{"id":4878,"date":"2010-05-13T13:40:01","date_gmt":"2010-05-13T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/05\/13\/biodiversite-tout-joue-contre-les-moissonneurs-de-la-griffe-du-diable-de-san\/"},"modified":"2010-05-13T13:40:01","modified_gmt":"2010-05-13T13:40:01","slug":"biodiversite-tout-joue-contre-les-moissonneurs-de-la-griffe-du-diable-de-san","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/05\/13\/biodiversite-tout-joue-contre-les-moissonneurs-de-la-griffe-du-diable-de-san\/","title":{"rendered":"BIODIVERSITE: Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable de San"},"content":{"rendered":"<p>BWABWATA, Namibie, 13 mai (IPS) &#8211; Nguni Diyasen ameublit doucement la terre avec une houe et \u00e9largit ensuite le trou \u00e0 mains nues. A cinquante centim\u00e8tres de profondeur elle d\u00e9couvre la racine brun clair d\u2019une griffe du diable.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Utilis\u00e9e pour traiter l&#39;arthrite et le rhumatisme, cette plante constitue \u00e9galement son unique revenu.<\/p>\n<p> En moyenne, la griffe du diable rapporte aux moissonneurs 50 dollars US par saison. Cela va de juin \u00e0 octobre et tout moissonneur consacre jusqu\u2019\u00e0 six semaines pour r\u00e9unir son quota&#8221;, explique Johannes Litcholo du village d\u2019Omega au Parc national de Bwabwata dans le nord-est de la Namibie.<\/p>\n<p> &#8220;Pour cela, nous rassemblons nos enfants et tous nos biens, chargeons de l\u2019eau sur nos \u00e2nes et nous nous aventurons profond\u00e9ment dans la brousse o\u00f9 on trouve les plantes dans les sols sablonneux. Parfois, nous rencontrons des troupeaux d&#39;\u00e9l\u00e9phants qui veulent notre eau, quelques fois des moissonneurs sont chass\u00e9s dans les arbres par des lions&#8221;.<\/p>\n<p> Les Khwe, une tribu de San, sont les premiers habitants de la r\u00e9gion. Aujourd&#39;hui, ils passent leurs journ\u00e9es sur les bases abandonn\u00e9es de l&#39;arm\u00e9e, tristes souvenirs de la guerre de lib\u00e9ration pour l&#39;ind\u00e9pendance de l&#39;Afrique du Sud. Utilis\u00e9s comme traqueurs par l&#39;arm\u00e9e sud-africaine pendant la guerre en brousse, les Khwe ont subi la col\u00e8re du gouvernement majoritaire apr\u00e8s l&#39;ind\u00e9pendance. Leurs mouvements dans le parc sont limit\u00e9s par des r\u00e8glementations du parc, des anciennes aptitudes telles que la traque et la chasse sont en train d\u2019\u00eatre rapidement oubli\u00e9es et l&#39;alcoolisme ainsi que le VIH\/SIDA s\u00e9vissent.<\/p>\n<p> La griffe du diable, qui a pour nom scientifique Harpagophytum zeyheri, ou Xam!abo, pour les Khwe, a \u00e9t\u00e9 un rem\u00e8de naturel contre l&#39;arthrite. &#8220;Si votre jambe est tordue et vous ne pouvez pas la rendre droite, vous utilisez cette plante&#8221;, explique Dickson Spreuke, un moissonneur.<\/p>\n<p> Reprise par l&#39;industrie pharmaceutique dans les ann\u00e9es 1960, la griffe du diable se vendait \u00e0 l&#39;\u00e9tranger, mais personne dans la communaut\u00e9 n\u2019a fait fortune avec \u00e7a.<\/p>\n<p> &#8220;Le commerce n&#39;\u00e9tait pas r\u00e9glement\u00e9 et durable&#8221;, se rappelle Friedrich Alpers du D\u00e9veloppement int\u00e9gr\u00e9 des ressources et pr\u00e9servation de la nature (IRDNC) qui favorise la g\u00e9n\u00e9ration de revenus pour les habitants de Bwabwata par la r\u00e9colte de plantes organiques, le tourisme et la chasse aux troph\u00e9es.