{"id":6180,"date":"2012-08-02T13:40:01","date_gmt":"2012-08-02T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/08\/02\/qsi-la-cedeao-prend-seule-la-voie-militaire-au-mali-elle-prendrait-de-gros-risques\/"},"modified":"2012-08-02T13:40:01","modified_gmt":"2012-08-02T13:40:01","slug":"qsi-la-cedeao-prend-seule-la-voie-militaire-au-mali-elle-prendrait-de-gros-risques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/08\/02\/qsi-la-cedeao-prend-seule-la-voie-militaire-au-mali-elle-prendrait-de-gros-risques\/","title":{"rendered":"Q&#038;R: &quot;Si la CEDEAO prend seule la voie militaire au Mali, elle prendrait de gros risques&quot;"},"content":{"rendered":"<p>DAKAR, 2 ao\u00fbt (IPS) &#8211; La Communaut\u00e9 \u00e9conomique des Etats d\u2019Afrique de l\u2019ouest (CEDEAO) prendra de gros risques si elle s\u2019engage sur une voie militaire au Mali, sans un accompagnement diplomatique de l\u2019Alg\u00e9rie et de la Mauritanie qui ont une influence sur les groupes arm\u00e9s, affirme Gilles Yabi, chercheur pour &#39;International Crisis Group&#39; (ICG) en Afrique de l\u2019ouest.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>La CEDEAO, engag\u00e9e dans la r\u00e9solution de la crise politique au Mali, l\u2019un de ses 15 Etats membres, a r\u00e9affirm\u00e9 mercredi qu\u2019elle \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 d\u00e9ployer des troupes pour aider le gouvernement malien \u00e0 venir \u00e0 bout de la r\u00e9bellion qui s\u00e9vit dans le nord du pays. Cette force militaire se rendra dans le nord-Mali d\u00e8s que Bamako en fera la demande \u00e0 l\u2019organisation, a indiqu\u00e9 la Commission de la CEDEAO, bas\u00e9e \u00e0 Abuja, au Nigeria.  Yabi affirme \u00e9galement, dans un entretien avec IPS, que la r\u00e9int\u00e9gration du nord dans l\u2019Etat malien ne pourra pas se faire \u00e0 court terme. ICG est un groupe de r\u00e9flexion et une organisation non gouvernementale internationale bas\u00e9e \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n<p> Q: Pensez-vous que les initiatives de la CEDEAO pourront emmener le gouvernement malien \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer sa partie Nord aux mains du Mouvement national de lib\u00e9ration de l\u2019Azawad (MNLA) et du groupe islamiste Ansar Dine? Le Mali finira-t-il par obtenir la validation par l&#39;ONU d\u2019une intervention militaire? R: Le nord est pass\u00e9 largement sous contr\u00f4le des mouvements islamistes, notamment Ansar Dine et le Mouvement pour l\u2019unicit\u00e9 et le jihad en Afrique de l\u2019ouest (MUJAO), qui sont li\u00e9s \u00e0 Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI). Le MNLA n\u2019est plus une force militaire significative sur le terrain. Je crois qu\u2019il faut se r\u00e9soudre \u00e0 accepter que la r\u00e9int\u00e9gration du nord dans l\u2019Etat malien ne pourra pas se faire \u00e0 court terme.  Malgr\u00e9 sa bonne volont\u00e9, la CEDEAO n\u2019a pas les moyens d\u2019aider le gouvernement du Mali \u2013 qui est lui-m\u00eame en phase de recomposition &#8211; \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer la partie du territoire captur\u00e9e par les forces islamistes. Les conditions politiques \u00e0 Bamako et l\u2019\u00e9tat des forces arm\u00e9es maliennes limitent consid\u00e9rablement les options et une intervention militaire dans ces conditions serait dangereuse.  Une fois qu\u2019un nouveau gouvernement sera form\u00e9, que les institutions de transition annonc\u00e9es par le pr\u00e9sident int\u00e9rimaire (Dioncounda Traor\u00e9) seront mises en place et qu\u2019un vrai travail de coordination des actions politiques, diplomatiques et militaires aura \u00e9t\u00e9 accompli par l\u2019Etat malien, la CEDEAO, les pays du champ hors-CEDEAO \u2013 l\u2019Alg\u00e9rie et la Mauritanie -, on peut s\u2019attendre \u00e0 un r\u00e9examen de la question de l\u2019autorisation d\u2019un d\u00e9ploiement militaire ext\u00e9rieur par le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU&#8230; Le Mali ne pourra avoir une position claire sur le sujet que lorsqu\u2019on en aura fini avec la bataille pour le contr\u00f4le de la transition \u00e0 Bamako.  