{"id":6483,"date":"2013-02-28T13:40:01","date_gmt":"2013-02-28T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2013\/02\/28\/cameroun-sauver-un-lac-qui-tarit\/"},"modified":"2013-02-28T13:40:01","modified_gmt":"2013-02-28T13:40:01","slug":"cameroun-sauver-un-lac-qui-tarit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2013\/02\/28\/cameroun-sauver-un-lac-qui-tarit\/","title":{"rendered":"CAMEROUN: Sauver un lac qui tarit"},"content":{"rendered":"<p>GULFE, Cameroun, 28 f\u00e9v (IPS) &#8211; En approchant le bassin du lac Tchad depuis Gulfe, une petite localit\u00e9 \u00e0 45 kilom\u00e8tres de Maroua, la capitale de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, l\u2019atmosph\u00e8re de d\u00e9sespoir est palpable: un air poussi\u00e9reux, des vents violents et soutenus, des plantes qui se fanent et des dunes de sable indiquant que cette zone autrefois luxuriante subit un changement terrible. <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Rien ne rompt l\u2019\u00e9tendue de la v\u00e9g\u00e9tation clairsem\u00e9e sauf des arbres fan\u00e9s occasionnels et certains arbustes br\u00fbl\u00e9s.<\/p>\n<p> Entour\u00e9 par le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria, le lac Tchad s\u2019\u00e9tendait autrefois sur 25.000 kilom\u00e8tres carr\u00e9s, mais au cours de la derni\u00e8re moiti\u00e9 du si\u00e8cle pass\u00e9, il a diminu\u00e9 de 90 pour cent, sa superficie totale couvrant maintenant seulement 2.500 kilom\u00e8tres carr\u00e9s.<\/p>\n<p> Comme cons\u00e9quence des faibles pr\u00e9cipitations, le Chari et le Logone \u2013 les deux principaux fleuves qui alimentent le lac \u2013 apportent de moins en moins d\u2019eau chaque ann\u00e9e.  Les bergers et les p\u00eacheurs qui d\u00e9pendent, depuis des g\u00e9n\u00e9rations, de la richesse du sol de ce bassin ont d\u00e9sormais du mal \u00e0 survivre, puisque le grand lac tarit sous leurs yeux.  Sur les rives du lac, Mahamat Aboubakar sort un petit poisson-chat noir d\u2019un grand filet.    &#8220;Avant, vous aviez besoin de lancer le filet seulement quelques fois pour obtenir des milliers de poissons&#8221;, d\u00e9clare Aboubakar \u00e0 IPS. &#8220;Mais aujourd\u2019hui, cela peut prendre toute une journ\u00e9e de travail pour obtenir cette quantit\u00e9&#8221;, dit-il, montrant la maigre prise, qui vaut environ deux dollars et qui est susceptible d\u2019\u00eatre son seul revenu pour la journ\u00e9e.  Remontant \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le lac \u00e9tait salubre et grouillant de vie, ce p\u00eacheur de 64 ans pouvait gagner jusqu\u2019\u00e0 50 dollars. Aujourd\u2019hui, il ne peut s\u2019attendre \u00e0 ce que sa prise s\u2019amenuise \u2013 et lui-m\u00eame devenir plus pauvre \u2013 puisque l\u2019eau du lac continue de refluer.   &#8220;C&#39;est une catastrophe&#8221;, d\u00e9clare \u00e0 IPS, Sanusi Imran Abdullahi, directeur ex\u00e9cutif de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) &#8211; un organisme r\u00e9gional cr\u00e9\u00e9 par les pays riverains du lac pour r\u00e9glementer l&#39;utilisation de l&#39;eau et des autres ressources naturelles dans le bassin.<\/p>\n<p> &#8220;Cela fait d\u00e9j\u00e0 des ravages sur les habitants vivant autour du lac&#8221;, ajoute-t-il. Afin d&#39;\u00e9viter une situation potentiellement catastrophique, &#8220;nous travaillons pour sauver le lac Tchad et les 30 millions d\u2019habitants dont les moyens de subsistance d\u00e9pendent des ressources naturelles&#8221; de ce plan d&#39;eau.<\/p>\n<p> Il est impossible d\u2019imputer cette crise \u00e0 un seul facteur, estiment les experts.<\/p>\n<p> Paul Ghogomou, un \u00e9cologiste \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 de Yaound\u00e9, au Cameroun, d\u00e9clare \u00e0 IPS que &#8220;la d\u00e9sertification, les changements climatiques ainsi que le d\u00e9tournement continu de l&#39;eau des fleuves qui alimentent le lac en sont responsables&#8221;.<\/p>\n<p> Il explique que l&#39;eau provenant du fleuve Chari au Cameroun &#8211; qui, aliment\u00e9 par son affluent, le Logone, fournit plus de 90 pour cent de l&#39;eau du lac Tchad \u2013 est en train d\u2019\u00eatre d\u00e9tourn\u00e9e pour des projets d&#39;irrigation dans la r\u00e9gion environnante.<\/p>\n<p> Pendant ce temps, les barrages construits le long des fleuves Jama&#39;are et Hadejia, dans le nord-est du Nigeria, sont aussi &#8220;en partie responsables de cette diminution&#8221;, dit-il.<\/p>\n<p> Abdullahi de la CBLT ajoute que la pression d\u00e9mographique tire \u00e9galement le maximum du lac jusqu&#39;au point de rupture.