{"id":85,"date":"1998-05-01T13:40:01","date_gmt":"1998-05-01T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/1998\/05\/01\/cameroun-droits-de-lhomme-des-detenus-languissent-en-prison\/"},"modified":"1998-05-01T13:40:01","modified_gmt":"1998-05-01T13:40:01","slug":"cameroun-droits-de-lhomme-des-detenus-languissent-en-prison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/1998\/05\/01\/cameroun-droits-de-lhomme-des-detenus-languissent-en-prison\/","title":{"rendered":"CAMEROUN-DROITS DE L&#39;HOMME: Des detenus languissent en prison."},"content":{"rendered":"<p>YAOUND, 1 mai (IPS) &#8211; Ils sont une soixantaine  actuellement, ces<br \/>\ndetenus  de la prison centrale de Kodengui a Yaounde, la capitale<br \/>\ndu<br \/>\nCameroun, qui, depuis plus d&#39;un an pour la plupart, attendent<br \/>\nimpatiemment d&#39;etre juges.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Ils ont ecrit aux deputes de l&#39;opposition pour leur demander<br \/>\nd&#39;interpeller le gouvernement sur ces atteintes graves aux droits<br \/>\nde<br \/>\nl&#39;homme.<br \/>\n &#8220;Chers honorables, je vous ecris pour vous informer qu&#39;au moment<br \/>\nou 52<br \/>\nprisonniers anglophones attendent d&#39;etre liberes ou equitablement<br \/>\njuges,<br \/>\n7 autres nous ont rejoints a la prison de Kodengui le 29 octobre<br \/>\n97,<br \/>\napres avoir passe six mois de detention a Jakiri, dans le<br \/>\ndepartement de<br \/>\nBui, province du Nord-Ouest&#8221;. Cette alerte a ete faite le 1er<br \/>\nnovembre<br \/>\ndernier par un des detenus (militant du SDF) par le biais d&#39;une<br \/>\ncorrespondance adressee aux deputes de l&#39;opposition, alors reunis<br \/>\na<br \/>\nYaounde, a l&#39;occasion de la deuxieme session ordinaire de<br \/>\nl&#39;Assemblee<br \/>\nNationale.<br \/>\n La liste des 59 detenus minutieusement etablie, est annexee a<br \/>\ncette<br \/>\nlettre. Les prisonniers ont ete arretes entre mars et aout 1997<br \/>\ndans<br \/>\ndivers villages de la province anglophone du Nord-Ouest. Ils sont<br \/>\nde<br \/>\ntous les ages et de tous les sexes.<br \/>\n L&#39;unique femme citee dans le groupe, Fonyam Prisca, 45 ans,<br \/>\ninfirmiere,<br \/>\nest en detention depuis mars 1997. Recemment, elle a ete rejointe<br \/>\npar<br \/>\nune autre, Mme Grace NENE.<br \/>\n Neba Wilson Che, chauffeur, lui aussi arrete en mars, est le plus<br \/>\njeune<br \/>\navec 20 ans ; tandis que le plus age, Salifu Tanko, boucher, a 51<br \/>\nans.<br \/>\n Cinq etudiants ont ete recenses. Plusieurs autres detenus sont des<br \/>\nagriculteurs.<br \/>\n Apres un an de detention, le spriosnniers restent plonges dans le<br \/>\ndesarroi.<br \/>\n Ce qui est inquietant, c&#39;est non seulement leur condition<br \/>\nd&#39;incarceration mais aussi les incongruites qui caracterisent la<br \/>\nprocedure judiciaire, ainsi que l&#39;insecurite qui les cotoie chaque<br \/>\njour.<br \/>\n Dans leur lettre aux deputes de l&#39;opposition, ils precisent :<br \/>\n&#8220;Nous<br \/>\nattendons tres impatiemment d&#39;etre juges. Mais l&#39;instruction est<br \/>\ntimide<br \/>\net lente. Plus grave, depuis qu&#39;elle a commence, elle est marquee<br \/>\npar<br \/>\nles intimidations. Certains sont tortures,<br \/>\nbattus et sont tenus de s&#39;asseoir sous le soleil brulant. Une<br \/>\nfacon de<br \/>\nles amener a reconnaitre les fausses charges&#8221;.