{"id":6056,"date":"2012-05-14T13:40:01","date_gmt":"2012-05-14T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/05\/14\/madagascar-la-lepre-une-cause-dostracisme-pour-les-femmes\/"},"modified":"2012-05-14T13:40:01","modified_gmt":"2012-05-14T13:40:01","slug":"madagascar-la-lepre-une-cause-dostracisme-pour-les-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/05\/14\/madagascar-la-lepre-une-cause-dostracisme-pour-les-femmes\/","title":{"rendered":"MADAGASCAR: La l\u00e8pre, une cause d\u2019ostracisme pour les femmes"},"content":{"rendered":"<p>ANTANANARIVO, 14 mai (IPS) &#8211; La l\u00e8pre est toujours pr\u00e9sente \u00e0 Madagascar en 2012, m\u00eame si son taux de pr\u00e9valence n\u2019est que de 0,82 sur 10.000 habitants. Si cette maladie frappe indistinctement les hommes comme les femmes, elle affecte davantage les femmes parce qu\u2019elles sont stigmatis\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 malgache.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 malgache se montre intraitable envers les femmes l\u00e9preuses \u00e0 tel point que certaines vont jusqu\u2019\u00e0 se suicider ou \u00e0 y penser s\u00e9rieusement.  Sur ce taux de pr\u00e9valence, il est difficile de savoir combien de femmes exactement sont affect\u00e9es par la l\u00e8pre. L\u2019on sait seulement que des centaines d\u2019entre elles sont concern\u00e9es par cette maladie et r\u00e9parties dans plusieurs r\u00e9gions de la Grande Ile. Le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 malgache souhaite les aider et les incite \u00e0 aller se faire soigner avant que leur \u00e9tat n\u2019empire.<\/p>\n<p> Si la l\u00e8pre est gu\u00e9rissable, la pr\u00e9vention est \u00e9galement possible car il y a une immunit\u00e9 crois\u00e9e entre la l\u00e8pre et la tuberculose. Ainsi, le vaccin BCG que l\u2019on administre aux enfants jusqu\u2019\u00e0 14 ans contre la tuberculose, peut \u00eatre une protection contre le bacille de la l\u00e8pre nomm\u00e9 &#39;Mycobacterium leprae&#39;. De plus, la mutilation peut \u00eatre \u00e9vit\u00e9e si le d\u00e9pistage est effectu\u00e9 pr\u00e9cocement.  \u00abLe minist\u00e8re de la Sant\u00e9 essaie de sensibiliser les gens \u00e0 se faire d\u00e9tecter le plus vite possible dans les centres de sant\u00e9 car les m\u00e9dicaments y sont encore disponibles. Nous avons un stock nous permettant de traiter 2.052 malades et des m\u00e9dicaments pour soigner 1.000 cas de complications\u00bb, affirme la ministre de la Sant\u00e9, Johanita Ndahimananjara.<\/p>\n<p> Randrianantoandro Andriamira, chef de service de lutte contre la l\u00e8pre, souligne les pr\u00e9jug\u00e9s subis par les l\u00e9preux. \u00abAuparavant, les agents du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 se d\u00e9pla\u00e7aient dans les villages pour effectuer une d\u00e9tection des maladies de la peau. Ce projet a malheureusement \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment suspendu. Il est pourtant essentiel d&#39;approcher les gens qui souffrent des maladies de la peau pour les inciter \u00e0 se faire soigner\u00bb, explique-t-il. \u00abLes l\u00e9preux, et en particulier les l\u00e9preuses, sont consid\u00e9r\u00e9s comme victimes de mal\u00e9diction. Elles n\u2019osent pas se montrer en public\u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n<p> Pour se soigner, il faut donc que ces femmes se rendent aux centres de sant\u00e9 et affrontent le regard des autres. Initiative difficile \u00e0 faire pour beaucoup d&#39;entre elles, \u00e0 l&#39;instar de Hanitra, touch\u00e9e depuis des ann\u00e9es par la maladie.