{"id":6738,"date":"2013-08-01T13:40:01","date_gmt":"2013-08-01T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2013\/08\/01\/burundi-la-reconciliation-sans-la-justice\/"},"modified":"2013-08-01T13:40:01","modified_gmt":"2013-08-01T13:40:01","slug":"burundi-la-reconciliation-sans-la-justice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2013\/08\/01\/burundi-la-reconciliation-sans-la-justice\/","title":{"rendered":"BURUNDI: La r\u00e9conciliation sans la justice?"},"content":{"rendered":"<p>BUJUMBURA, 1 ao\u00fbt (IPS) &#8211; Sept ans apr\u00e8s la fin de la guerre civile au Burundi, une Commission v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation doit \u00eatre mise en place. Mais en voulant imposer le pardon, le gouvernement risque de raviver les tensions qui ont d\u00e9chir\u00e9 le pays.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Il y a quelques semaines, le gouvernement burundais a enfin envoy\u00e9 au Parlement un projet de loi pour instaurer une Commission v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation (CVR). Un acte attendu par les Burundais, depuis la signature de l\u2019accord de paix d\u2019Arusha en 2000, qui a ouvert la voie \u00e0 la mise en place d\u2019une justice transitionnelle dans le pays.  Cette Commission devrait couvrir les crimes commis depuis l\u2019ind\u00e9pendance du pays en 1962, jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre civile en 2006.<\/p>\n<p> Si cette annonce appara\u00eet comme une v\u00e9ritable avanc\u00e9e d\u00e9mocratique, elle suscite beaucoup d\u2019inqui\u00e9tude parmi la soci\u00e9t\u00e9 civile. \u00abCe projet de loi a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit sans que le gouvernement ne nous consulte, ni les Nations Unies, qui sont pourtant en discussion avec le pouvoir sur cette question depuis de nombreuses ann\u00e9es\u00bb, s\u2019insurge Pacifique Nininahazwe, pr\u00e9sident du Forum pour la conscience et le d\u00e9veloppement.  La pr\u00e9occupation est d\u2019autant plus grande que, selon l\u2019activiste, \u00able contenu de ce projet va \u00e0 l\u2019encontre des v\u0153ux exprim\u00e9s par la population lorsqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 consult\u00e9e \u00e0 ce sujet en 2009\u00bb. A l\u2019\u00e9poque, plus de 80 pour cent des Burundais avaient approuv\u00e9 la mise en place d\u2019une CVR, mais \u00e9galement la cr\u00e9ation d\u2019un tribunal sp\u00e9cial charg\u00e9 de juger les exactions commises pendant la m\u00eame p\u00e9riode. Une dol\u00e9ance qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 entendue jusqu\u2019ici.  H\u00e9ritage postcolonial D\u2019apr\u00e8s Nininahazwe, le pouvoir actuel redoute les verdicts de potentiels proc\u00e8s, car \u00abcertains de ses membres ont du sang sur les mains\u00bb. Il faut dire que l\u2019h\u00e9ritage postcolonial est lourd: depuis l\u2019ind\u00e9pendance, l&#39;histoire du Burundi est jalonn\u00e9e par des massacres interethniques entre la majorit\u00e9 hutue (85 pour cent de la population) et la minorit\u00e9 tutsie (14 pour cent), longtemps au pouvoir.  De 1993 \u00e0 2006, le pays a connu un terrible conflit interne, qui a fait 300.000 morts et ruin\u00e9 son \u00e9conomie. Une guerre fratricide d\u00e9clench\u00e9e par l\u2019assassinat du premier pr\u00e9sident hutu \u00e9lu, Melchior Ndadaye, lors d\u2019une tentative de coup d\u2019Etat de l\u2019arm\u00e9e domin\u00e9e alors par la minorit\u00e9 tutsie.  En 2005, le gouvernement a chang\u00e9 de main pour \u00eatre dirig\u00e9 par un parti issu de l\u2019ex-principal mouvement rebelle hutu: le Conseil national pour la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie-Forces de d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie (CNDD-FDD).<\/p>\n<p> \u00abLe CNDD-FDD est n\u00e9 comme un mouvement d\u2019autod\u00e9fense de la population, parce qu\u2019un crime grave venait d\u2019\u00eatre commis par l\u2019arm\u00e9e, il ne sera donc pas le premier sur le banc des accus\u00e9s\u00bb, assure son porte-parole, On\u00e9sime Nduwimana. \u00abOn parle de crimes commis sur des dizaines d\u2019ann\u00e9es, les responsables se trouvent partout. Une justice punitive risque de crisper la soci\u00e9t\u00e9 et de nous replonger dans la crise\u00bb.<\/p>\n<p> Mais pour la soci\u00e9t\u00e9 civile et la plupart des partis d\u2019opposition, c\u2019est au contraire cette absence de justice qui risque de faire basculer \u00e0 nouveau le pays dans la violence. Au Burundi, chacune des deux principales ethnies, les Hutus et les Tutsis, est convaincue qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 \u00abla victime\u00bb des crimes de l\u2019autre \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre. Donc toutes deux exigent que leurs bourreaux soient punis.<\/p>\n<p> Impunit\u00e9 \u00abMais certains membres du CNDD-FDD me l\u2019ont dit: cr\u00e9er un tribunal sp\u00e9cial, c\u2019est se mettre la corde au cou pour se pendre\u00bb, confie L\u00e9once Ngendakumana, pr\u00e9sident de l\u2019Alliance d\u00e9mocratique pour le changement (ADC-Ikibiri), une grande coalition de l\u2019opposition. Pour lui, \u00abil n\u2019y aura pas de justice tant que ce parti sera au pouvoir\u00bb.<\/p>\n<p> Les pr\u00e9c\u00e9dentes d\u00e9m\u00eal\u00e9es judiciaires des membres du gouvernement semblent lui donner raison. A commencer par le sommet de l\u2019Etat. Le pr\u00e9sident burundais Pierre Nkurunziza, ancien chef rebelle au sein du CNDD-FDD, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort, au plus fort de la guerre civile, pour la pose de mines antichars \u00e0 Bujumbura. Mais il a \u00e9t\u00e9 blanchi par la justice en 2009, dans des circonstances toujours d\u00e9nonc\u00e9es par l\u2019opposition.<\/p>\n<p> *(Esdras Ndikumana est journaliste au Burundi et a \u00e9crit pour &#39;InfoSud&#39;, une agence de presse suisse bas\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve. Cet article est publi\u00e9 en vertu d\u2019un accord de coop\u00e9ration entre InfoSud et IPS).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>BUJUMBURA, 1 ao\u00fbt (IPS) &#8211; Sept ans apr\u00e8s la fin de la guerre civile au Burundi, une Commission v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation doit \u00eatre mise en place. 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