Q: Dans un r\u00e9cent rapport, ICG a indiqu\u00e9 qu\u2019une intervention arm\u00e9e de la CEDEAO comporte des risques, dont celui de contagion de la crise \u00e0 d\u2019autres pays. Quel pourrait \u00eatre la nature de ces risques?  R: Notre rapport signale qu\u2019une intervention militaire ext\u00e9rieure devra se faire avec l\u2019arm\u00e9e malienne, qui est actuellement peu contr\u00f4lable. Une intervention risque de faire d\u00e9border le conflit vers les pays voisins qui ont tous des liens avec les groupes arm\u00e9s ou les communaut\u00e9s originaires du nord-Mali. Le risque de basculer dans des conflits opposant des communaut\u00e9s ethniques entre elles sera \u00e9lev\u00e9 et ces communaut\u00e9s du Nord-Mali ont des prolongements dans les pays voisins.  Il y a aussi des risques importants \u00e0 abandonner pendant longtemps de vastes territoires \u00e0 des groupes islamistes li\u00e9s au terrorisme. Y compris celui de voir se multiplier des pratiques inhumaines comme des lapidations \u00e0 mort et celui de voir de nouveaux recrutements dans les rangs des groupes arm\u00e9s jihadistes. Mais, cela ne justifie pas de se ruer sur une option d\u2019intervention arm\u00e9e par des pays de la CEDEAO, qui sont eux-m\u00eames fragiles sur le plan politique et militaire.  Q: Pensez-vous qu\u2019une infiltration massive des pays limitrophes du Mali, par des \u00e9l\u00e9ments d\u2019Ansar Dine et d\u2019AQMI, soit possible?  R: Tout d\u00e9pend de ce que l\u2019on entend par \u00abmassive\u00bb. Que des infiltrations d\u2019\u00e9l\u00e9ments li\u00e9s \u00e0 Ansar Dine, au MUJAO ou \u00e0 AQMI soient possibles dans des pays voisins &#8211; voire qu\u2019elles aient d\u00e9j\u00e0 eu lieu &#8211; ne serait pas surprenant. S\u2019agissant de l\u2019Alg\u00e9rie et de la Mauritanie, on ne peut pas parler d\u2019infiltration. AQMI est tout de m\u00eame originellement un produit de l\u2019histoire alg\u00e9rienne et ses principaux leaders restent des Alg\u00e9riens. La Mauritanie a connu plusieurs attentats terroristes au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, lesquels ont \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9s par des islamistes directement li\u00e9s \u00e0 AQMI ou non.  On ne pourrait parler de risques d\u2019infiltration que par rapport aux pays frontaliers du Mali dans sa partie plus m\u00e9ridionale. L\u00e0 encore, on ne peut pas l\u2019exclure tant il est facile de passer les fronti\u00e8res dans ces zones. Mais de l\u00e0 \u00e0 craindre une invasion de ces pays par des jihadistes, il y a un pas qu\u2019il ne me semble pas raisonnable de franchir. Mais, une poign\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e9ments motiv\u00e9s et entra\u00een\u00e9s peut suffire \u00e0 d\u00e9stabiliser un pays par des attentats terroristes. Il ne s\u2019agit donc pas de sous-estimer la menace.<\/p>\n<p> Q: Quel bilan ou quelle appr\u00e9ciation faites-vous globalement des initiatives diplomatiques et politiques de la CEDEAO pour le r\u00e8glement des crises politiques au Mali et en Guin\u00e9e-Bissau?  R: Au Mali et en Guin\u00e9e-Bissau, on ne peut pas accuser la CEDEAO d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 peu r\u00e9active ou d\u2019avoir manqu\u00e9 d\u2019initiative. L\u2019organisation a multipli\u00e9 les sommets de chefs d\u2019Etat et adopt\u00e9 des d\u00e9cisions fortes sur le papier. Dans le cas malien, elle a tout de m\u00eame d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 des sanctions \u00e9conomiques, financi\u00e8res et diplomatiques tr\u00e8s fortes pour imposer un retour formel \u00e0 l\u2019ordre constitutionnel \u00e0 la suite du coup d\u2019Etat (de mars). Mais, elle a aussi envoy\u00e9 des signaux brouill\u00e9s, voire contradictoires, aux acteurs militaires et politiques maliens, \u00e0 travers l\u2019accord-cadre que la m\u00e9diation burkinab\u00e8 a sign\u00e9 avec la junte au nom de la CEDEAO.  Une fois de plus, la CEDEAO a montr\u00e9 des limites lorsqu\u2019il s\u2019agit de passer de l\u2019affirmation des principes aux d\u00e9cisions. La CEDEAO est en partie comptable des faiblesses de l\u2019accord-cadre et des conditions de mise en place du gouvernement de transition qu\u2019il s\u2019agit aujourd\u2019hui de recomposer.  