{"id":6998,"date":"2014-07-03T13:40:01","date_gmt":"2014-07-03T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2014\/07\/03\/zimbabwe-des-milliers-de-familles-deplacees-de-force-dans-le-bassin-de-chivi\/"},"modified":"2014-07-03T13:40:01","modified_gmt":"2014-07-03T13:40:01","slug":"zimbabwe-des-milliers-de-familles-deplacees-de-force-dans-le-bassin-de-chivi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2014\/07\/03\/zimbabwe-des-milliers-de-familles-deplacees-de-force-dans-le-bassin-de-chivi\/","title":{"rendered":"ZIMBABWE: Des milliers de familles d\u00e9plac\u00e9es de force dans le bassin de Chivi"},"content":{"rendered":"<p>MASVINGO, Zimbabwe, 3 juil (IPS) &#8211; Pendant que les villageois sont assis autour du feu vacillant dans une nuit noire \u00e9clair\u00e9e seulement par une lune floue, ils se parlent, racontant comment tout a commenc\u00e9.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Ils se relaient, parlant parfois les uns au-dessus des autres afin de faire entendre leurs propres exp\u00e9riences. Lorsqu\u2019un vieil homme prend la parole, tout le monde \u00e9coute. &#8220;C&#39;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je montais sur un h\u00e9licopt\u00e8re&#8221;, se souvient John Moyo*.<\/p>\n<p> &#8220;Les soldats sont venus, tenant fermement des armes \u00e0 feu, obligeant tout le monde \u00e0 se d\u00e9placer. J&#39;ai tent\u00e9 de r\u00e9sister, car ma maison n&#39;\u00e9tait pas affect\u00e9e, mais ils n\u2019ont pas voulu en entendre quoi que ce soit&#8221;.<\/p>\n<p> C\u2019est ainsi qu&#39;a commenc\u00e9 le long voyage p\u00e9nible et d\u00e9routant pour Moyo, 70 ans, et pr\u00e8s de 18.000 autres personnes qui vivaient dans le rayon de 50 kilom\u00e8tres du bassin de Chivi, dans la province de Masvingo, au Zimbabwe.<\/p>\n<p> Lorsque de fortes pluies se sont abattues sur la r\u00e9gion au d\u00e9but de janvier, le mur du barrage de Tokwe-Mukosi de 1,8 milliard de m\u00e8tres cubes a c\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p> S\u2019en ont suivi les inondations, d\u00e9truisant les maisons et le b\u00e9tail. Le gouvernement, avec l&#39;aide d&#39;organisations non gouvernementales, s&#39;est lanc\u00e9 dans une mission de sauvetage. Et m\u00eame les maisons \u00e9pargn\u00e9es dans les zones \u00e0 haute altitude ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9es par les soldats.<\/p>\n<p> Selon Moyo, dont la maison n&#39;a pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e, c\u2019\u00e9tait l&#39;occasion pour le gouvernement, qui essayait depuis un moment, d\u2019installer ailleurs les personnes vivant pr\u00e8s du bassin de Chivi.<\/p>\n<p> &#8220;Ils ont toujours dit qu&#39;ils voulaient installer un syst\u00e8me d&#39;irrigation et une r\u00e9serve dans la zone qui couvrait nos maisons ancestrales&#8221;, d\u00e9clare-t-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Pour Itai Mazanhi*, 33 ans, p\u00e8re de trois enfants, le gouvernement avait la meilleure excuse pour les d\u00e9placer de la terre qu&#39;il avait connue depuis sa naissance.<\/p>\n<p> &#8220;Les tombes de mes anc\u00eatres se trouvent \u00e0 cet endroit&#8221;, indique-t-il \u00e0 IPS. Mazanhi est originaire du village de Gororo.<\/p>\n<p> Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 log\u00e9es temporairement dans les zones s\u00fbres voisines de Gunikuni et de Ngundu, dans la province de Masvingo, les plus de 18.000 personnes, soit 3.000 familles, ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es \u00e0 Nuanetsi Ranch dans la zone de Chingwizi, dans le district de Mwenezi, \u00e0 environ 150 kilom\u00e8tres de leurs anciennes maisons.<\/p>\n<p> Chingwizi est un terrain aride pr\u00e8s de Triangle Estates, une entreprise d&#39;irrigation de plantation de canne \u00e0 sucre appartenant au g\u00e9ant du sucre, Tongaat Hulett. La terre de la zone est remarquable pour le mopane et des baobabs g\u00e9ants qui sont synonymes de conditions chaudes et s\u00e8ches.