<br \/>\n Dans le meme ordre d&#39;idee, ils denoncent le fait que<br \/>\nl&#39;interrogatoire se<br \/>\nderoule en francais, &#8220;une langue difficile a comprendre par tous<br \/>\nles<br \/>\ndetenus&#8221;. La consequence, indiquent-ils dans un ton pathetique,<br \/>\nc&#39;est<br \/>\nqu&#39;ils sont contraints de signer &#8220;les declarations dont le<br \/>\nsens leur echappe pour eviter les tortures et les persecutions&#8221;.<br \/>\n Ils soutiennent d&#39;ailleurs que trois des leurs ont ent d&#39;ailleurs<br \/>\nque trois des leurs ont ete deportes vers<br \/>\nune destination inconnue pour &#8220;indiscipline&#8221;. Et qu&#39;une dizaine<br \/>\nd&#39;autres<br \/>\nont ete transferes a la prison de Mfou, une localite situee a une<br \/>\nvingtaine de km de Yaounde.<br \/>\n Par ailleurs, ces citoyens anglophones tirent piteusement le<br \/>\ndiable par<br \/>\nla queue dans cet environnement repressif qu&#39;est la prison<br \/>\ncentrale de Yaounde.<br \/>\n &#8220;La famine et le probleme de soins medicaux se posent avec<br \/>\nacuite&#8221;, crient-ils, precisant qu&#39;ils sont prives de l&#39;assistance<br \/>\nde<br \/>\nleurs familles, tres eloignees de Yaounde, leur lieu de detention.<br \/>\n La situation est d&#39;autant plus preoccupante que les detenus<br \/>\nsignalent<br \/>\nqu&#39;ils sont victimes d&#39;une cruelle marginalisation.<br \/>\n Ils sont hantes &#39;image de la mort lorsqu&#39;ils rappellent la memoire<br \/>\nde huit detenus morts a Bamenda des suites de tortures.<br \/>\nLeur souhait,c&#39;est d&#39;etre transferes chez eux, pour y etre juges.<br \/>\n &#8220;Nous n&#39;avons pas peur du jugement. Seulement, nous aimerions etre<br \/>\njuges<br \/>\nau Nord-Ouest, notre aire de juridiction, Bamenda ayant un<br \/>\ntribunal<br \/>\nmilitaire dont le statut est le meme que celui de Yaounde&#8230;&#8221;.<br \/>\n Maitre Andre Duclair Mangoua, un avocat qui a decide de les<br \/>\ndefendre,<br \/>\nconfirme les mauvaises conditions de leur detention, &#8220;conditions,<br \/>\najoute-t-il, qui sont propres a tous les milieux carceraux du<br \/>\npays&#8221; .<br \/>\n Me Mangoua est egalement membre du Conseil d&#39;Administration de<br \/>\nl&#39;Observatoire International des Prisons et President du Programme<br \/>\nde<br \/>\nDefense des Demunis et des Mineurs, une ONG de defense des droits<br \/>\nde<br \/>\nl&#39;homme creee en juin 96.<br \/>\n C&#39;est dans le cadre de cette ONG qu&#39;il a pris la resolution de les<br \/>\ndefendre benevolement. Cette jeune ONG n&#39;a pas encore eu les<br \/>\nfinancements qu&#39;elle recherche pour voler au secours de ces<br \/>\ndetenus<br \/>\ndont elle voudrait par ailleurs organiser la reinsertion<br \/>\nsociale.<br \/>\n &#8220;Pour autant, je ne baisserai pas les bras. Lorsque j&#39;ai un peu<br \/>\nd&#39;argent, je le partage avec eux&#8221;, affirme Me Mangoua, rempli<br \/>\nd&#39;espoir<br \/>\npour leur avenir. S&#39;il a un conseil a leur donner, c&#39;est de les<br \/>\nconvaincre a accepter, malgre tout, d&#39;etre juges a Yaounde, pour<br \/>\neviter<br \/>\nque l&#39;on &#8220;recommence l&#39;enquete et alourdisse la procedure&#8221;. Une<br \/>\ntelle<br \/>\nsolution poursuit-il, les maintiendra encore plus longtemps en<br \/>\nprison.