KINSHASA, 31 août (IPS) – L'hôpital pédiatrique de Kalembelembe, à Kinshasa, est le premier à se doter d'une unité de maladies infectieuses, en République démocratique du Congo (RDC) et se donne comme ambition de prendre en charge les enfants – de zéro à 15 ans – déclarés séropositifs.
Cette unité médicale décide également de prendre en charge les futures mères dès la 34è semaine avant l'accouchement, "afin de diminuer le risque de transmission du VIH/SIDA aux bébés", confie à IPS le Dr Cathy Akele, médecin-directeur de l'hôpital. Selon le Dr Akele, il a été constaté que les enfants sont infectés par le virus du SIDA dans 90 pour cent des cas par leur mère pendant la grossesse, au moment de l'accouchement ou au cours de l'allaitement. Une organisation non gouvernementale (ONG), Avenir meilleur pour les orphelins (AMO-Congo), encadre quelque 1.500 enfants orphelins du SIDA à Kinshasa, la capitale de la RDC.
L'hôpital pédiatrique de Kalembelembe a pu acquérir cette unité de maladies infectieuses grâce à la coopération belge qui a financé un certain nombre de projets du centre hospitalier pour cette année, dont ce service qui a coûté 30.000 dollars US. Il a été inauguré le 17 août par le ministre de la Santé, Dr Léonard Mashako Mamba, dans un quartier populaire de la commune de Lingwala, à Kinshasa. Cet appui financier permet à l'hôpital de relativiser certains coûts et de répondre à la demande des malades généralement démunis. Paul Maurice, chargé d'affaires de l'ambassade de Belgique à Kinshasa, estime que grâce à ce soutien financier belge, les enfants malades pourront bénéficier de tous les soins appropriés, des consultations médicales au traitement des maladies opportunistes en passant par les examens de laboratoire. "Avec un peu moins de deux dollars, un enfant pourra être soigné", déclare-t-il. Le projet bénéficie également de l'appui technique de la Croix-Rouge de Belgique. La Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC) s'est aussi impliqué dans le projet en offrant un groupe électrogène au nouveau service. "Cela pourra toujours servir dans cette ville qui connaît des coupures répétées de courant électrique", indique Amos Namanga Ngongi, représentant du secrétaire général de l'ONU en RDC.
L'unité de maladies infectieuses de l'hôpital pédiatrique de Kalembelembe comble ainsi un besoin qui s'imposait dans la mesure où les enfants séropositifs étaient abandonnés à eux-mêmes. Le Centre de traitement ambulatoire (CTA), qui s'occupe des adultes, n'était pas équipé pour la prise en charge des enfants. "Il faut des aptitudes particulières pour traiter les enfants. Souvent, même les parents ne connaissent pas leur propre statut immunitaire…
Lorsque nous suspectons, chez l'enfant, un état clinique qui tend vers la séropositivité, nous en avertissons les parents afin qu'ils prennent leurs responsabilités. Les parents doivent adhérer au processus et accepter de passer le test", explique Dr Akele.
Le VIH/SIDA inspire tellement la peur à Kinshasa que beaucoup de gens redoutent de passer le test. Mais selon Jeanne Mukwayanzo, chargée de communication au Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), les Congolais commencent à se comporter plus en responsables. "De plus en plus, ils acceptent de passer le test du SIDA. Je cite le cas d'une dame qui, ayant appris par le Dr Akele qu'elle était séropositive, elle est venue me demander si elle devait réellement passer le test. Autant que l'avait fait le Dr Akele, je l'ai convaincue qu'il n'y avait pas d'autre alternative. Elle a passé le test et suit actuellement le traitement, tout à fait normalement". Le traitement anti-SIDA se fait surtout par celui des maladies opportunistes : la tuberculose, les infections de la peau et de la bouche, la diarrhée, etc. Les malades plus nantis peuvent se faire traiter aux anti-rétroviraux..
Le traitement est depuis peu disponible à Kinshasa, mais sa distribution est faite avec beaucoup de parcimonie. Seuls quelques hôpitaux de la capitale sont autorisés à pratiquer les soins. Les médecins qui en font les prescriptions sont également triés sur le volet. Il en va également des pharmacies autorisées à vendre les médicaments anti-rétroviraux.
"Nous évitons les abus", explique Dr Jean Kabuya, l'un des rares médecins autorisés à prescrire le traitement anti-SIDA. "Dès que le diagnostic est établi, je prescris le traitement et prends contact avec le pharmacien, lui-même spécialisé. Il vient avec le traitement que le malade paie sur place". La précaution est nécessaire car les services de santé veulent éviter une banalisation du commerce des anti-rétroviraux. Le gouvernement a réussi à réduire le prix du traitement mensuel – de plus de 100 dollars auparavant – à 60 dollars actuellement. Mais ce coût reste toujours hors de portée pour la bourse du Congolais moyen.