<\/p>\n<p> \u00abJe n&#39;ose plus sortir. Cela fait des ann\u00e9es que je ne suis pas retourn\u00e9e en province voir mes proches. J&#39;ai honte. J\u2019ai peur et je crains le regard des passants dans la rue. Les gens me regardent avec effroi et je le ne supporte pas. Si j\u2019arrive \u00e0 accepter le fait que je sois malade, c&#39;est la stigmatisation qui me tue\u00bb, d\u00e9clare-t-elle. Son mari l\u2019a quitt\u00e9e, estimant qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 victime d&#39;un sort et qu&#39;on ne pouvait rien faire pour elle. \u00abFranchement, il m\u2019arrive parfois d\u2019avoir des id\u00e9es de suicide. Mais je n\u2019ai pas le courage d\u2019en arriver l\u00e0\u00bb.<\/p>\n<p> Cette situation est confirm\u00e9e par Gr\u00e9goire Detoeuf, responsable de la Fondation Raoul Follereau \u00e0 Madagascar, qui lutte contre la l\u00e8pre dans le pays. \u00abIl y a une stigmatisation tr\u00e8s forte des malades. Les l\u00e9preux ont des probl\u00e8mes avec leur famille. Car \u00e0 Madagascar, on vit d\u2019abord pour sa vie \u00e9ternelle. Par exemple, un jeune couple qui s\u2019installe apr\u00e8s le mariage va d\u2019abord construire son tombeau avant de b\u00e2tir sa maison&#8230;\u00bb  \u00abMais les l\u00e9preux, eux, ne sont pas enterr\u00e9s au m\u00eame endroit que les autres, par peur que leurs os ne soient contamin\u00e9s! C\u2019est une terrible et une douloureuse mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart de leur vivant comme apr\u00e8s la mort. Les malades sont per\u00e7us comme des gens \u00e0 fuir\u00bb, explique-t-il. \u00abLes croyances traditionnelles sont encore tr\u00e8s vivaces. La l\u00e8pre est interpr\u00e9t\u00e9e comme une grande mal\u00e9diction. Et beaucoup de gens pensent que les malades ont m\u00e9rit\u00e9 ce qui leur arrive, qu\u2019ils ont transgress\u00e9 des fady (tabous)\u00bb.  Les Malgaches appellent la l\u00e8pre &#39;habokana&#39; et quand ils miment la maladie, ils font automatiquement le signe d\u2019une main d\u00e9form\u00e9e, en griffe. Pour eux, la l\u00e8pre, c\u2019est \u00eatre d\u00e9form\u00e9, handicap\u00e9. Du coup, ils ne s\u2019inqui\u00e8tent pas des premiers signes de la maladie qui sont quelques petites taches indolores sur la peau. Ils attendent longtemps avant de se pr\u00e9senter \u00e0 un m\u00e9decin ou dans un dispensaire.  \u00abAvant, ils vont voir le gu\u00e9risseur traditionnel. Quand ils vont chercher des soins, c\u2019est trop tard et ils sont d\u00e9j\u00e0 mutil\u00e9s\u00bb, ajoute le responsable de la Fondation Raoul Follereau.<\/p>\n<p> Il faudrait que le d\u00e9pistage des maladies de la peau reprenne dans les villages et que des campagnes de sensibilisation soient men\u00e9es pour lutter contre la stigmatisation car une des dispositions du Protocole de la SADC sur le genre et le d\u00e9veloppement, dont Madagascar est signataire, demande aux Etats membres de fournir aux femmes comme aux hommes des traitements et des soins de qualit\u00e9 \u00e0 des prix abordables.  *(Leevy Frivet est journaliste \u00e0 Maurice et a \u00e9crit cet article pour &#39;Gender Links&#39;, une ONG d\u2019Afrique australe qui lutte pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 de genre. Cet article est publi\u00e9 en vertu d&#39;un accord de coop\u00e9ration entre Gender Links et IPS).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ANTANANARIVO, 14 mai (IPS) &#8211; La l\u00e8pre est toujours pr\u00e9sente \u00e0 Madagascar en 2012, m\u00eame si son taux de pr\u00e9valence n\u2019est que de 0,82 sur 10.000 habitants. 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