<br \/>\n Me Mangoua precise tout de meme que &#8220;meme si le tribunal<br \/>\nmilitaire de<br \/>\nYaounde est competent sur toute l&#39;etendue du territoire , il etait<br \/>\npreferable qu&#39;on juge ses clients la ou on estime que le crime a<br \/>\nete<br \/>\ncommis et ou l&#39;anglais, leur langue de communication, est la mieux<br \/>\nparlee&#8221;.<br \/>\n De plus, il parle de &#8220;maladresse judiciaire&#8221;. Il fait d&#39;ailleurs<br \/>\nreference a une convention internationale qui dit que &#8220;le detenu<br \/>\ndoit<br \/>\netre le plus proche de sa famille&#8221;. En fin de compte, Me Mangoua<br \/>\nlance<br \/>\nun cri de coeur a l&#39;endroit des autorites competentes : &#8220;Qu&#39;on<br \/>\npermette a ces detenus de rencontrer leur famille, d&#39;etre juges<br \/>\nrapidement, d&#39;etre soignes, nourris. Bref, qu&#39;ils soient detenus<br \/>\ndans<br \/>\ndes conditions humaines&#8221;.<br \/>\n Les chefs d&#39;accusations portes contre eux, et qu&#39;ils ne<br \/>\nreconnaissent<br \/>\npas, sont nombreux : vol a mains armees, assassinat, port illegal<br \/>\nd&#39;armes, etc.<br \/>\n Sur place dans le Nord-Ouest, une campagne internationale<br \/>\na ete lancee par les ressortissants de cette unite administrative<br \/>\nresidant a l&#39;interieur et a l&#39;exterieur du Cameroun pour appeler<br \/>\nles<br \/>\norganisations internationales a intervenir aupres du gouvernement<br \/>\nCamerounais.<br \/>\n &#8220;LE QUOTIDIEN&#8221;, un journal independant paraissant a Douala, la<br \/>\ncapitale<br \/>\neconomique a recemment indique que le Human Rights Defense Group<br \/>\n(HRDG),<br \/>\nune ONG basee a Bamenda, &#8220;a deja obtenu du secretaire general du<br \/>\nCommonwealh, Emeka Anyaoku, la promesse d&#39;un<br \/>\nappel en direction du regime au pouvoir a Yaounde&#8221;.<br \/>\n &#8220;LE QUOTIDIEN&#8221; fait par ailleurs etat de tracts qui circulent<br \/>\ndans<br \/>\ncette province anglophone du pays, appellant &#8220;les populations a se<br \/>\nrallier a la cause des detenus de Kodengui en signant une petition<br \/>\nouverte a cet effet&#8221;.<br \/>\n Ces derniers ont ete arretes suite aux attaques d&#39;un groupe arme<br \/>\ncontre<br \/>\nl&#39;armee, la police et les etablissements publics, attaques qui ont<br \/>\nfait<br \/>\nplusieurs morts et d&#39;importants degats materiels en mars 97.<br \/>\n &#8220;Aucun groupe n&#39;ayant revendique la responsabilite de ces<br \/>\nattaques, les<br \/>\nautorites les ont attribuees aux membres d&#39;un groupe qui milite<br \/>\npour<br \/>\nl&#39;independance des pros anglophones (Southern Cameroon National<br \/>\nCouncil (SCNC), NDLR)&#8221;, note Amnesty International dans son<br \/>\nrapport<br \/>\npublie en septembre 97.<br \/>\n Cette organisation internationale de defense des droits de l&#39;homme<br \/>\najoute que des &#8220;membres et sympathisants des partis politiques<br \/>\nd&#39;opposition, en particulier du SDF (Social Democratic Front<br \/>\nNDLR), ont<br \/>\nete apprehendes alors qu&#39;il n&#39;existait, semble-t-il, aucune preuve<br \/>\nde<br \/>\nleur participation personnelle aux attaques&#8221;.