<\/p>\n<p> Les fermiers et \u00e9leveurs du bassin de Chivi ont \u00e9t\u00e9 contraints de s&#39;adapter dans une zone qui n&#39;a pas la fertilit\u00e9 naturelle de leurs anciennes terres, de l&#39;eau et des p\u00e2turages ad\u00e9quats pour leur b\u00e9tail.<\/p>\n<p> La route poussi\u00e9reuse qui m\u00e8ne au camp de Chingwizi est un voyage laborieux de 40 minutes jonch\u00e9e de bosses brusques et de tranch\u00e9es floues au bord de la route.<\/p>\n<p> Du haut d&#39;une fourmili\u00e8re, un point de vue privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 l&#39;entr\u00e9e de cet \u00e9tablissement r\u00e9v\u00e8le une disposition ondulante de tentes et de structures de fortune en t\u00f4le de zinc qui s&#39;\u00e9tendent \u00e0 perte de vue. La nuit, les feux brillent faiblement de loin, et une cacophonie de voix se m\u00e9lange \u00e0 la musique provenant de postes de radio solaires et \u00e0 piles. C&#39;est l&#39;image d&#39;un camp de secours aux r\u00e9fugi\u00e9s de guerre.<\/p>\n<p> Une inqui\u00e9tude pour les familles d\u00e9plac\u00e9es, c\u2019est le fait qu&#39;elles ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9es dans une zone r\u00e9serv\u00e9e pour un projet de biocarburants propos\u00e9. Le projet est pr\u00eat pour \u00eatre dirig\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 &#39;Zimbabwe Bio-Energy&#39;, un partenariat entre le Fonds de d\u00e9veloppement du Zimbabwe et des investisseurs priv\u00e9s. Le journal public &#39;Herald&#39; a cit\u00e9 le directeur du projet, Charles Madonko, comme disant que les familles r\u00e9install\u00e9es pourraient devenir des producteurs de canne \u00e0 sucre sur contrat pour le projet de l&#39;\u00e9thanol.<\/p>\n<p> Ce plan a fait l&#39;objet d&#39;une attaque cinglante de l\u2019organisation de d\u00e9fense des droits de l&#39;Homme &#39;Human Rights Watch&#39;. Dans un rapport publi\u00e9 en mai, l&#39;organisation consid\u00e9rait cela comme un stratag\u00e8me pour une main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9.<\/p>\n<p> &#8220;L&#39;arm\u00e9e zimbabw\u00e9enne a d\u00e9plac\u00e9 3.000 familles du bassin inond\u00e9 du barrage de Tokwe-Mukorsi vers un camp sur une ferme de canne \u00e0 sucre et un projet de l\u2019\u00e9thanol appartenant conjointement au parti au pouvoir, l\u2019Union nationale africaine du Zimbabwe \u2013 Front patriotique [ZANU-PF] et Billy Rautenbach, un homme d&#39;affaires et partisan du parti&#8221;, indiquait une partie du rapport.<\/p>\n<p> Les plantations de canne \u00e0 sucre seront irrigu\u00e9es par l&#39;eau du barrage de Tokwe-Mukosi. Quand il sera achev\u00e9, ce barrage est en passe de devenir le plus grand barrage int\u00e9rieure du Zimbabwe, avec une capacit\u00e9 d&#39;irriguer plus de 25.000 hectares.<\/p>\n<p> &#39;Community Tolerance Reconciliation and Development&#39; (COTRAD), une organisation non gouvernementale qui op\u00e8re dans la province de Masvingo, voit le d\u00e9placement de 3.000 familles comme une r\u00e9gression brutale. L&#39;organisation affirme que des gens ordinaires sont \u00e0 la merci des entreprises priv\u00e9es et du gouvernement.<\/p>\n<p> &#8220;Les gens se sentent comme des parias, ils ne se sentent plus comme Zimbabw\u00e9ens&#8221;, souligne \u00e0 IPS, Zivanai Muzorodzi, charg\u00e9 de programmes de la COTRAD.<\/p>\n<p> Muzorodzi, dont l&#39;organisation suit la bagarre par rapport \u00e0 la terre avant les inondations, dit que la terre qui entoure le bassin du barrage de Tokwe-Mukosi a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9e par des particuliers, la plupart issus du parti au pouvoir, la ZANU-PF.<\/p>\n<p> &#8220;Les villageois ne poss\u00e9deront pas la terre ou les moyens de production. Seuls les gros bonnets de la ZANU-PF en b\u00e9n\u00e9ficieront&#8221;, affirme Muzorodzi.