{"id":6254,"date":"2012-09-21T13:40:01","date_gmt":"2012-09-21T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/09\/21\/rd-congo-manger-du-poisson-demeure-un-luxe-au-kasai-oriental\/"},"modified":"2012-09-21T13:40:01","modified_gmt":"2012-09-21T13:40:01","slug":"rd-congo-manger-du-poisson-demeure-un-luxe-au-kasai-oriental","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/09\/21\/rd-congo-manger-du-poisson-demeure-un-luxe-au-kasai-oriental\/","title":{"rendered":"RD CONGO: Manger du poisson demeure un luxe au Kasa\u00ef-Oriental"},"content":{"rendered":"<p>MBUJI-MAYI, RD Congo, 21 sep (IPS) &#8211; \u00abJe me contente de petits poissons ou tout simplement de l\u00e9gumes locaux. Les poissons frais co\u00fbtent extr\u00eamement cher, au moins cinq dollars pour un petit rien\u00bb, affirme Annie Musadi, une veuve m\u00e8re de huit enfants \u00e0 Mbuji-Mayi, une ville du centre de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC).<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Marie Paul Kabedi, une jeune femme mari\u00e9e, d\u00e9clare \u00e0 IPS qu\u2019elle ne s\u2019arr\u00eate jamais sur le point de vente des poissons frais qui, selon elle, sont r\u00e9serv\u00e9s aux patrons et aux gens riches.  Mbuji-Mayi o\u00f9 tr\u00e8s peu de gens consomment du poisson, est la principale ville de la province du Kasa\u00ef-Oriental, dans le centre de la RDC, qui est peupl\u00e9e de plus de six millions d\u2019habitants, selon le minist\u00e8re provincial de l\u2019Int\u00e9rieur.  Selon les rapports du minist\u00e8re provincial de la P\u00e8che portant sur les quatre derni\u00e8res ann\u00e9es, la production moyenne de poissons ne d\u00e9passe pas 400 tonnes par an. Pourtant, les besoins de la population varient entre 250.000 et 270.000 tonnes.<\/p>\n<p> \u00abLa p\u00eache est pratiqu\u00e9e \u00e0 Lukalenge, Luamuela et Ciala, des localit\u00e9s situ\u00e9es \u00e0 moins d\u2019une heure de route vers l\u2019est de Mbuji-Mayi, ainsi qu\u2019\u00e0 Lusambo, \u00e0 environ 300 kilom\u00e8tres au nord\u00bb, indique Roger Tshilombo, ministre provincial de la P\u00eache.  Les esp\u00e8ces captur\u00e9es souvent sont les alystes, tilapias, cyntharnus, clarias, lates nyloticas, anguilles et les sardines. Et \u00ab12.229 p\u00eacheurs ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s en 2010\u00bb, affirme Tshilombo \u00e0 IPS. Ils font la p\u00eache dans les rivi\u00e8res Lubilanji, Lukalenge et Muya.  \u00abBeaucoup de nos p\u00eacheurs ont vieilli et travaillent de fa\u00e7on artisanale\u00bb, d\u00e9clare Roger Ntambwa, pr\u00e9sident de l\u2019Union des associations de p\u00eacheurs du Kasa\u00ef-Oriental (UAPEKOR). Il d\u00e9plore un manque d\u2019\u00e9quipements et de recyclages pour les p\u00eacheurs.<\/p>\n<p> Bruno Kabangu, 68 ans, p\u00eacheur habitant Ciala, explique \u00e0 IPS qu\u2019il est au ch\u00f4mage depuis trois semaines \u00e0 cause de sa pirogue endommag\u00e9e par des trous. Il ne peut plus s\u2019en servir pour aller p\u00eacher dans des eaux profondes.  \u00abMoi, je n\u2019ai que deux hame\u00e7ons et je pratique la p\u00eache \u00e0 la ligne, j\u2019ai envie de faire plus que \u00e7a, mais les moyens me manquent\u00bb, affirme Mukendi wa Mandevu, 28 ans, rencontr\u00e9 au bord de la Muya.  La commercialisation se fait par l\u2019entremise des femmes revendeuses qui ach\u00e8tent les poissons sur les sites de production pour les revendre en ville.<\/p>\n<p> \u00abIl m\u2019arrive souvent de fixer le double ou le triple de mon prix d\u2019achat initial\u00bb, admet Josiane Ntumba, une des revendeuses de poissons au petit march\u00e9 de Kanyanya \u00e0 Mbuji-Mayi. \u00abIci, chaque revendeuse fixe ses prix comme elle veut\u00bb, dit-elle \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Kalanga Mua Mbuyi, une autre revendeuse de poissons, indique qu\u2019elle d\u00e9termine ses prix en fonction de la parure des clientes potentielles, qui, selon elle, est un signe apparent de leur richesse suppos\u00e9e.<\/p>\n<p> Dans plusieurs localit\u00e9s, la p\u00eache est une exploitation familiale et les techniques du m\u00e9tier sont transmises de p\u00e8re en fils. \u00abJe travaille avec mon fils cadet de 15 ans que j\u2019initie. Il m\u2019aide \u00e0 tenir et \u00e0 raccommoder les filets&#8230; Je vois qu\u2019il aime ce m\u00e9tier\u00bb, raconte \u00e0 IPS, Pierre Balufu, un p\u00eacheur de 62 ans.