<\/p>\n<p> &#8220;Des camionnettes arrivaient au milieu de la nuit et payaient aux Khwe un maigre montant pour la griffe du diable&#8221;, dit-il.<\/p>\n<p> Il y a deux ans l\u2019IRDNC a obtenu un contrat entre Kyaramacan, repr\u00e9sentant les 5.000 habitants du parc et un exportateur qui a garanti un prix raisonnable. Un programme de moisson de plantes organiques a form\u00e9 361 moissonneurs qui en 2009 ont r\u00e9uni 18 tonnes de griffe du diable.<\/p>\n<p> Pendant que Diyasen coupe une racine tub\u00e9reuse de la taille de son avant-bras, elle explique que la racine pivotante vitale de la plante est laiss\u00e9e intacte pour assurer une bonne r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence. La racine tub\u00e9reuse est coup\u00e9e avec un couteau en acier inoxydable pour \u00e9viter la contamination et pos\u00e9e sur un filet pour \u00eatre s\u00e9ch\u00e9e, hors de port\u00e9e des poulets affam\u00e9s et des pr\u00e9dateurs curieux. Le trou qui a \u00e9t\u00e9 creus\u00e9 est soigneusement ferm\u00e9, de sorte que la plante puisse \u00eatre r\u00e9colt\u00e9e \u00e0 nouveau \u00e0 l&#39;avenir.<\/p>\n<p> &#8220;Toutes ces mesures sont prises pour assurer une moisson durable et organique, pour laquelle il existe un march\u00e9 \u00e0 l&#39;\u00e9tranger&#8221;, affirme Alpers.<\/p>\n<p> &#8220;En 2008, le prix \u00e9tait de 2 dollars par kilogramme, ce qui est assez \u00e9lev\u00e9&#8221;, ajoute Litcholo. &#8220;Mais \u00e0 cause de la r\u00e9cession et la constitution de stocks par les producteurs l&#39;ann\u00e9e derni\u00e8re, le prix a baiss\u00e9 de moiti\u00e9. Avec un certificat de r\u00e9colte de plantes organiques, nous esp\u00e9rons que le prix atteindra 3 dollars par kilogramme&#8221;.<\/p>\n<p> Mais Dave Cole, directeur des Produits naturels indig\u00e8nes du &#39;Millenium Challenge Account&#39; met en garde contre des attentes exag\u00e9r\u00e9es. &#8220;Je souhaite que les moissonneurs obtiennent encore plus, mais la r\u00e9alit\u00e9 sur le march\u00e9 est diff\u00e9rente&#8221;.<\/p>\n<p> En effet, l&#39;offre de l&#39;exportateur au groupe de Bwabawata pour la moisson de la griffe du diable en 2010 s&#39;av\u00e8re \u00eatre une d\u00e9ception, 1,3 dollar par kilogramme.<\/p>\n<p> Cependant, Cole affirme qu\u2019impliquer activement les moissonneurs comme les gestionnaires d&#39;une ressource durable constitue la meilleure fa\u00e7on de construire une industrie de moisson durable. &#8220;La moisson organique et l&#39;organisation de l&#39;industrie d&#39;exportation d&#39;une mani\u00e8re qui reconna\u00eet le r\u00f4le des Khwe dans la cha\u00eene de production sont vitales. C&#39;est seulement apr\u00e8s cela que les revenus provenant de l&#39;industrie pharmaceutique parviendront jusqu\u2019\u00e0 la communaut\u00e9&#8221;.<\/p>\n<p> Toutefois, la ressource pourrait \u00eatre sous pression puisque la biodiversit\u00e9 \u00e0 Bwabwata est menac\u00e9e. Les changements climatiques constituent un facteur qui inqui\u00e8te les Khwe.<\/p>\n<p> &#8220;Les a\u00een\u00e9s disent qu&#39;il fait plus chaud et qu&#39;il y a moins de pluie&#8221;, d\u00e9clare Spreuke, assis \u00e0 l&#39;ombre d&#39;un arbre manketti, une autre ressource importante pour la communaut\u00e9. &#8220;Si le temps devient plus sec, ce ne sera pas bon pour les plantes, elles deviendront rares&#8221;.<\/p>\n<p> Le souci principal, pour l\u2019heure, est l\u2019av\u00e8nement de l\u2019agriculture dans certaines parties du parc.