{"id":5168,"date":"2010-10-02T13:40:01","date_gmt":"2010-10-02T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/10\/02\/malawi-des-violences-basees-sur-le-genre-ruinent-le-camp-de-refugies\/"},"modified":"2010-10-02T13:40:01","modified_gmt":"2010-10-02T13:40:01","slug":"malawi-des-violences-basees-sur-le-genre-ruinent-le-camp-de-refugies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/10\/02\/malawi-des-violences-basees-sur-le-genre-ruinent-le-camp-de-refugies\/","title":{"rendered":"MALAWI: Des violences bas\u00e9es sur le genre ruinent le camp de r\u00e9fugi\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>BLANTYRE, 2 oct (IPS) &#8211; A l&#39;\u00e2ge de 13 ans, Chantal Kifungo* est m\u00e8re d&#39;une fille de 10 mois. Ce n&#39;\u00e9tait pas son choix. Il y a pr\u00e8s de deux ans, elle a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e par son beau-p\u00e8re &#8211; et est tomb\u00e9e enceinte de l&#39;enfant. <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>&#8220;Ma m\u00e8re \u00e9tait \u00e0 l&#39;h\u00f4pital parce qu&#39;elle avait des complications avec sa grossesse. On m\u2019avait laiss\u00e9e seule aupr\u00e8s de mon beau-p\u00e8re. Une nuit, il est rentr\u00e9 et m&#39;a viol\u00e9e. J&#39;ai essay\u00e9 de crier pour demander de l&#39;aide, mais personne ne m&#39;a entendue&#8221;, explique Chantal tout en jouant nerveusement avec ses mains sur son genou.  Le lendemain matin, cette fille a inform\u00e9 une voisine, mais cette derni\u00e8re ne l\u2019a pas crue. Ce n&#39;est que lorsque sa m\u00e8re est revenue de l&#39;h\u00f4pital, des semaines plus tard, que Chantal a retrouv\u00e9 la confiance et le soutien affectif. Mais \u00e0 ce moment, elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 enceinte, et son beau-p\u00e8re avait disparu.  Ce qui a rendu la situation particuli\u00e8rement difficile est que Chantal et sa m\u00e8re Mathilde*, qui sont originaires de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, vivent ensemble avec environ 11.000 autres r\u00e9fugi\u00e9s, venus de partout sur le continent, dans le seul camp de r\u00e9fugi\u00e9s tr\u00e8s peupl\u00e9 de Dzaleka, au Malawi. Les conditions ici sont dures, et le viol ainsi que les violences conjugales dues \u00e0 l&#39;abus d&#39;alcool, au stress et au d\u00e9sespoir sont des probl\u00e8mes tr\u00e8s r\u00e9pandus.  &#8220;Tous les jours, nous avons un conflit ici dans le camp&#8221;, admet Martin Mphundukwa, directeur du camp de Dzaleka et un responsable du service des r\u00e9fugi\u00e9s au Malawi. &#8220;Le financement pour le camp est insuffisant; alors la vie est tr\u00e8s dure pour les r\u00e9fugi\u00e9s. Beaucoup ont recours \u00e0 la violence&#8221;.  Puisque la loi du Malawi interdit aux r\u00e9fugi\u00e9s de vivre en dehors du camp ou de chercher un emploi, ils sont contraints de vivre dans le camp de Dzaleka, qui se situe \u00e0 42 kilom\u00e8tres de Lilongwe, la capitale du Malawi. Ce camp \u00e9tait un centre de d\u00e9tention des prisonniers politiques du temps du pr\u00e9sident Hastings Kamuzu Banda. Ici, les r\u00e9fugi\u00e9s vivent dans des rang\u00e9es de simples maisons en terre cuite sur une bande de terre aride. Les rations alimentaires de base et les objets de toilette qu&#39;ils re\u00e7oivent tous les mois suffisent \u00e0 peine pour survivre.  D\u00e8s que Mathilde a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e du viol de sa fille, elle a alert\u00e9 le poste de police install\u00e9 dans le camp. Mais lorsqu\u2019elle a essay\u00e9 de poursuivre l\u2019affaire deux semaines plus tard, on lui a dit qu&#39;elle devait payer un pot-de-vin pour que l&#39;enqu\u00eate continue. Comme elle n&#39;a pas l&#39;argent, le rapport d\u2019enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 &#8220;\u00e9gar\u00e9&#8221; peu de temps apr\u00e8s.  