<\/p>\n<p> &#8220;Il y a 40 ans, la population dans la r\u00e9gion du lac Tchad faisait environ 17 millions d&#39;habitants. Maintenant, nous d\u00e9nombrons quelque 30 millions. Alors, la demande croissante de la population, le nombre croissant de b\u00e9tail ainsi que l&#39;\u00e9vaporation massive due aux changements climatiques ont tous contribu\u00e9 pour r\u00e9duire ensemble le lac&#8221;, note-il.<\/p>\n<p> Pour le moment, les agriculteurs et les p\u00eacheurs font preuve de r\u00e9silience, s&#39;adaptant le mieux qu&#39;ils peuvent \u00e0 une crise imminente.<\/p>\n<p> Ahmadou Bello, un p\u00eacheur \u00e0 Gulfe, s\u2019est simplement tourn\u00e9 vers l&#39;agriculture, produisant des cultures telles que le ni\u00e9b\u00e9, le ma\u00efs, le riz et les poivrons sans utiliser d&#39;engrais.<\/p>\n<p> Montrant cette ferme prosp\u00e8re d\u2019un geste de la main, il raconte \u00e0 IPS que le lac en disparition a &#8220;laiss\u00e9 derri\u00e8re une terre tr\u00e8s fertile&#8221;.<\/p>\n<p> Mais si le lac ne revient pas, m\u00eame l&#39;humidit\u00e9 restante laiss\u00e9e par ses eaux en reflux s&#39;\u00e9vaporera, et les fermiers se retrouveront avec peu d&#39;options pour un moyen de subsistance.<\/p>\n<p> Les eaux peuvent-elles \u00eatre renouvel\u00e9es? Afin d\u2019appliquer des solutions plus durables, les pays membres de la CBLT \u2013 le Tchad, le Cameroun, le Niger, le Nigeria et la R\u00e9publique centrafricaine (RCA) &#8211; ont \u00e9labor\u00e9 un plan ambitieux pour reconstituer le lac avec l&#39;eau provenant de l&#39;Oubangui, un affluent du fleuve Congo.<\/p>\n<p> Abdullahi affirme que le projet comprendra &#8220;la construction d&#39;un barrage de r\u00e9tention \u00e0 Palambo (en amont de Bangui, la capitale de la RCA) pour servir de zone hydrographique. Le d\u00e9bit \u00e9lev\u00e9 par le pompage entrera ensuite dans le fleuve Fafa &#8211; un affluent de l&#39;Ouham &#8211; et par gravit\u00e9 \u00e0 travers un canal (de flux) d&#39;alimentation long de 1.350 kilom\u00e8tres, dans le fleuve Chari au Cameroun puis dans le lac Tchad.<\/p>\n<p> &#8220;Il y a tellement d&#39;eau dans le (fleuve) Congo qui va dans l&#39;oc\u00e9an. Nous allons juste en prendre une fraction pour sauver la vie de 30 millions de personnes qui d\u00e9pendent du lac pour leur survie&#8221;, indique-t-il.<\/p>\n<p> Il a en outre expliqu\u00e9 que le projet permettrait \u00e9galement d&#39;augmenter la fourniture d&#39;\u00e9lectricit\u00e9, d&#39;assurer le transport fluvial afin d\u2019acheminer les marchandises de l&#39;est vers l\u2019ouest \u00e0 travers l&#39;Afrique et de d\u00e9velopper l&#39;irrigation et l&#39;agro-industrie dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p> &#8220;Donc, le programme n&#39;est pas (con\u00e7u) seulement pour apporter de l&#39;eau au lac Tchad, mais aussi pour am\u00e9liorer l&#39;activit\u00e9 \u00e9conomique et les moyens de subsistance des gens \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur du bassin du Congo&#8221;, souligne-t-il \u00e0 IPS.  Mais le manque de ressources financi\u00e8res est susceptible de retarder la mise en \u0153uvre du projet \u2013 selon Abdullahi, le projet co\u00fbtera la somme astronomique de 14,5 milliards de dollars.  En attendant, les chefs d\u2019Etat de la r\u00e9gion ont affich\u00e9 un certain engagement politique, la CBLT se tourne principalement vers la communaut\u00e9 internationale pour une aide.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>GULFE, Cameroun, 28 f\u00e9v (IPS) &#8211; En approchant le bassin du lac Tchad depuis Gulfe, une petite localit\u00e9 \u00e0 45 kilom\u00e8tres de Maroua, la capitale de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, l\u2019atmosph\u00e8re de d\u00e9sespoir est palpable: un air poussi\u00e9reux,&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2013\/02\/28\/cameroun-sauver-un-lac-qui-tarit\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":810,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31,5,37,11,6,26,12,1,3,29],"tags":[],"class_list":["post-6483","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-africa-centrale","category-afrique","category-afrique-cultiver-le-futur","category-developpement","category-economie-finances-le-commerce","category-energy","category-environnement","category-headlines","category-population-refugies","category-west-africa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6483","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/810"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6483"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6483\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6483"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6483"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6483"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}