<\/p>\n<p> Certaines autorit\u00e9s traditionnelles dans la r\u00e9gion de l\u2019est de Kavango ne reconnaissent pas le parc de Bwabwata. Elles ont revendiqu\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 de certaines sections du parc sous pression afin de c\u00e9der les terres \u00e0 leurs sujets pour le p\u00e2turage ou l&#39;agriculture d&#39;une part, et de profiter des b\u00e9n\u00e9fices lucratifs provenant du bail de ces terres lou\u00e9es \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res, d&#39;autre part.<\/p>\n<p> &#8220;Le b\u00e9tail marche sur les plantes ou les mange. Sans la biomasse au-dessus du sol, elles mourront&#8221;, confie Cole. En plus de cela, de larges fermes de monoculture pr\u00e9vues \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur des limites du parc rendront des dizaines de milliers d&#39;hectares inutiles pour la moisson, et les engrais qui entrent dans les eaux souterraines pourraient compromettre la nature organique de la production de la griffe du diable.<\/p>\n<p> Bien que les b\u00e9n\u00e9fices provenant de la griffe du diable soient petits, pour la plupart des moissonneurs, c&#39;est la seule source de revenu.<\/p>\n<p> &#8220;Nous n&#39;avons pas un revenu autre que les plantes&#8221;, pr\u00e9cise Litcholo, le directeur de Kyaramcan. &#8220;Puisque c&#39;est un parc national o\u00f9 vivent des animaux, nous ne pouvons pas d\u00e9marrer des entreprises ou chasser comme autrefois. Quand nous essayons de cultiver, les \u00e9l\u00e9phants viennent d\u00e9truire les champs parce que nous ne pouvons pas les cl\u00f4turer&#8221;.<\/p>\n<p> L&#39;octroi d&#39;une concession de chasse aux troph\u00e9es potentiellement lucrative a \u00e9t\u00e9 retard\u00e9 pendant des ann\u00e9es, en partie \u00e0 cause de l&#39;interf\u00e9rence de la part des op\u00e9rateurs peu scrupuleux des r\u00e9serves.<\/p>\n<p> &#8220;Nous attendons la chasse, mais jusque-l\u00e0 nous survivons gr\u00e2ce au fonds de pension, \u00e0 la subvention pour att\u00e9nuer les effets de la s\u00e9cheresse et \u00e0 l\u2019alimentation \u00e0 base du veld. La faim est une r\u00e9alit\u00e9&#8221;, explique Litcholo.<\/p>\n<p> Bien qu&#39;il existe encore de grandes quantit\u00e9s de griffe du diable enfouies dans les sols sableux du Parc de Bwabwata, le d\u00e9veloppement croissant, le tourisme de masse, les changements climatiques et la pollution sont de r\u00e9elles menaces pesant sur la biodiversit\u00e9 de la r\u00e9gion. Les Khwe pourraient contribuer \u00e0 la protection des ressources naturelles pr\u00e9cieuses, mais la politique et le march\u00e9 jouent contre eux.<\/p>\n<p> &#8220;Nous avons tant de ressources, mais nous ne les contr\u00f4lons pas&#8221;, commente Andrew Ndala, responsable du terrain pour l\u2019IRDNC. &#8220;Pourquoi nos droits sont-ils limit\u00e9s ainsi?&#8221; *Cet article fait partie d&#39;une s\u00e9rie d\u2019articles de fond sur la biodiversit\u00e9 \u00e9crits par IPS, le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI)\/&#39;Bioversity International&#39;, la F\u00e9d\u00e9ration internationale des journalistes de l\u2019environnement (IFEJ) et le Programme des Nations Unies pour l&#39;environnement (PNUE)\/ la Convention sur la biodiversit\u00e9 (CBD) et les membres des Communicateurs pour le d\u00e9veloppement durable (http:\/\/www.complusalliance.org).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>BWABWATA, Namibie, 13 mai (IPS) &#8211; Nguni Diyasen ameublit doucement la terre avec une houe et \u00e9largit ensuite le trou \u00e0 mains nues. 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