{"id":6016,"date":"2012-04-17T13:40:01","date_gmt":"2012-04-17T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/04\/17\/kenya-un-village-ou-les-hommes-ne-sont-pas-les-bienvenus\/"},"modified":"2012-04-17T13:40:01","modified_gmt":"2012-04-17T13:40:01","slug":"kenya-un-village-ou-les-hommes-ne-sont-pas-les-bienvenus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/04\/17\/kenya-un-village-ou-les-hommes-ne-sont-pas-les-bienvenus\/","title":{"rendered":"KENYA: Un village o\u00f9 les hommes ne sont pas les bienvenus"},"content":{"rendered":"<p>UMOJA, Kenya, 17 avr (IPS) &#8211; Aucun homme, sauf pour ceux \u00e9lev\u00e9s ici comme enfants, ne vit dans le village d\u2019Umoja, au Kenya; aucun depuis deux d\u00e9cennies. C&#39;est un village de et pour femmes uniquement, des femmes qui ont \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9es, viol\u00e9es, et forc\u00e9es de quitter leurs foyers.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Dans la culture du district de Samburu, dans le nord du Kenya, il y a un dicton: &#8220;Les hommes sont la t\u00eate d&#39;un corps, et les femmes le cou&#8221;. Le cou peut supporter la t\u00eate, mais la t\u00eate est toujours dominante, domine.<\/p>\n<p> Mais dans ce village recul\u00e9, situ\u00e9 dans les prairies du district de Samburu, ce mantra ne sonne pas vrai. A Umoja, comme une habitante l\u2019a dit, &#8220;Nous sommes nos propres t\u00eates&#8221;.<\/p>\n<p> Umoja, qui signifie &#8220;unit\u00e9&#8221; en swahili, poss\u00e8de un seul statut dans le pays: c&#39;est un village peupl\u00e9 uniquement de femmes. Depuis plus de deux d\u00e9cennies, aucun homme n\u2019a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 y r\u00e9sider.<\/p>\n<p> Cette r\u00e8gle est l&#39;une des exigences d&#39;une communaut\u00e9 qui a lutt\u00e9, contre toute attente, pour devenir un lieu de refuge pour les femmes. C\u2019est un sanctuaire o\u00f9 les hommes &#8211; qui ont \u00e9t\u00e9 la cause de tant de probl\u00e8mes pour ces femmes \u2013 ne sont tout simplement pas les bienvenus.<\/p>\n<p> En 22 ans depuis sa fondation, le village a eu un impact significatif non seulement sur les femmes qui choisissent d&#39;habiter \u00e0 Umoja, mais aussi au sein des communaut\u00e9s qui l&#39;entourent. L&#39;exemple que Umoja a laiss\u00e9, coupl\u00e9 avec les efforts de sensibilisation de ses habitantes, a touch\u00e9 la vie des femmes dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p> Celena Green, qui est la directrice du programme Afrique d&#39;une organisation appel\u00e9e &#39;Vital Voices&#39; qui travaille avec les femmes d&#39;Umoja, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS: &#8220;L&#39;existence d&#39;Umoja a permis aux groupes de femmes dans d&#39;autres villages environnants d\u2019apprendre de l&#39;autonomisation et de la fiert\u00e9 des femmes d&#39;Umoja&#8221;.<\/p>\n<p> Les femmes des communaut\u00e9s voisines assistent aux ateliers organis\u00e9s dans le village, visant \u00e0 \u00e9duquer les femmes et les filles sur les droits humains, l&#39;\u00e9quit\u00e9 entre les sexes, et la pr\u00e9vention des violences. Lorsque les femmes rentrent chez elles, a expliqu\u00e9 Green, &#8220;elles commencent \u00e0 changer la culture, exigeant une communaut\u00e9 s\u00fbre et sans violence o\u00f9 les femmes et les filles sont valoris\u00e9es et prot\u00e9g\u00e9es&#8221;.<\/p>\n<p> &#8220;Id\u00e9alement, aucune femme ou fille ne devrait jamais \u00eatre oblig\u00e9e de fuir son domicile pour venir \u00e0 Umoja en premier lieu&#8221;, a-t-elle ajout\u00e9. &#8220;Mais finalement, le but d&#39;Umoja, c\u2019est de fournir un refuge d&#39;urgence s\u00fbr pour les femmes qui sont dans la d\u00e9tresse, et de contribuer notamment \u00e0 la construction de communaut\u00e9s o\u00f9 chaque personne est valoris\u00e9e et peut r\u00e9ussir&#8221;.<\/p>\n<p> L&#39;histoire d\u2019Umoja a commenc\u00e9 en 1990, lorsqu\u2019une coop\u00e9rative de 15 femmes samburu, qui se faisaient appeler le &#39;Umoja Uaso Women&#39;s Group&#39; (Groupe des femmes Umoja Uaso), a commenc\u00e9 \u00e0 vendre des perles et autres produits afin d\u2019amasser de l\u2019argent pour elles-m\u00eames et leurs familles.  