{"id":923,"date":"2000-07-31T13:40:01","date_gmt":"2000-07-31T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2000\/07\/31\/culture-benin-lart-descend-dans-la-rue-pour-denoncer-les-tares-des-societes-africaines\/"},"modified":"2000-07-31T13:40:01","modified_gmt":"2000-07-31T13:40:01","slug":"culture-benin-lart-descend-dans-la-rue-pour-denoncer-les-tares-des-societes-africaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2000\/07\/31\/culture-benin-lart-descend-dans-la-rue-pour-denoncer-les-tares-des-societes-africaines\/","title":{"rendered":"CULTURE-BENIN: L&#39;art descend dans la rue pour d\u00e9noncer les tares  des soci\u00e9t\u00e9s africaines"},"content":{"rendered":"<p>COTONOU, 31 juill. (IPS) &#8211; Trois jeunes artistes plasticiens<br \/>\nb\u00e9ninois<br \/>\norganisent pendant deux mois, une exposition itin\u00e9rante de<br \/>\ntableaux,<br \/>\ndestin\u00e9e \u00e0 d\u00e9noncer les maux dont souffreent les soci\u00e9t\u00e9s<br \/>\nafricaines.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Simon Soha alias Siso, Basile Moussougan alias Bamouss et Denis<br \/>\nAkw\u00e9t\u00e9<br \/>\nDossou alias N\u00e9gro exposent du 25 juillet au 24 septembre 2000 une<br \/>\nquarantaine de tableaux sur la place publique \u00e0 Cotonou, la plus<br \/>\ngrande<br \/>\nville du B\u00e9nin.<br \/>\n &quot;Les \u001cuvres expos\u00e9es portent sur les maux qui minent l&#39;Afrique.<br \/>\nOn a choisi<br \/>\nle th\u00e8me des masques et des hommes pour d\u00e9noncer la com\u00e9die<br \/>\nhumaine, pour<br \/>\nr\u00e9v\u00e9ler le vrai visage des hommes&quot;, affirme Simon Soha, le porte-<br \/>\nparole des<br \/>\ntrois artistes.<br \/>\n Intitul\u00e9e &quot;L&#39;art dans la rue&quot;, cette exposition itin\u00e9rante<br \/>\npr\u00e9sente des<br \/>\n\u001cuvres qui utilisent l&#39;art plastique pour d\u00e9noncer les tares des<br \/>\nsoci\u00e9t\u00e9s<br \/>\nafricaines et faire r\u00e9fl\u00e9chir les Africains sur les probl\u00e8mes qui<br \/>\nles<br \/>\nemp\u00eachent de progresser.<br \/>\n &quot;Il y a des salari\u00e9s b\u00e9ninois qui gagnent par exemple 50.000 F<br \/>\nCFA par mois<br \/>\net qui de ce fait, n&#39;arrivent pas \u00e0 subvenir convenablement aux<br \/>\nbesoins de<br \/>\nleur famille. Mais lorsque l&#39;un de leurs parents d\u00e9c\u00e8de, parfois<br \/>\npar manque<br \/>\nde soins suffisants, vous allez voir ces m\u00eames personnes,<br \/>\nmis\u00e9reuses,<br \/>\ns&#39;endetter pour des millions de F CFA juste pour faire des<br \/>\nc\u00e9r\u00e9monies<br \/>\ngrandioses \u00e0 ce parent qu&#39;ils n&#39;ont pas pu nourrir de son<br \/>\nvivant&quot;, raconte<br \/>\nSoha.<br \/>\n Ce fait de soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s courant au B\u00e9nin est d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 travers un<br \/>\ntableau de<br \/>\nSoha intitul\u00e9 &#39;La chute de l&#39;imitateur&#39;. Les B\u00e9ninois adorent<br \/>\nfaire des<br \/>\nc\u00e9r\u00e9monies grandioses \u00e0 l&#39;occasion des fun\u00e9railles de leurs<br \/>\nparents, m\u00eame si<br \/>\ndu vivant de ceux-ci, ils n&#39;\u00e9taient pas capables de s&#39;occuper<br \/>\nconvenablement<br \/>\nd&#39;eux.<br \/>\n Siso, Bamouss et N\u00e9gro ont choisi de mettre leur art au service de<br \/>\nla<br \/>\nconscientisation du peuple, disent-ils.<br \/>\n &quot;Il y a des tas de gens qui cherchent \u00e0 changer le monde en le<br \/>\nmettant \u00e0<br \/>\nleur service. Nous les artistes avons d\u00e9cid\u00e9 de changer le monde<br \/>\nsans le<br \/>\nrendre amer; nous sommes des artistes engag\u00e9s, et nous voulons que<br \/>\nl&#39;Afrique<br \/>\nchange positivement&quot;, confie Soha.