Dans le cas de la Guin\u00e9e-Bissau, la CEDEAO a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9solue et n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 sur la marche \u00e0 suivre, f\u00fbt-elle critiquable. Elle a condamn\u00e9 le coup d\u2019Etat d\u2019avril et compos\u00e9 avec la junte militaire pour mettre en place un gouvernement de transition pas vraiment l\u00e9gitime, mais jug\u00e9 comme \u00e9tant acceptable par un grand nombre d\u2019acteurs politiques et militaires du pays alli\u00e9s contre l\u2019ancien Premier ministre et candidat favori \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, Carlos Gomes Junior&#8230;  La CEDEAO a d\u00e9ploy\u00e9 une mission militaire en Guin\u00e9e-Bissau dont on parle peu. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019on ne sait pas vraiment quel est son mandat et comment l\u2019action diplomatique et militaire de la CEDEAO va aider le pays \u00e0 enclencher enfin les r\u00e9formes cruciales report\u00e9es jusque-l\u00e0 ind\u00e9finiment, \u00e0 commencer par la r\u00e9forme des forces arm\u00e9es. Ce sera un test important pour la capacit\u00e9 de l\u2019organisation \u00e0 montrer la coh\u00e9rence de ses positions et de ses actions dans la dur\u00e9e.  Q: La contribution de pays non-membres de la CEDEAO comme l\u2019Alg\u00e9rie ou la Mauritanie, par exemple, peut-elle \u00eatre efficace pour arriver \u00e0 un r\u00e8glement de la crise malienne? L&#39;attitude attentiste de l&#39;Alg\u00e9rie est-elle r\u00e9aliste et positive alors qu&#39;\u00e0 l&#39;origine, les islamistes salafistes viennent de l\u00e0-bas? R: Tous les pays dits du champ (Niger, Alg\u00e9rie et Mauritanie en plus du Mali) sont concern\u00e9s par la crise malienne. Ils ne peuvent pas s\u2019en d\u00e9sint\u00e9resser. Si la CEDEAO s\u2019engage notamment sur une voie militaire, sans un accompagnement diplomatique significatif de ces pays voisins du Mali, qui ont une influence potentielle sur les groupes arm\u00e9s, elle prendrait de gros risques.  Le ballet diplomatique, notamment en direction de l\u2019Alg\u00e9rie au cours des derni\u00e8res semaines, montre que tous ceux qui sont mobilis\u00e9s sur la crise malienne n\u2019ignorent pas l\u2019importance de parler avec les pays du champ non-membres de la CEDEAO. Y compris la France dont le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res (Laurent Fabius) a parcouru les capitales de la r\u00e9gion r\u00e9cemment.  L\u2019Alg\u00e9rie se sait attendue sur cette crise, compte tenu de son statut de puissance militaire dans la r\u00e9gion, d\u2019interm\u00e9diaire ou de m\u00e9diateur lors de plusieurs crises pr\u00e9c\u00e9dentes au nord-Mali et de lieu d\u2019origine d\u2019AQMI. L\u2019Alg\u00e9rie n\u2019est plus n\u00e9cessairement attentiste. Elle a exprim\u00e9 sa pr\u00e9f\u00e9rence pour une solution politique au nord-Mali. Il faudra que les autorit\u00e9s maliennes de transition et la CEDEAO demandent \u00e0 Alger d\u2019en dire plus sur ce qu\u2019elle pourrait apporter dans un processus de n\u00e9gociation avec les groupes arm\u00e9s, notamment Ansar Dine dont le leader Iyad Ag Ghali est bien connu en Alg\u00e9rie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DAKAR, 2 ao\u00fbt (IPS) &#8211; La Communaut\u00e9 \u00e9conomique des Etats d\u2019Afrique de l\u2019ouest (CEDEAO) prendra de gros risques si elle s\u2019engage sur une voie militaire au Mali, sans un accompagnement diplomatique de l\u2019Alg\u00e9rie et de la Mauritanie qui ont une&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/08\/02\/qsi-la-cedeao-prend-seule-la-voie-militaire-au-mali-elle-prendrait-de-gros-risques\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,11,10,1,7,3,29],"tags":[],"class_list":["post-6180","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-developpement","category-droits-humains","category-headlines","category-politique","category-population-refugies","category-west-africa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6180","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6180"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6180\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6180"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6180"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6180"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}