Comme le groupe a commenc\u00e9 devenir financi\u00e8rement lucratif, elles ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es au harc\u00e8lement croissant de la part des hommes dans leurs communaut\u00e9s qui ont estim\u00e9 que la croissance \u00e9conomique n&#39;\u00e9tait pas appropri\u00e9e pour les femmes, qui jouent traditionnellement un r\u00f4le subalterne.<\/p>\n<p> En r\u00e9ponse, ces femmes, dirig\u00e9es par la matrone Rebecca Lolosoli, ont d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019\u00e9chapper et de fonder leur propre village, afin d&#39;assurer la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration pour elles-m\u00eames hors de la port\u00e9e de ceux qui cherchaient \u00e0 les saboter.<\/p>\n<p> Aujourd&#39;hui, Umoja abrite 48 femmes qui sont venues de partout dans le pays. Leurs histoires varient &#8211; certaines \u00e9taient de jeunes filles qui ont fui des mariages forc\u00e9s avec des hommes \u00e2g\u00e9s, d&#39;autres ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es ou agress\u00e9es sexuellement, et plusieurs \u00e9taient des veuves qui ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9es de leurs communaut\u00e9s. En outre, plusieurs femmes r\u00e9sidant dans le village sont des Turkana, fuyant les violences tribales qui font rage actuellement dans la r\u00e9gion centrale d&#39;Isiolo.<\/p>\n<p> Ces villageoises, qui d\u00e9pendent de la vente de perles et des b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 partir d&#39;un camp situ\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 et d\u2019un centre culturel, mettent en commun leurs fonds sous forme de coop\u00e9rative pour subvenir \u00e0 leurs besoins.<\/p>\n<p> En plus de la fourniture de la nourriture et des n\u00e9cessit\u00e9s de base pour les habitantes du village, les b\u00e9n\u00e9fices sont utilis\u00e9s pour couvrir les frais m\u00e9dicaux et le fonctionnement d&#39;une \u00e9cole qui accueille \u00e0 la fois les enfants du village et ses femmes adultes qui souhaitent acqu\u00e9rir des comp\u00e9tences de base et l&#39;alphab\u00e9tisation.<\/p>\n<p> Nagusi Lolemu, une femme plus \u00e2g\u00e9e aux mains d\u00e9licates et d\u2019une voix m\u00e9lodieuse, est l&#39;une des premi\u00e8res fondatrices du village. Assise \u00e0 l&#39;ombre, ses doigts agiles enfilent habilement des perles rouges dans un mouvement fluide, irr\u00e9fl\u00e9chi, pendant qu\u2019elle parle rapidement en Samburu, une langue locale.<\/p>\n<p> L\u2019histoire de Lolemu rappelle un th\u00e8me r\u00e9current dans le village: elle \u00e9tait veuve apr\u00e8s des ann\u00e9es de mariage et par la suite chass\u00e9e de la communaut\u00e9 o\u00f9 elle vivait. &#8220;Il y avait trop de femmes c\u00e9libataires&#8221;, a-t-elle expliqu\u00e9 \u00e0 IPS par le biais d&#39;un interpr\u00e8te.  Les femmes c\u00e9libataires, qui ne sont pas autoris\u00e9es \u00e0 poss\u00e9der des biens dans la culture samburu, et ne sont g\u00e9n\u00e9ralement pas instruites, sont consid\u00e9r\u00e9es comme un fardeau financier pour la communaut\u00e9. A la mort de son mari, elle n&#39;\u00e9tait plus la bienvenue dans sa maison.<\/p>\n<p> Lolemu, qui vit \u00e0 Umoja depuis 22 ans, a deux enfants adultes. Elle ne remet pas en cause sa d\u00e9cision de quitter sa maison pour Umoja.<\/p>\n<p> &#8220;Mes enfants sont instruits, travaillent, et donnent \u00e0 leur tour \u00e0 la famille et \u00e0 la communaut\u00e9&#8221;, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS. &#8220;Dans un village ordinaire, cela ne pourrait pas se passer&#8221;.<\/p>\n<p> Dans son village &#8211; comme dans toute autre communaut\u00e9 traditionnelle &#8211; il y a peu d\u2019opportunit\u00e9s pour l&#39;\u00e9ducation des femmes et des avantages financiers qui en d\u00e9coulent, a-t-elle expliqu\u00e9. Sa fille aurait pu grandir comme elle l\u2019a fait, analphab\u00e8te et d\u00e9pendante des hommes pour tous ses besoins fondamentaux.<\/p>\n<p> &#8220;Ici,&#8221; a dit Lolemu, de fa\u00e7on terre-\u00e0-terre, &#8220;tout le monde est \u00e9gal&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UMOJA, Kenya, 17 avr (IPS) &#8211; Aucun homme, sauf pour ceux \u00e9lev\u00e9s ici comme enfants, ne vit dans le village d\u2019Umoja, au Kenya; aucun depuis deux d\u00e9cennies. 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