<br \/>\n &quot;L&#39;homme d&#39;Asie ou d&#39;Am\u00e9rique latine par exemple observe<br \/>\nl&#39;Europ\u00e9en vivre,<br \/>\net il ne prend chez lui que ce qui peut l&#39;aider \u00e0 avancer sans<br \/>\nnuire ou<br \/>\nporter ombrage \u00e0 sa propre culture. L&#39;Africain par contre, imite<br \/>\nb\u00eatemen t<br \/>\nl&#39;Europ\u00e9en au point d&#39;y perdre sa culture. L&#39;Africain veut<br \/>\nressembler \u00e0<br \/>\nl&#39;Europ\u00e9en \u00e0 n&#39;importe quel prix. Pour y parvenir, il doit manger<br \/>\ndes frites<br \/>\ncomme l&#39;Europ\u00e9en, porter des vestes et des cravates comme<br \/>\nl&#39;Europ\u00e9en, m\u00eame<br \/>\ns&#39;il fait extr\u00eamement chaud, porter des mini-jupes comme les<br \/>\nEurop\u00e9ennes&quot;,<br \/>\nexplique Soha.<br \/>\n Chacune des 40 \u001cuvres expos\u00e9es par ces trois artistes s&#39;attaque \u00e0<br \/>\nun<br \/>\nprobl\u00e8me propre au B\u00e9nin ou \u00e0 l&#39;Afrique tout enti\u00e8re.<br \/>\n Soha expose par exemple un tr\u00f4ne africain couvert de mousse, en<br \/>\ndessous<br \/>\nduquel il a plac\u00e9 beaucoup de clous astucieusement camoufl\u00e9s et<br \/>\ncapables de<br \/>\nblesser celui qui se hasarderait \u00e0 s&#39;y asseoir. Soha d\u00e9nomme son<br \/>\n\u001cuvre &quot;Le<br \/>\nr\u00f4le du responsable&quot; qui, selon lui, ne doit pas s&#39;asseoir, ni se<br \/>\nreposer,<br \/>\nd&#39;o\u00f9 la pr\u00e9sence des clous sous le si\u00e8ge.<br \/>\n Le responsable est celui qui reste debout et dirige par l&#39;exemple,<br \/>\nexplique-t-il. &quot;Or les responsables africains sont tout le temps<br \/>\ndans les<br \/>\nbureaux climatis\u00e9s et vocif\u00e8rent leurs ordres par t\u00e9l\u00e9phone, on ne<br \/>\nles voit<br \/>\njamais sur le terrain et ils veulent faire marcher le continent,<br \/>\nde quelle<br \/>\nmani\u00e8re?&quot;, se demande-t-il.<br \/>\n Sur un autre tableau de tr\u00e8s grande dimension appel\u00e9 &quot;Migbo&quot;<br \/>\n(arr\u00eatez),<br \/>\nSoha dessine un homme couch\u00e9, qui semble mort. Il symbolise<br \/>\nl&#39;Afrique malade<br \/>\net abbattue par ses vices que sont la corruption, la mauvaise<br \/>\ngestion des<br \/>\nbiens publics, la gab\u00e9gie, la jalousie et la mesquinerie.<br \/>\n &quot;Ce sont-l\u00e0 des maux qui sont pr\u00e9sents partout sur le continent,<br \/>\net qui \u00e0<br \/>\nterme vont terrasser l&#39;Afrique comme l&#39;est d\u00e9j\u00e0 l&#39;homme couch\u00e9 sur<br \/>\nle<br \/>\ntableau&quot;, explique l&#39;artiste.<br \/>\n Son coll\u00e8gue N\u00e9gro appelle pour sa part \u00e0 l&#39;unit\u00e9 des Africains \u00e0<br \/>\ntravers<br \/>\nune oeuvre qu&#39;il a appel\u00e9e &quot;Gb\u00e9nonkpo&quot; (Union sacr\u00e9e). Sur le<br \/>\ntableau, on<br \/>\nvoit trois hommes qui essaient de soulever ensemble une charge un<br \/>\npeu trop<br \/>\nlourde pour une seule personne.<br \/>\n &quot;Cette oeuvre est faite pour interpeller la conscience des<br \/>\ndirigeants<br \/>\nafricains qui ne cessent de se chamailler pour des int\u00e9r\u00eats<br \/>\npesonnels au<br \/>\nd\u00e9triment de ceux de tous. Pour mieux se d\u00e9velopper, les Africains<br \/>\ndoivent<br \/>\ns&#39;unir \u00e0 l&#39;instar des Europ\u00e9ens&quot;, explique N\u00e9gro.