<br \/>\n Elle rapporte les conditions difficiles des personnes arretees<br \/>\net les cas de deces des suites de tortures ou de manque de soins,<br \/>\navant<br \/>\nd&#39;interpeller le gouvernement camerounais.<br \/>\n &#8220;Amnesty International ne conteste pas que le gouvernement ait la<br \/>\nresponsabilite de deferer en justice les responsables des attaques<br \/>\narmees dans la province du Nord-Ouest. Elle deplore cependant que<br \/>\ndans<br \/>\nde nombreux cas, les personnes concernees semblent avoir ete<br \/>\narretees en raison de leurs liens avec le SDF, le SCNC (&#8230;)&#8221;, lit-<br \/>\non<br \/>\ndans le rapport.<br \/>\n Par consequent, &#8220;Amnesty International demande a la communaute<br \/>\ninternationale d&#39;amener le Cameroun a respecter pleinement ses<br \/>\nobligations en matiere de sauvegarde des droits de l&#39;homme&#8221;.<br \/>\n Toutes les sources officielles contactees par IPS preferent ne pas<br \/>\nfaire de commentaire sur le calvaire de ces detenus de la prison<br \/>\nde Kodengui.<br \/>\n &#8220;L&#39;affaire est entre les mains de la justice. Les enquetes<br \/>\nsuivent leur cours normal. La meilleure attitude consisterait a<br \/>\nattendre<br \/>\nses conclusions&#8221;, a confie une personnalite du corps judiciaire<br \/>\nqui a<br \/>\nrequis l&#39;anonymat.<br \/>\n Le Social Democratic Front ( parti d&#39;opposition le plus radical<br \/>\ndirige<br \/>\npar John Fru Ndi) qui a deja pris plusieurs resolutions au niveau<br \/>\nde<br \/>\nson National Executive Committee (NEC) pour denoncer ces abus, dit<br \/>\netre<br \/>\nattentif aux prisonniers politiques de Yaounde.<br \/>\n L&#39;honnorable Evariste Fopoussi, depute dudit parti, affirme qu&#39;en<br \/>\nreaction a la lettre qu&#39;ils leur avaient envoye le SDF a cree une<br \/>\ncommission speciale au sein de son groupe parlementaire pour<br \/>\ns&#39;occuper de leur cas.<br \/>\n &#8220;Nous privilegions la procedure judiciaire. C&#39;est tres dommage<br \/>\nqu&#39;elle<br \/>\nsoit lente. Nous n&#39;avons pas de choix, mais l&#39;action politique<br \/>\nn&#39;est pas<br \/>\nexclue au niveau du parti. Bref, nous faisons ce que nous pouvons<br \/>\npour<br \/>\nfaire bouger les choses&#8221;, souligne Evariste FOPOUSSI qui est aussi<br \/>\nsecretaire national a la communication du SDF. Il precise que tous<br \/>\nles<br \/>\navocats du SDF seront constitues pour la defense desdits detenus.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>YAOUND, 1 mai (IPS) &#8211; Ils sont une soixantaine actuellement, ces detenus de la prison centrale de Kodengui a Yaounde, la capitale du Cameroun, qui, depuis plus d&#39;un an pour la plupart, attendent impatiemment d&#39;etre juges.<\/p>\n","protected":false},"author":36,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,1],"tags":[],"class_list":["post-85","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-headlines"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/85","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/36"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=85"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/85\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=85"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=85"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=85"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}