{"id":4940,"date":"2010-06-12T13:40:01","date_gmt":"2010-06-12T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/06\/12\/developpement-congo-apprendre-aux-pygmees-a-compter-pour-savoir-commercer\/"},"modified":"2010-06-12T13:40:01","modified_gmt":"2010-06-12T13:40:01","slug":"developpement-congo-apprendre-aux-pygmees-a-compter-pour-savoir-commercer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/06\/12\/developpement-congo-apprendre-aux-pygmees-a-compter-pour-savoir-commercer\/","title":{"rendered":"DEVELOPPEMENT-CONGO: Apprendre aux pygm\u00e9es \u00e0 compter pour savoir commercer"},"content":{"rendered":"<p>DONGOU, Congo, 12 juin (IPS) &#8211; &#8220;Ici, c&#39;est 1.000 francs FCFA (environ deux dollars), et l\u00e0 c&#39;est le billet de 500 FCFA; \u00e7a fait 1.500 FCFA, le prix d&#39;un litre de miel. Je ne peux plus oublier&#8221;, affirme joyeusement Paul Mombenza, un pygm\u00e9e du village Ibenga, dans le nord du Congo-Brazzaville.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>&#8220;Avant, je ne reconnaissais que 10.000 FCFA en un seul billet, maintenant, je peux compter un \u00e0 un les billets jusqu&#39;\u00e0 10.000 FCFA, m\u00eame 20.000 FCFA. Les Bantous ne peuvent plus me tromper&#8221;, d\u00e9clare un autre pygm\u00e9e, Mongengela du village Mafouete, dans la m\u00eame r\u00e9gion.<\/p>\n<p> Pour faire face aux difficult\u00e9s de monnaie, de fixation de prix et de ma\u00eetrise des quantit\u00e9s de produits sur le march\u00e9 local, les pygm\u00e9es de la Likouala, dans le nord de ce pays d\u2019Afrique centrale, apprennent actuellement \u00e0 lire, \u00e0 \u00e9crire, mais surtout \u00e0 compter.  D\u00e8s 7 heures, le petit centre d&#39;encadrement de Dongou, dans le nord, est d\u00e9j\u00e0 pris d&#39;assaut par les apprenants. Ce sont des pygm\u00e9es adultes de plus de 30 ans venus d&#39;une dizaine de villages des districts de B\u00e9tou, d\u2019Enyele, de Dongou et d&#39;Impfondo, dans le nord. La plupart d&#39;entre eux n&#39;ont jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#39;\u00e9cole.<\/p>\n<p> Avec un b\u00e2ton qu&#39;elle cogne d&#39;un bruit assourdissant sur un tableau noir, Val\u00e9rie Bokodi, une pygm\u00e9e, formatrice et dont le cursus se limite au niveau du Certificat primaire, fait r\u00e9p\u00e9ter aux apprenants : &#8220;500 + 500 = 1000; 1.000 + 500 = 1500; 5.000 + 5.000 = 10.000&#8221;, crient ces adultes \u00e0 tue-t\u00eate.<\/p>\n<p> &#8220;Nous ne nous arr\u00eatons pas seulement \u00e0 cette th\u00e9orie. On se sert aussi de billets de banque pour fixer les connaissances&#8221;, souligne-t-elle \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> &#8220;Notre objectif \u00e0 travers ce cours de calcul, c&#39;est de lutter contre la tromperie dans les march\u00e9s, d&#39;aider les parents \u00e0 savoir compter l&#39;argent et fixer les prix de marchandises comme tous les autres vendeurs&#8221;, explique Richard Bokodi, un pygm\u00e9e, pr\u00e9sident de l&#39;Association pour le d\u00e9veloppement des Baaka, bas\u00e9e \u00e0 Dongou. Il est coordonnateur de ce projet.<\/p>\n<p> Des Bantous &#8211; la majorit\u00e9 des Congolais &#8211; reconnaissent qu\u2019ils profitent de l\u2019ignorance des pygm\u00e9es pour acheter leurs produits \u00e0 vil prix. &#8220;Sur le march\u00e9, un paquet de coco (gnetum) est vendu \u00e0 100 FCFA (environ 0,2 dollar), mais nous l\u2019achetons chez eux \u00e0 25 FCFA (le quart)\u00bb, t\u00e9moigne \u00e0 IPS, Michel Kinga du village de Ngouha II, dans le sud-ouest du pays.  \u00abA Sibiti (sud-ouest), par exemple, on impose aux pygm\u00e9es de vendre une gazelle \u00e0 1.500 FCFA (environ trois dollars), alors qu\u2019elle co\u00fbte 4.000F CFA (huit dollars)\u00bb, r\u00e9v\u00e8le \u00e0 IPS, Jean Nganga, pr\u00e9sident de l\u2019Association de d\u00e9fense et de promotion des droits des peuples autochtones, bas\u00e9e \u00e0 Brazzaville.  \u00abCette formation vient \u00e0 point nomm\u00e9. C\u2019est bien que cela vienne d\u2019eux-m\u00eames, car on a toujours vu comment ces populations sont victimes d\u2019escroquerie et de duperie, simplement parce qu\u2019elles ne savent pas compter l\u2019argent\u00bb, approuve Chanel Loubaky Moundele, juriste d\u00e9fenseur des droits humains et chercheuse sur les pygm\u00e9es.  