{"id":5181,"date":"2010-10-07T13:40:01","date_gmt":"2010-10-07T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/10\/07\/afrique-quel-equilibre-entre-les-cultures-vivrieres-et-celles-destinees-aux-carburants\/"},"modified":"2010-10-07T13:40:01","modified_gmt":"2010-10-07T13:40:01","slug":"afrique-quel-equilibre-entre-les-cultures-vivrieres-et-celles-destinees-aux-carburants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/10\/07\/afrique-quel-equilibre-entre-les-cultures-vivrieres-et-celles-destinees-aux-carburants\/","title":{"rendered":"AFRIQUE: Quel \u00e9quilibre entre les cultures vivri\u00e8res et celles destin\u00e9es aux carburants ?"},"content":{"rendered":"<p>DAKAR, 7 oct (IPS) &#8211; Les chercheurs et les agriculteurs sont encore divis\u00e9s sur les avantages de la production de cultures pour les biocarburants dans un contexte o\u00f9 l\u2019Afrique est aux prises avec la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Pendant ce temps, le S\u00e9n\u00e9gal ne cesse de travailler pour \u00e9quilibrer la demande croissante en nourriture et en biocarburants.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Le S\u00e9n\u00e9gal, qui utilise plus de 500 millions de litres de diesel par an, d\u00e9veloppe un programme ambitieux de biodiesel pour la suffisance en \u00e9nergie et en nourriture d\u2019ici \u00e0 2012. Et lorsque la recherche r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019&#39;Imperial College&#39; de Londres a montr\u00e9 que la bio\u00e9nergie est non seulement compatible avec la production alimentaire, mais qu\u2019elle peut \u00e9galement profiter fortement \u00e0 l\u2019agriculture en Afrique, tout le monde n\u2019est pas d\u2019accord avec cela.<\/p>\n<p> Depuis des ann\u00e9es, le S\u00e9n\u00e9gal travaille avec des investisseurs en biocarburants, des agriculteurs, des chercheurs et le secteur priv\u00e9 pour la promotion du Jathropha Curcus. Le Jathropha Curcus est une plante ol\u00e9agineuse, couramment utilis\u00e9e pour faire la cl\u00f4ture autour des maisons afin d\u2019emp\u00eacher le b\u00e9tail d\u2019entrer. Il a aussi des vertus curatives.<\/p>\n<p> Le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Institut de recherche agricole du S\u00e9n\u00e9gal, Dr Macoumba Diouf, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS que l\u2019\u00e9nergie \u00e0 moindre co\u00fbt \u00e9tait essentielle pour la modernisation de l\u2019agriculture du S\u00e9n\u00e9gal et la relance de la production alimentaire. Le pays a d\u00e9j\u00e0 \u00e9labor\u00e9 un plan de bio\u00e9nergie sur cinq ans jusqu\u2019\u00e0 2012.<\/p>\n<p> Selon ce plan, le S\u00e9n\u00e9gal vise \u00e0 planter au cours des deux prochaines ann\u00e9es un milliard de plantes de Jatropha Curcus qu\u2019on a fait pousser en utilisant l\u2019in vitro, la p\u00e9pini\u00e8re et les boutures. Actuellement, le pays est en train de propager le mat\u00e9riel pour compl\u00e9ter les plantes existantes qui poussent \u00e0 l\u2019\u00e9tat sauvage et environ un quart devrait \u00eatre plant\u00e9 d\u2019ici \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. Le pays cultivera 321.000 hectares de terre pour le Jatropha Curcus avec 1.000 plantes \u00e0 cultiver par hectare dans 321 districts.<\/p>\n<p> &#8220;Nous envisageons qu\u2019\u00e0 partir de plus de 300.000 hectares de Jatropha sur cinq ans, nous pourrons produire trois millions de tonnes d\u2019huile en vue de nous offrir un milliard de litres de biodiesel qui rendra l\u2019\u00e9nergie suffisante pour nous pendant longtemps&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 Diouf dont l\u2019institut coordonne le programme.<\/p>\n<p> Le programme est estim\u00e9 \u00e0 plus de 140 millions de dollars et cr\u00e9era 100.000 emplois directs, tout en augmentant les revenus agricoles des agriculteurs.<\/p>\n<p> Pourtant, le S\u00e9n\u00e9gal ne trouvera pas facilement d\u2019alli\u00e9s dans la poursuite du r\u00eave de la bio\u00e9nergie contre les revendications selon lesquelles les projets de bio\u00e9nergie ont aliment\u00e9 les accaparements de terre et ont oblig\u00e9 les agriculteurs marginalis\u00e9s \u00e0 quitter leurs terres ancestrales.<\/p>\n<p> C\u2019est malgr\u00e9 les conclusions de l\u2019\u00e9tude de juin r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019&#39;Imperial College&#39; de Londres, qui a revu les recherches existantes et les \u00e9tudes de cas sur la production et la politique des biocarburants dans six pays, qu\u2019il y a assez de terre disponible pour augmenter beaucoup la production des cultures telles que la canne \u00e0 sucre, le sorgho et le jatropha pour des biocarburants, sans diminuer la production alimentaire.<\/p>\n<p> L\u2019auteur principal du rapport, Dr Rocio Diaz-Chavez, a not\u00e9 que la bio\u00e9nergie \u00e9tait cruciale pour lib\u00e9rer le potentiel de l\u2019Afrique mais que des politiques \u00e9taient n\u00e9cessaires pour aborder les conflits \u00e9ventuels entre les cultures vivri\u00e8res et celles destin\u00e9es au carburant.  &#8220;Si elle est abord\u00e9e avec des politiques et des processus appropri\u00e9s et avec l\u2019inclusion de toutes les diff\u00e9rentes parties prenantes, la bio\u00e9nergie est non seulement compatible avec la production alimentaire mais elle peut beaucoup profiter \u00e0 l\u2019agriculture en Afrique&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 Diaz-Chavez dans le rapport d\u2019\u00e9tude &#39;Mapping Food and Bioenergy in Africa&#39; (Mappage des produits alimentaires et de la bio\u00e9nergie en Afrique). &#8220;La production de la bio\u00e9nergie peut apporter des investissements \u00e0 la terre, aux infrastructures et aux ressources humaines qui pourraient aider \u00e0 lib\u00e9rer le potentiel latent de l\u2019Afrique et accro\u00eetre positivement la production alimentaire&#8221;.<\/p>\n<p> Mais des agriculteurs comme Phillip Kariri, le pr\u00e9sident de l\u2019Association des agriculteurs d\u2019Afrique orientale, n\u2019est pas d\u2019accord avec les conclusions de l\u2019\u00e9tude de l\u2019&#39;Imperial College&#39;.<\/p>\n<p> &#8220;L\u2019impression que l\u2019Afrique poss\u00e8de de la terre en exc\u00e8s n\u2019est pas juste&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 Kariri \u00e0 IPS. &#8220;Je ne pense pas qu\u2019il soit possible d\u2019arriver \u00e0 une situation o\u00f9 les cultures vivri\u00e8res et celles destin\u00e9es au carburant puissent \u00eatre produites simultan\u00e9ment dans de nombreuses r\u00e9gions de l\u2019Afrique. Les acteurs de l\u2019industrie des biocarburants ne visent pas la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire locale et sont enclins \u00e0 priver les syst\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire d\u2019intrants et m\u00eame du travail, au profit des biocarburants, entra\u00eenant la non production de la nourriture par les gens&#8221;.<\/p>\n<p> Lydia Sasu, une agricultrice originaire du Ghana a d\u00e9clar\u00e9 que la plupart de ses coll\u00e8gues ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us de n\u2019avoir pas re\u00e7u de fonds apr\u00e8s le nettoyage de leurs terres pour des projets de biocarburants.<\/p>\n<p> M\u00eame le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) et l\u2019Alliance pour la r\u00e9volution verte en Afrique (AGRA), deux principales institutions africaines faisant la promotion du d\u00e9veloppement agricole en Afrique, sont prudents quant \u00e0 donner la priorit\u00e9 aux cultures destin\u00e9es aux bio carburants par rapport \u00e0 celles vivri\u00e8res. Les deux institutions reconnaissent que la recherche est un outil vital de d\u00e9veloppement, particuli\u00e8rement dans l\u2019agriculture, pour assurer que les gouvernements prennent les d\u00e9cisions en connaissance de cause concernant les politiques sur les biocarburants.<\/p>\n<p> &#8220;L\u2019Afrique a beaucoup d\u2019innovations mais celles-ci sont demeur\u00e9es abandonn\u00e9es&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS Monty Jones de FARA bas\u00e9 au Ghana.<\/p>\n<p> Le pr\u00e9sident de l\u2019AGRA, Namanga Ngongi, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS que l\u2019Afrique a \u00e9t\u00e9 en situation de d\u00e9ficit alimentaire et que la priorit\u00e9 doit \u00eatre accord\u00e9e aux cultures vivri\u00e8res par rapport \u00e0 celles destin\u00e9es aux carburants. &#8220;Si nous \u00e9tions en situation d\u2019exc\u00e9dent alimentaire et si nous avons des cultures appropri\u00e9es pouvant \u00eatre utilis\u00e9es pour des biocarburants, la question serait probablement diff\u00e9rente&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 Ngongi.<\/p>\n<p> Dans un document publi\u00e9 le 23 juillet 2010 par &#39;Green Business&#39;, Bryce Wolfe a not\u00e9 que l\u2019un des inconv\u00e9nients majeurs des biocarburants est la grande quantit\u00e9 de terre et d\u2019eau utilis\u00e9e pour r\u00e9pondre aux besoins \u00e9nerg\u00e9tiques.<\/p>\n<p> &#8220;La conversion des cultures en \u00e9thanol prend essentiellement la nourriture de nos bouches pour mettre du carburant dans nos voitures&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 Wolfe qui fait appel \u00e0 des m\u00e9thodes plus efficaces de production de biocarburants.<\/p>\n<p> L\u2019&#39;Institute for Food and Development Policy&#39; (Institut pour la politique alimentaire et de d\u00e9veloppement), bas\u00e9 aux Etats-Unis, a d\u00e9clar\u00e9 que toutes les promesses positives des biocarburants ne sont pas vraies.<\/p>\n<p> Les d\u00e9clarations selon lesquelles les biocarburants \u00e9taient propres et respectueux de l\u2019environnement, qu\u2019ils n\u2019entra\u00eeneront pas la d\u00e9forestation, qu\u2019ils apporteront le d\u00e9veloppement rural, qu\u2019ils ne causeront pas la faim et qu\u2019ils annonceront une seconde g\u00e9n\u00e9ration meilleure de carburants, \u00e9taient des mythes parce que le contraire \u00e9tait vrai.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DAKAR, 7 oct (IPS) &#8211; Les chercheurs et les agriculteurs sont encore divis\u00e9s sur les avantages de la production de cultures pour les biocarburants dans un contexte o\u00f9 l\u2019Afrique est aux prises avec la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. 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