{"id":6365,"date":"2012-12-05T13:40:01","date_gmt":"2012-12-05T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/12\/05\/rd-congo-les-coeurs-des-enfants-blesses-par-des-prophetes-de-dieu\/"},"modified":"2012-12-05T13:40:01","modified_gmt":"2012-12-05T13:40:01","slug":"rd-congo-les-coeurs-des-enfants-blesses-par-des-prophetes-de-dieu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/12\/05\/rd-congo-les-coeurs-des-enfants-blesses-par-des-prophetes-de-dieu\/","title":{"rendered":"RD CONGO: Les c\u0153urs des enfants bless\u00e9s par des &#39;proph\u00e8tes de Dieu&#39;"},"content":{"rendered":"<p>MBUJI-MAYI, RD Congo, 5 d\u00e9c (IPS) &#8211; Un dimanche, Beatrice Ndaya, 15 ans, est assise devant une table. Elle recopie ses le\u00e7ons de fran\u00e7ais dans un centre d\u2019h\u00e9bergement pour filles, appel\u00e9 &#39;Beetu Bana&#39; \u00e0 Mbuji-Mayi, au Kasa\u00ef-Oriental, dans le centre de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique Congo (RDC).\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Beatrice vit dans ce centre depuis deux mois et est troisi\u00e8me d\u2019une famille de sept enfants dont trois gar\u00e7ons. \u00abMes parents ont constat\u00e9 que leurs activit\u00e9s ne tournaient plus normalement&#8230;et ont commenc\u00e9 \u00e0 me soup\u00e7onner d\u2019\u00eatre une sorci\u00e8re. Pourtant, je ne connais pas la sorcellerie, je ne sais m\u00eame pas de quoi il s\u2019agit\u00bb, raconte-t-elle \u00e0 IPS en sanglotant.   \u00abTout est parti d\u2019une proph\u00e9tie d\u2019un &#39;proph\u00e8te de Dieu&#39;, qui a dit \u00e0 ma maman que j\u2019\u00e9tais sorci\u00e8re et bloquais ses activit\u00e9s commerciales\u00bb, explique-t-elle.   Le jour o\u00f9 Beatrice a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e de sa famille, ses parents ont br\u00fbl\u00e9 tous ses habits, selon Tshilumba Kazadi, un habitant de Lukalenge, le quartier de la fille. Il affirme \u00e0 IPS que depuis un temps, les parents de Beatrice ne voulaient plus d\u2019elle. Ils avaient trop confiance en leur proph\u00e8te.   Beatrice n\u2019ayant plus de proches parents ici, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par le Centre Beetu Baana des s\u0153urs missionnaires de l\u2019Evangile et du d\u00e9veloppement. Celles-ci l\u2019ont rhabill\u00e9e et scolaris\u00e9e \u00e0 nouveau.   \u00abMais nous apprenons que ses parents menacent de la tuer s\u2019ils la croisaient en cours de route\u00bb, signale Josiane Muwozi, qui prend soin de Beatrice dans ce centre qui compte actuellement 70 enfants \u00e2g\u00e9s de trois \u00e0 17 ans.  Selon Muwozi, 60 pour cent des enfants du centre sont accus\u00e9s de sorcellerie tandis que les autres y arrivent par manque de proches, apr\u00e8s le divorce des parents ou le d\u00e9c\u00e8s de l\u2019un d\u2019eux.<\/p>\n<p>  Les cas pareils cas sont nombreux, selon Augustin Kawulu, gestionnaire de la section des gar\u00e7ons du centre, \u00e0 Mbuji-Mayi, la principale ville de la provinciale de Kasa\u00ef-Oriental. \u00abJe g\u00e8re 120 enfants vivant au march\u00e9, mais qui viennent juste passer la nuit ici\u00bb, indique Kawulu.  Son rapport des six derniers mois montre que 55 pour cent des enfants qui transitent par le centre sont pris pour des &#39;sorciers&#39; tandis que d\u2019autres appartiennent \u00e0 des parents divorc\u00e9s ou d\u00e9c\u00e9d\u00e9s.   Luketa Kadilu, un gar\u00e7on de 16 ans, vit depuis huit ans dans ce centre situ\u00e9 non loin du march\u00e9 central de Dibindi, \u00e0 Mbuji-Mayi.  \u00abJ\u2019\u00e9tais accus\u00e9 de sorcellerie par ma mar\u00e2tre qui m\u2019avait finalement chass\u00e9 de la maison, apr\u00e8s la mort de ma m\u00e8re\u00bb, d\u00e9clare Luketa, devenu pousse-pousseur de chariot ou parfois chercheur de voyageurs dans une gare routi\u00e8re.   \u00abJ\u2019ai mis ma vie en danger, mais mon revenu d\u2019environ quatre dollars par jour me permet de me nourrir, m\u00eame tard dans la nuit\u00bb, dit-il \u00e0 IPS, affirmant avec ironie qu\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est son p\u00e8re retrait\u00e9 qui envoie des gens lui demander une aide alimentaire. Mais il dit qu\u2019il ne lui donne rien puisque son p\u00e8re avait refus\u00e9 maintes fois de le r\u00e9int\u00e9grer dans la famille.  \u00abLe rejet des enfants est fr\u00e9quent \u00e0 Mbuji-Mayi au cours de cette derni\u00e8re d\u00e9cennie\u00bb, affirme Th\u00e9odore Kaseya, chef de division provinciale des affaires sociales. Il estime que trois sur cinq enfants de la rue sont consid\u00e9r\u00e9s comme des &#39;sorciers&#39;.   Kaseya lie ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 la mis\u00e8re et \u00e0 la prolif\u00e9ration des \u00e9glises de r\u00e9veil \u00e0 Mbuji-Mayi. \u00abLes pasteurs de ces \u00e9glises font recours aux fausses proph\u00e9ties pour conqu\u00e9rir les croyants\u00bb, dit-il \u00e0 IPS.   En 2006, l\u2019Institut national de statistiques avait d\u00e9nombr\u00e9 5.025 enfants de la rue \u00e0 Mbuji-Mayi. \u00abSix ans apr\u00e8s, ce nombre devrait tripler voire quadrupler\u00bb, estime Kaseya, \u00e9tant donn\u00e9 le grand nombre d\u2019enfants errant partout.   Monji Tshibanza, un anthropologue, refuse de croire en l\u2019existence de la sorcellerie. Pour lui, la sorcellerie est un esprit qui n\u2019agit que sur celui qui y croit. \u00abJ\u2019attribue cette croyance aux pauvres, car je n\u2019ai jamais vu l\u2019enfant d\u2019un ministre tax\u00e9 de sorcier\u00bb, d\u00e9clare-t-il \u00e0 IPS.   En 2009, le minist\u00e8re de la Justice avait recens\u00e9 plus de 3.000 \u00e9glises de r\u00e9veil dans la ville. Mais, le nombre de centres de r\u00e9cup\u00e9ration d\u2019enfants abandonn\u00e9s ne d\u00e9passe pas 30, selon Kaseya. Ces centres appartiennent aux associations \u00e0 but non lucratif qui ne re\u00e7oivent aucune subvention de l\u2019Etat.<\/p>\n<p> Odile Mbuya, une religieuse responsable des filles au centre Beetu Bana, affirme ne pas recevoir un appui du gouvernement pour le travail d\u2019h\u00e9bergement qu\u2019elle fait depuis 1990.  Kester Mukeba, qui est p\u00e8re de 12 enfants, est sans emploi actuellement. Cependant, il dit croire en la vieille tradition ancestrale qui stipule que \u00ables enfants sont une richesse, leur charge incombe \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9\u00bb.   Mais L\u00e9on Mulumba, un avocat pour enfants, rejette cette conception. Il conseille plut\u00f4t un bon planning familial aux foyers. \u00abLa procr\u00e9ation doit aller de paire avec le revenu des parents\u00bb, souligne-t-il \u00e0 IPS, d\u00e9conseillant de faire des enfants pour la rue ou le march\u00e9.   L\u2019Etat devrait cr\u00e9er des centres des m\u00e9tiers pour les enfants pour leur pr\u00e9parer une vie meilleure, estime Tshibanza.  Suzanne Mboyo, ministre provinciale des Affaires sociales, reconna\u00eet que le ph\u00e9nom\u00e8ne est r\u00e9el. \u00abTout ce que nous faisons, comme Etat, c\u2019est d\u2019encadrer les responsables des centres de transit et les assistants sociaux sur l\u2019accompagnement psychosocial en vue de r\u00e9duire la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de ces enfants\u00bb, d\u00e9clare-t-elle \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> L\u2019Etat ne dispose pas de centres pour garder ces enfants, indique-t-elle. Il s\u2019appuie plut\u00f4t sur les priv\u00e9s pour faire la m\u00e9diation entre les enfants en rupture familiale et leurs parents.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MBUJI-MAYI, RD Congo, 5 d\u00e9c (IPS) &#8211; Un dimanche, Beatrice Ndaya, 15 ans, est assise devant une table. 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