D\u2019autres pygm\u00e9es restent esclaves du cycle infernal de l\u2019endettement parce qu\u2019ils ne savent pas combien ils contractent comme dette, et ce qu\u2019ils doivent payer. \u00abPour une dette de 2.000 FCFA (quatre dollars), ils peuvent passer deux \u00e0 trois ans de servitude dans des m\u00e9nages et des champs agricoles pour la rembourser\u00bb, affirme Nganga.  Au Congo, les pygm\u00e9es ne sont pas de gros producteurs agricoles. Mais, ils fournissent le march\u00e9 local en produits de cueillette comme le miel, les chenilles, les asperges, les gaulettes, les lianes, les fruits, les feuilles et l\u00e9gumes sauvages. Ils fabriquent \u00e9galement l\u2019huile de palme et des produits m\u00e9dicinaux \u00e0 partir des plantes. Tous ces articles sont achet\u00e9s \u00e0 vil prix.  Ce projet de formation au profit des pygm\u00e9es est financ\u00e9 par l&#39;ambassade des Etats-Unis \u00e0 Brazzaville \u00e0 hauteur de 5,9 millions FCFA (environ 11.800 dollars). \u00abLe cours \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 50 personnes, mais l\u00e0, nous sommes d\u00e9bord\u00e9s, ils sont plus du double \u00e0 pr\u00e9sent\u00bb, s\u2019\u00e9tonne Bokodi, lui-m\u00eame formateur, titulaire d\u2019un Brevet d\u2019\u00e9tudes secondaires de l\u2019\u00e9cole publique.  La formation des adultes pygm\u00e9es est une exp\u00e9rience rare au Congo. &#8220;Pour l\u2019heure, il n\u2019y a encore rien. Nous nous focalisons d\u2019abord sur l\u2019\u00e9ducation des enfants\u00bb, avoue Justin Kouendolo, chef du bureau des \u00e9tudes \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019alphab\u00e9tisation du Congo.  Interrog\u00e9 par IPS, Alexis Mfoukoumouko, expert au bureau de Brazzaville du Fonds des Nations Unies pour l&#39;enfance (UNICEF) sur l&#39;\u00e9cole des pygm\u00e9es, confirme ce constat. &#8220;Il n&#39;y a aucune initiative \u00e0 ce niveau (des adultes pygm\u00e9es)\u00bb.<\/p>\n<p> Des familles enti\u00e8res de pygm\u00e9es se sont d\u00e9plac\u00e9es vers Dongou pour suivre ce cours de calcul. Des campements de fortune ont \u00e9t\u00e9 dress\u00e9s autour du centre. \u00abIls vont rester ici pendant deux mois, et le projet a pr\u00e9vu de verser \u00e0 chaque apprenant 15.000 FCFA (environ 30 dollars) par mois\u00bb, indique Bokodi.<\/p>\n<p> Selon Mfoukoumouko, moins de cinq pour cent des pygm\u00e9es savent lire. Le nombre de pygm\u00e9es au Congo est estim\u00e9 \u00e0 plus de 300.000, soit 10 pour cent de la population totale du pays.<\/p>\n<p> Le gouvernement incite les enfants pygm\u00e9es \u00e0 fr\u00e9quenter les \u00e9coles publiques. Dans la r\u00e9gion de la Likouala-Sangha, dans le nord, consid\u00e9r\u00e9e comme le foyer de cette communaut\u00e9, 2.671 enfants sont en cours de scolarisation, selon l\u2019UNICEF. Une vingtaine d\u2019\u00e9coles sp\u00e9ciales sont ouvertes dans cette r\u00e9gion.  Toutefois, dans l\u2019ensemble du pays, ils sont estim\u00e9s \u00e0 plus de 5.000 enfants pygm\u00e9es \u00e0 fr\u00e9quenter l&#39;\u00e9cole, mais 28,6 pour cent seulement des enfants pygm\u00e9es du Congo sont inscrits au cycle primaire, selon l\u2019UNICEF. Ils sont nombreux \u00e0 d\u00e9serter les classes \u00e0 cause des frustrations, des discriminations et surtout de la faim. \u00abLa faim affecte l\u2019\u00e9ducation chez les pygm\u00e9es\u00bb, ironise Mfoukoumouko.  Mais, gr\u00e2ce au syst\u00e8me de cantines scolaires, l\u2019organisation am\u00e9ricaine &#39;International Partnership of Human Development&#39; a pu scolariser 927 enfants pygm\u00e9es dans la r\u00e9gion de la L\u00e9koumou (sud du pays).<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DONGOU, Congo, 12 juin (IPS) &#8211; &#8220;Ici, c&#39;est 1.000 francs FCFA (environ deux dollars), et l\u00e0 c&#39;est le billet de 500 FCFA; \u00e7a fait 1.500 FCFA, le prix d&#39;un litre de miel. 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