C&#39;est seulement bien plus tard que Mathilde a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e d&#39;un projet sur les violences bas\u00e9es sur le genre dirig\u00e9 par la Croix-Rouge du Malawi \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur du camp. Ce projet sensibilise les r\u00e9fugi\u00e9s sur leurs droits, sur les violences et offre un refuge s\u00fbr pour les femmes victimes de violence, fournit des conseils, l\u2019acc\u00e8s aux soins m\u00e9dicaux et le d\u00e9pistage du VIH.  La Croix-Rouge collabore \u00e9galement avec la police et le service des r\u00e9fugi\u00e9s afin de faire assumer leurs responsabilit\u00e9s aux auteurs des violences.  Avec l&#39;assistance du personnel de la Croix-Rouge, le dossier de Chantal a \u00e9t\u00e9 finalement rouvert, bien qu\u2019on murmure que son beau-p\u00e8re a fui le pays. La jeune fille a \u00e9galement re\u00e7u des conseils, subi un examen m\u00e9dical et fait le test du VIH. A ce moment, il aurait \u00e9t\u00e9 trop tard pour administrer la prophylaxie post-exposition au cas o\u00f9 elle avait \u00e9t\u00e9 infect\u00e9e par le VIH.  Malheureusement, le cas de Chantal n&#39;est pas isol\u00e9. Tous les mois, entre sept et dix cas de violences bas\u00e9es sur le genre sont signal\u00e9s dans le camp, d\u00e9clare Cecilia Banda, une assistante sociale de la Croix-Rouge. Elles vont du fait de battre et de maltraiter sa femme, \u00e0 l\u2019enl\u00e8vement et au viol d&#39;enfants.  &#8220;Nous voyons beaucoup, beaucoup de cas&#8221;, confirme Constable Brian Mzembe, un policier en poste au camp. &#8220;Mais ce qui est positif est que la d\u00e9nonciation des cas de violence a augment\u00e9 depuis que la Croix-Rouge a commenc\u00e9 \u00e0 aider les victimes. Les gens ont maintenant moins peur de parler&#8221;.  Cependant, tr\u00e8s peu d&#39;auteurs sont condamn\u00e9s. Actuellement, un seul cas a abouti devant les tribunaux, et seulement deux auteurs ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s cette ann\u00e9e &#8211; un pour viol, l&#39;autre pour viol d&#39;un mineur. Les raisons de la faiblesse du taux de condamnation varient, affirme Mzembe. Certaines femmes retirent leur plainte \u00e0 cause de la peur, tandis que d&#39;autres enqu\u00eates s&#39;arr\u00eatent parce que l&#39;auteur a fui le camp. Mais la plupart des cas semblent ne pas aboutir \u00e0 cause de l&#39;inefficacit\u00e9 bureaucratique.  &#8220;Notre principal probl\u00e8me est que les policiers en service dans le camp se relayent tous les mois. Toutes les fois que vous poursuivez un cas, vous avez affaire \u00e0 quelqu&#39;un de nouveau. Cela fait qu\u2019il est difficile de suivre l\u2019\u00e9volution des affaires et beaucoup de dossiers sont \u00e9gar\u00e9s&#8221;, explique Banda.  N\u00e9anmoins, Banda estime que, dans ces limites, la police fait de son mieux pour r\u00e9duire la criminalit\u00e9 \u00e0 Dzaleka. Elle a cr\u00e9\u00e9 r\u00e9cemment une \u00e9quipe de 18 policiers qui patrouillent dans le camp le jour comme la nuit. Et en collaboration avec la Croix-Rouge, elles ont lanc\u00e9 une campagne porte-\u00e0-porte de pr\u00e9vention de la criminalit\u00e9 afin de sensibiliser les m\u00e9nages sur la s\u00e9curit\u00e9 et les droits de l&#39;Homme.  Toutefois, pour Chantal, ces efforts sont venus trop tard. &#8220;J&#39;ai perdu tout espoir. Les autres enfants me narguent. Ils disent que je partage un mari avec ma m\u00e8re. Les adultes m&#39;accusent d&#39;avoir vol\u00e9 le mari de ma m\u00e8re. Certains affirment que ma m\u00e8re devrait me tuer avec mon enfant&#8221;, dit-elle avec un soupir.  Mais cette adolescente n\u2019a nulle part d\u2019autre o\u00f9 aller pour commencer une nouvelle vie. Jusqu&#39;\u00e0 ce qu&#39;ils soient rapatri\u00e9s ou r\u00e9install\u00e9s, il leur est interdit de quitter le camp. Cela peut durer des ann\u00e9es.  *Les noms ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9s pour prot\u00e9ger les identit\u00e9s des personnes interview\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>BLANTYRE, 2 oct (IPS) &#8211; A l&#39;\u00e2ge de 13 ans, Chantal Kifungo* est m\u00e8re d&#39;une fille de 10 mois. Ce n&#39;\u00e9tait pas son choix. 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