<\/p>\n<p> \u00abSi les p\u00eacheurs sont appuy\u00e9s, la production augmentera et la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire sera am\u00e9lior\u00e9e\u00bb, affirme C\u00e9lestin Mbaya, vice-pr\u00e9sident de l\u2019Union des consommateurs au Kasa\u00ef-Oriental. \u00abLe comble est que la p\u00eache est consid\u00e9r\u00e9e comme une activit\u00e9 secondaire\u00bb, s\u2019inqui\u00e8te-t-il, regrettant que la plupart des jeunes pr\u00e9f\u00e8rent aller gagner rapidement de l\u2019argent dans l\u2019exploitation des minerais.<\/p>\n<p> Le budget provincial des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es accorde moins de cinq pour cent au secteur de l\u2019agriculture, de la p\u00e8che et de l\u2019\u00e9levage. Et ce budget d\u00e9j\u00e0 modique, est faiblement ex\u00e9cut\u00e9, selon Tshilombo.<\/p>\n<p> Mbaya estime que si le gouvernement provincial fournissait aux p\u00eacheurs des intrants tels que des pirogues, moteurs, filets&#8230;, la production augmenterait et les prix des poissons baisseraient sur le march\u00e9.  \u00abLors de la c\u00e9l\u00e9bration de la Journ\u00e9e internationale du p\u00eacheur le 24 juin 2012, le gouverneur de la province nous avait remis 1.400 dollars\u00bb, affirme Ntambwa, indiquant qu\u2019avec ce fonds, l\u2019UAPEKOR avait acquis un cong\u00e9lateur pour la conservation de leurs produits.<\/p>\n<p> \u00abEn 2010, Caritas avait organis\u00e9 une formation en gestion financi\u00e8re au profit des p\u00eacheurs et la FAO avait distribu\u00e9 quelques filets de p\u00eache\u00bb, rappelle Ntambwa \u00e0 IPS. \u00abToutefois, cette dotation reste d\u00e9risoire car les poissons meurent encore de vieillesse dans nos rivi\u00e8res\u00bb, d\u00e9clare-t-il, raccommodant ses vieux filets au bord de la Lukalenge.<\/p>\n<p> Faute d\u2019intrants, certains p\u00eacheurs recourent aux moustiquaires impr\u00e9gn\u00e9es d\u2019insecticides utilis\u00e9s comme des filets de p\u00eache. Ces moustiquaires \u00e9taient distribu\u00e9es en 2011 par l\u2019Association de sant\u00e9 familiale pour lutter contre le paludisme en RDC.  \u00abD\u2019autres p\u00eacheurs encore, des femmes notamment, se servent des feuilles du tephrosia, une plante toxique dont l\u2019effet tue les poissons d\u2019eau douce\u00bb, affirme \u00e0 IPS, Th\u00e9ophile Kalombo, un enseignant habitant un quartier longeant la rivi\u00e8re Lubilanji.  Mais, selon le m\u00e9decin Marie-Albert Tshizemba, l\u2019effet nocif pour les poissons est annihil\u00e9 facilement par la cuisson et ne peut avoir des cons\u00e9quences sur la sant\u00e9 des consommateurs. Toutefois, ajoute-t-il, il faut \u00e9viter de manger des poissons moins bien cuits.<\/p>\n<p> Ntambwa, qui redoute l\u2019extinction de certaines esp\u00e8ces \u00e0 cause de l\u2019usage des outils non appropri\u00e9s, exhorte les autorit\u00e9s et les p\u00eacheurs \u00e0 r\u00e8glementer la p\u00eache en interdisant les pratiques dangereuses.<\/p>\n<p> Tshilombo pr\u00e9conise le respect du calendrier provincial de la p\u00eache, qui va de mai \u00e0 septembre, et d\u2019octobre \u00e0 d\u00e9cembre. \u00abPour cela, le gouvernement provincial envisage d\u2019organiser des s\u00e9minaires de recyclage\u00bb, dit-il \u00e0 IPS, sans indiquer de date.<\/p>\n<p> Arthur Kazadi, pr\u00e9sident provincial du Foyer de d\u00e9veloppement agricole, une association locale, demande aux d\u00e9put\u00e9s de se battre pour augmenter le budget de la p\u00eache pour les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<p> Mais Alidor Numbi, un d\u00e9put\u00e9 provincial, ne partage pas cet avis, appelant plut\u00f4t le gouvernement central de Kinshasa \u00e0 respecter le principe de la d\u00e9centralisation consacr\u00e9 par la constitution de la RDC.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MBUJI-MAYI, RD Congo, 21 sep (IPS) &#8211; \u00abJe me contente de petits poissons ou tout simplement de l\u00e9gumes locaux. 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