{"id":5973,"date":"2012-03-19T13:40:01","date_gmt":"2012-03-19T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/03\/19\/cote-divoire-les-hommes-decident-toujours-des-droits-de-procreation\/"},"modified":"2012-03-19T13:40:01","modified_gmt":"2012-03-19T13:40:01","slug":"cote-divoire-les-hommes-decident-toujours-des-droits-de-procreation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2012\/03\/19\/cote-divoire-les-hommes-decident-toujours-des-droits-de-procreation\/","title":{"rendered":"COTE D\u2019IVOIRE: Les hommes d\u00e9cident toujours des droits de procr\u00e9ation"},"content":{"rendered":"<p>ABIDJAN, 19 mars (IPS) &#8211; &#8220;J\u2019aimerais utiliser la contraception, mais mon mari s\u2019y oppose&#8221;, d\u00e9clare Bintou Moussa*. Cette m\u00e8re de 32 ans vient d\u2019accoucher de son sixi\u00e8me enfant \u00e0 l&#39;H\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral d&#39;Abobo, une commune d\u2019Abidjan, la capitale \u00e9conomique de la C\u00f4te d&#39;Ivoire. <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Comme les violences ont \u00e9clat\u00e9 apr\u00e8s les \u00e9lections de novembre 2010 dans le pays, lorsque l&#39;ancien pr\u00e9sident, Laurent Gbagbo, a refus\u00e9 de c\u00e9der le pouvoir \u00e0 son successeur, Alassane Ouattara &#8211; mettant la C\u00f4te d&#39;Ivoire dans une impasse politique et \u00e9conomique pendant six bons mois &#8211; le mari de Bintou Moussa, Ibrahim, un menuisier, a perdu son emploi et a du mal \u00e0 en trouver un autre.  La famille survit \u00e0 peine gr\u00e2ce \u00e0 l&#39;argent qu\u2019Ibrahim gagne en faisant de petits boulots \u00e7a et l\u00e0. Mais en d\u00e9pit de leur situation \u00e9conomique difficile, Ibrahim refuse de prendre en consid\u00e9ration le planning familial.  &#8220;Mon mari ne veut pas utiliser de pr\u00e9servatifs. Il estime que c&#39;est contre la nature. Et je n&#39;ose pas prendre la pilule contraceptive parce que je crains qu&#39;il ne s\u2019en rende compte&#8221;, explique Moussa.  Pri\u00e9e de dire si elle conna\u00eet ses droits relatifs \u00e0 la sexualit\u00e9 et la sant\u00e9 de reproduction, cette femme secoue la t\u00eate. &#8220;En tant que chef de la famille, c&#39;est mon mari qui prend les d\u00e9cisions sur la sant\u00e9 de la famille&#8221;, di-t-elle. Ceci comprend son corps, poursuit-elle.  Moussa n&#39;est pas au courant de la possibilit\u00e9 d&#39;avoir un contraceptif inject\u00e9 une fois par mois, si elle le souhaite, et qu&#39;elle peut le faire sans le consentement de son mari. Elle ne sait pas non plus comment acc\u00e9der \u00e0 de tels services de sant\u00e9 parce qu&#39;il n&#39;y a aucun service de planning familial dans l&#39;h\u00f4pital ou dans n\u2019importe quel centre de sant\u00e9 public \u00e0 Abobo, la plus grande banlieue d&#39;Abidjan avec une population estim\u00e9e \u00e0 un million d\u2019habitants.  En effet, la capitale \u00e9conomique ivoirienne, qui compte au moins cinq millions d\u2019habitants, ne dispose que d&#39;un centre de sant\u00e9 qui offre des services de planning familial gratuitement. Il est situ\u00e9 dans les locaux de l&#39;h\u00f4pital public de Yopougon, l\u2019une des plus grandes banlieues d&#39;Abidjan, qui se trouve \u00e0 environ 15 kilom\u00e8tres au sud-ouest d&#39;Abobo et est g\u00e9r\u00e9 par l&#39;organisation non gouvernementale de la sant\u00e9, l&#39;Association ivoirienne pour le bien-\u00eatre familial (AIBEF).  Ici, le personnel conseille environ 80 patientes par jour sur les questions relatives aux droits de la reproduction et de la sexualit\u00e9, notamment la contraception, les rapports sexuels prot\u00e9g\u00e9s, le VIH et autres infections sexuellement transmissibles, les grossesses chez les adolescentes, ainsi que sur la sant\u00e9 maternelle et infantile. Le centre de sant\u00e9 g\u00e8re \u00e9galement des programmes de sensibilisation \u00e0 travers une clinique mobile pour informer les gens sur les services qu&#39;il fournit.  &#8220;Notre principal obstacle, c\u2019est comment surmonter la perception patriarcale et culturelle selon laquelle l&#39;homme prend toutes les d\u00e9cisions dans le foyer. Mais au m\u00eame moment, les hommes disent que c&#39;est la responsabilit\u00e9 de la femme de prendre soin des enfants et de leur sant\u00e9, y compris sa propre grossesse, la naissance et les soins post-natals&#8221;, explique Dr Nathalie Yao-N&#39;Dry, la charg\u00e9e de programme du centre de sant\u00e9.  &#8220;Alors que les femmes ne peuvent effectivement pas prendre des d\u00e9cisions sur l&#39;acc\u00e8s aux services de sant\u00e9 sans l&#39;autorisation de leurs maris, ceci est une contradiction dangereuse&#8221;.  Beaucoup de femmes partagent l&#39;exp\u00e9rience de Moussa en C\u00f4te d&#39;Ivoire, un pays d&#39;Afrique de l\u2019ouest o\u00f9 le planning familial est largement consid\u00e9r\u00e9 comme un &#8220;probl\u00e8me de femmes&#8221; pour lequel les maris n&#39;ont pas \u00e0 se pr\u00e9occuper. En cons\u00e9quence, tr\u00e8s peu d&#39;hommes utilisent le petit nombre de services publics disponibles, alors que les femmes continuent de lutter pour r\u00e9aliser leurs droits relatifs \u00e0 la sexualit\u00e9 et la reproduction.  L\u2019AIBEF tente progressivement de changer cette situation. &#8220;Chaque fois qu&#39;un homme est malade et vient pour acc\u00e9der aux services de sant\u00e9 g\u00e9n\u00e9raux dans l&#39;h\u00f4pital, nous essayons de lui recommander les services de planning familial aussi. Mais il est tr\u00e8s difficile d\u2019amener les hommes \u00e0 s\u2019y int\u00e9resser&#8221;, souligne Yao-N&#39;Dry.  L&#39;autre obstacle, c\u2019est la disponibilit\u00e9 des services. Alors que l&#39;AIBEF a du mal \u00e0 amener les hommes \u00e0 adh\u00e9rer au concept de planning familial, la plupart des autres installations sanitaires publiques dans le pays n\u2019offrent m\u00eame pas de tels services. L\u2019une des raisons est que le gouvernement n&#39;a accord\u00e9 aucune allocation sp\u00e9cifique pour le planning familial dans son budget national pour la sant\u00e9, d\u00e9j\u00e0 faible.  Seulement 4,5 pour cent du budget du pays va vers la sant\u00e9, en d\u00e9pit du fait que la C\u00f4te d&#39;Ivoire est l&#39;un des pays de l&#39;Union africaine \u00e0 s\u2019\u00eatre engag\u00e9 \u00e0 travers la D\u00e9claration d&#39;Abuja en 2001 \u00e0 consacrer au moins 15 pour cent de son budget national aux services de sant\u00e9.  &#8220;Les infrastructures sanitaires \u00e0 travers le pays manquent de fonds, d\u2019agents de sant\u00e9 qualifi\u00e9s et de ressources&#8221;, se lamente Germaine Moket, la directrice des services m\u00e9dicaux de la branche locale de la F\u00e9d\u00e9ration internationale pour une paternit\u00e9 planifi\u00e9e, une organisation internationale qui aide avec des services de sant\u00e9 de reproduction et de planning familial dans plus de 180 pays \u00e0 travers le monde.  &#8220;En cons\u00e9quence, la plupart des centres de sant\u00e9 publics dans le pays ne disposent pas de contraceptifs en stock, du moins pas r\u00e9guli\u00e8rement&#8221;, explique-t-elle. &#8220;Et m\u00eame s&#39;ils en ont, ils les vendent \u00e0 des prix que la population en g\u00e9n\u00e9ral ne peut pas supporter, puisque ces m\u00e9dicaments ne sont pas distribu\u00e9s gratuitement&#8221;.  Depuis 10 mois que la C\u00f4te d&#39;Ivoire essaie de se remettre de sa violente crise post-\u00e9lectorale, le nouveau gouvernement du pays a mis en place un certain nombre de mesures visant \u00e0 am\u00e9liorer les services de sant\u00e9 dans le pays.  *Le nom a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 pour prot\u00e9ger l\u2019identit\u00e9 de la personne interview\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ABIDJAN, 19 mars (IPS) &#8211; &#8220;J\u2019aimerais utiliser la contraception, mais mon mari s\u2019y oppose&#8221;, d\u00e9clare Bintou Moussa*. 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