<\/p>\n<p> L&#39;ampleur des habitats a pos\u00e9 de graves probl\u00e8mes pour le gouvernement du Zimbabwe \u00e0 court d&#39;argent. Des organisations humanitaires telles que &#39;Oxfam International&#39; et &#39;Care International&#39; ont apport\u00e9 des services de base tels que l&#39;eau potable \u00e0 travers des camions-citernes et des toilettes de fortune.<\/p>\n<p> &#8220;C&#39;est totalement dangereux, c&#39;est un d\u00e9sastre qui attend de se produire&#8221;, d\u00e9clare \u00e0 IPS, un cadre du minist\u00e8re de la Gouvernance locale du Zimbabwe en poste dans le camp, qui requis l\u2019anonymat. &#8220;Les latrines que vous voyez ici ont seulement un m\u00e8tre de profondeur. Une \u00e9pid\u00e9mie d&#39;une maladie contagieuse se propagerait rapidement&#8221;.<\/p>\n<p> Spiwe Chando*, une m\u00e8re de quatre enfants, ressent des craintes similaires. Cette femme de 23 ans parle pendant qu\u2019elle trie ses affaires \u00e9parpill\u00e9es sous une petite tente bleue dans laquelle une personne adulte ne peut pas dormir enti\u00e8rement tendue. &#8220;Je crains pour mon enfant parce qu\u2019une autre famille a perdu un enfant \u00e0 cause de la diarrh\u00e9e la semaine derni\u00e8re [il y a environ trois semaines]. Cela peut arriver \u00e0 n&#39;importe qui&#8221;, d\u00e9clare-t-elle \u00e0 IPS, transpirant \u00e0 cause de la chaleur \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur de la tente. &#8220;J&#39;esp\u00e8re que nous quitterons cet endroit bient\u00f4t et obtiendrons des terres ad\u00e9quates pour recommencer nos vies&#8221;.<\/p>\n<p> Cette question a provoqu\u00e9 des tensions dans ce camp surpeupl\u00e9. Des r\u00e9unions, des rumeurs et des conjectures circulent chaque jour. A travers le camp, les frustrations montent progressivement. En cons\u00e9quence, une d\u00e9l\u00e9gation minist\u00e9rielle a re\u00e7u un accueil hostile lors d&#39;une visite en mai. Les fermiers d\u00e9plac\u00e9s accusent le gouvernement de tromperie et du fait de revenir sur ses promesses d\u2019attribution de terres et d&#39;indemnisation.<\/p>\n<p> Le gouvernement a promis d&#39;allouer un hectare de terre par famille, dans une localit\u00e9 situ\u00e9e \u00e0 environ 17 km de ce camp de transit. Cela est tr\u00e8s loin de ce que ces familles avaient dans le bassin de Chivi. Certaines d&#39;entre elles, comme Mazanhi, poss\u00e9daient environ 10 hectares. Cette terre \u00e9tait en mesure de produire assez de vivres pour leur subsistance et un exc\u00e9dent, qui \u00e9tait vendu pour financer l&#39;\u00e9ducation et les soins de sant\u00e9 de leurs enfants.<\/p>\n<p> * Les noms ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9s pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MASVINGO, Zimbabwe, 3 juil (IPS) &#8211; Pendant que les villageois sont assis autour du feu vacillant dans une nuit noire \u00e9clair\u00e9e seulement par une lune floue, ils se parlent, racontant comment tout a commenc\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1121,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,38,11,6,1,39,7,3,21,28],"tags":[],"class_list":["post-6998","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-commerce-et-pauvrete","category-developpement","category-economie-finances-le-commerce","category-headlines","category-jeunes-agriculteurs","category-politique","category-population-refugies","category-science-technologie","category-southern-africa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6998","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1121"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6998"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6998\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6998"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6998"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6998"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}