<br \/>\n Andr\u00e9 Jolly, le directeur du Centre culturel fran\u00e7ais de Cotonou,<br \/>\ns\u00e9du it par<br \/>\nles id\u00e9es des trois artistes b\u00e9ninois, a offert l&#39;esplanade de son<br \/>\ninstitution pour accueillir le vernissage de cette exposition.<br \/>\n &quot;L&#39;id\u00e9e d&#39;exposer des \u001cuvres d&#39;art dans la rue n&#39;est pas tout \u00e0<br \/>\nfait<br \/>\nnouvelle au B\u00e9nin, puisqu&#39;il y a d\u00e9j\u00e0 eu une premi\u00e8re exp\u00e9rience<br \/>\nd\u00e9nomm\u00e9e<br \/>\nBoulev&#39;Art il y a quelques mois de cela. Si on renouvelle<br \/>\nl&#39;exp\u00e9rience,<br \/>\nc&#39;est pour susciter l&#39;int\u00e9r\u00eat du public pour l&#39;\u001cuvre artistique&quot;,<br \/>\nexplique-t-il.<br \/>\n &quot;Lorsque les \u001cuvres sont dans la rue, on n&#39;h\u00e9site plus, on<br \/>\ns&#39;arr\u00eate et on<br \/>\nregarde. Au-del\u00e0 de la sensibilisation, nous voulons aussi<br \/>\nhabituer les<br \/>\nB\u00e9ninois \u00e0 voir et \u00e0 comprendre l&#39;\u001cuvre d&#39;art&quot;, pr\u00e9cise Jolly.<br \/>\n Pour Tola Koukoui, com\u00e9dien b\u00e9ninois de renom, Directeur du<br \/>\nFestival<br \/>\nInternational du Th\u00e9\u00e2tre du B\u00e9nin (FITHEB), il est bon qu&#39;\u00e0 la<br \/>\nmani\u00e8re des<br \/>\nhommes de th\u00e9\u00e2tre, les artistes plasticiens aillent aussi vers le<br \/>\npublic<br \/>\nafin qu&#39;il leur pose des questions sur leur art.<br \/>\n Mieux, explique Koukoui, le public b\u00e9ninois n&#39;\u00e9tant pas<br \/>\nculturellement<br \/>\nouvert \u00e0 l&#39;art plastique, il appartient aux artistes d&#39;aller vers<br \/>\nce public<br \/>\npour lui expliquer son art, et en profiter pour faire passer son<br \/>\nmessage,<br \/>\nd&#39;o\u00f9 l&#39;utilit\u00e9 de cette exposition itin\u00e9rante.<br \/>\n Rissikatou Ad\u00e9chokan, \u00e9tudiante en lettres modernes \u00e0 l&#39;Universit\u00e9<br \/>\nNationale<br \/>\ndu B\u00e9nin, grande passionn\u00e9e d&#39;art, appr\u00e9cie &quot;la pertinence des<br \/>\nmessages que<br \/>\nles artistes ont voulu transmettre \u00e0 travers leurs \u001cuvres. Ils ont<br \/>\nfait une<br \/>\npeinture assez juste du B\u00e9nin \u00e0 travers leurs \u001cuvres&quot;, affirme-t-<br \/>\nelle.<br \/>\n &quot;Les hommes sont \u00e9go\u00efstes, vaniteux, paresseux et avides de<br \/>\npouvoir. Je<br \/>\nretrouve malheureusement toutes ces tares de mon pays \u00e0 travers<br \/>\nles \u001cuvr es<br \/>\nde ces trois artistes que je souhaite vivement que beaucoup de<br \/>\ncompatriotes<br \/>\nviennent visiter pour se reconna\u00eetre, s&#39;identifier et se mirer.<br \/>\nCela les<br \/>\naidera peut-\u00eatre \u00e0 changer de comportement&quot;, conclut-elle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>COTONOU, 31 juill. (IPS) &#8211; Trois jeunes artistes plasticiens b\u00e9ninois organisent pendant deux mois, une exposition itin\u00e9rante de tableaux, destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9noncer les maux dont souffreent les soci\u00e9t\u00e9s africaines.<\/p>\n","protected":false},"author":122,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-923","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-headlines"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/923","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/122"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=923"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/923\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=923"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=923"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=923"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}