu'il ouvre le processus démocratique en prélude aux élections présidentielle et législatives de l'année prochaine. Les circonstances actuelles précédant les élections elles-mêmes sont loin d'être favorables, comme les politiciens de l'opposition du Libéria vivent en majorité en exil, craignant pour leur vie.

Taylor qui a dirigé l'une des forces de guérilla les plus brutales dans la région pendant la première phase de la guerre civile de son pays (1989-1997), cherchera à être réélu l'année prochaine, après un mandat de cinq ans.

Mais son gouvernement, déjà à court d'argent à la suite des sanctions imposées par les Nations Unies, a été isolé par la guerre avec les rebelles qui se font appeler "Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie" (LURD). Le conflit a continué pendant trois ans sans vainqueurs émergents.

Des centaines de civils ont été tués et des milliers forcés à l'exil comme réfugiés dans les pays voisins. Et la situation n'est guère meilleure au pays. On raconte que les salaires des agents de l'Etat ne sont pas payés depuis sept mois et que les services de base, comme l'eau et l'électricité, sont très rares.

"Le Liberia est manifestement un Etat manqué tel que représenté par le gouvernement de M. Taylor", commente le politicien de l'opposition, Dennis Kromah.

La guerre civile du Liberia a connu des hauts et des bas, avec des accusations échangées entre les deux parties, et le territoire changeant de mains de façon théâtrale. A un moment donné, il a semblé que les rebelles du LURD étaient sur le point d'envahir Monrovia.

La prise précaire, par le LURD, des principales villes stratégiques telles que Gbarnga dans le centre du Liberia et Trumansburg qui est encore plus proche de Monrovia, jette le doute sur la capacité de l'équipement rebelle à évincer Taylor. A présent, le gouvernement de Monrovia semble clairement avoir le dessus dans le conflit.

Il y a deux semaines, une conférence nationale de réconciliation a été convoquée à Monrovia, réunissant les quelques politiciens de l'opposition disponibles, des responsables du gouvernement et des activistes locaux. Les rebelles du LURD ont boycotté la conférence et ont également rejeté l'abrogation des lois de l'état d'urgence de Taylor.

L'éminent leader de l'opposition en exil, Ellen Johnson Sirleaf, s'exprimant depuis la capitale ivoirienne Abidjan, la semaine dernière, déclarait : "La levée de l'état d'urgence était une exigence fondamentale de la Conférence nationale de réconciliation, mais j'espère seulement qu'il n'y pas de disparitions et d'exécutions extrajudiciaires".

Mais Harry Greaves Jr., du Parti libérien d'action (opposition), lance un appel aux politiciens exilés pour qu'ils rentrent au pays s'ils veulent faire une bonne impression dans le processus politique du pays. "On ne peut pas diriger des Libériens qui sont au pays de Washington, d'Atlanta ou de New York", déclare-t-il, cité par le journal 'The News', lundi à Monrovia.

A la grande déception des Libériens, Taylor a rejeté les appels des dirigeants de la région selon lesquels il doit "reconsidérer sérieusement" l'intervention de la communauté internationale dans la résolution de la crise politique du Liberia.

"Il est paranoïaque et soupçonne toute démarche de la communauté internationale visant à s'engager dans la crise, de tentative de renversement de son régime", affirme Tom Nimleh, un activiste de la société civile à Monrovia.

Taylor a accusé les voisins du Liberia – la Guinée et la Sierra Leone – de soutenir les insurgés. Il a également accusé la Grande-Bretagne et les Etats-Unis de financer le conflit.

Ce qui est clair concernant la guerre, c'est que malgré les sanctions prises sur l'importation des armes et l'exportation des minéraux précieux tels que les diamants, le régime de Taylor reçoit toujours des armes et des munitions à travers les frontières perméables du Liberia. Et à cause de cela, il semble qu'il serait difficile aux rebelles d'assiéger Monrovia et d'évincer Taylor, lui-même étant un ancien rebelle.

Il y a également des allégations selon lesquelles d'anciens rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) en Sierra Leone aident le gouvernement libérien à combattre, comme mercenaires.

Ceci a suscité des inquiétudes à Freetown, la capitale de la Sierra Leone.

Et le gouvernement du président Ahmed Tejan Kabbah fait tout ce qui est en son pouvoir pour ne pas être impliqué dans le conflit libérien afin d'éviter des répercussions en Sierra Leone qui sort tout juste d'une guerre brutale d'une décennie.