{"id":4709,"date":"2010-01-28T13:40:01","date_gmt":"2010-01-28T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/01\/28\/maurice-ces-femmes-ont-choisi-la-mer\/"},"modified":"2010-01-28T13:40:01","modified_gmt":"2010-01-28T13:40:01","slug":"maurice-ces-femmes-ont-choisi-la-mer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/01\/28\/maurice-ces-femmes-ont-choisi-la-mer\/","title":{"rendered":"MAURICE: Ces femmes ont choisi la mer"},"content":{"rendered":"<p>PORT-LOUIS, 28 jan (IPS) &#8211; Elle ne sait pas nager, mais Marie-Claite Hector n&#39;a pas peur de l&#39;oc\u00e9an. Cette femme de 53 ans pousse sa petite barque de toutes ses forces vers la lagune bleue, d\u00e9marre le moteur, et se lance sur la mer.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>La p\u00eache sur l\u2019\u00eele Maurice est une activit\u00e9 masculine, mais Hector est l\u2019une des huit femmes, dans le village c\u00f4tier de Bambous Virieux, qui font la p\u00eache \u00e0 la cage dans les eaux au large de la c\u00f4te sud-ouest de l&#39;\u00eele depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p> &#8220;Cela fait presque 25 ans que j&#39;ai commenc\u00e9 \u00e0 p\u00eacher. J&#39;ai appris \u00e0 le faire aupr\u00e8s de mon mari, Fran\u00e7ois. Depuis, j&#39;ai appris \u00e0 ma belle-s\u0153ur, et \u00e0 mes deux filles comment gagner sa vie \u00e0 partir de la mer&#8221;, d\u00e9clare Hector.<\/p>\n<p> Elle va en mer pour v\u00e9rifier les pi\u00e8ges de la famille: des cages en bambou et en c\u00e2ble au-dessous de la surface, longues de deux m\u00e8tres, et hautes d\u2019un m\u00e8tre, dans lesquelles les poissons nagent et se retrouvent pris au pi\u00e8ge. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 p\u00eacher par n\u00e9cessit\u00e9, pour am\u00e9liorer les gains d&#39;une famille de six personnes, qui comprenait quatre filles.<\/p>\n<p> &#8220;La vie \u00e9tait difficile pour la famille avec le revenu d\u2019une seule personne. Nous devions nourrir et \u00e9duquer les filles et construire une maison. L&#39;argent \u00e9tait tr\u00e8s petit&#8221;, se rappelle la p\u00eacheuse.<\/p>\n<p> Hector n&#39;a jamais voulu travailler dans une usine du matin au soir, comme des milliers d&#39;autres qui ont rejoint les industries du textile et de transformation.<\/p>\n<p> &#8220;Dans les ann\u00e9es 1980, cette nouvelle industrie avait recrut\u00e9 toutes les femmes au ch\u00f4mage qui voulaient travailler. Bon nombre de mes amies y sont all\u00e9es, mais pas moi parce que ce n&#39;est pas le genre de chose que j\u2019aime. J&#39;aime la mer et ma libert\u00e9. Je termine t\u00f4t; alors j&#39;ai assez de temps pour faire beaucoup d&#39;autres choses pour la famille et la communaut\u00e9&#8221;, a-t-elle expliqu\u00e9.<\/p>\n<p> Hector parle en connaisseur des captures et de la d\u00e9gradation de l&#39;environnement. Il y a dix ans, observe-t-elle, le poisson \u00e9tait abondant dans la lagune.<\/p>\n<p> &#8220;Maintenant, il a quelque peu diminu\u00e9 en raison de la pollution industrielle. Mais, nous gagnons plus d&#39;argent parce que le prix du poisson frais a augment\u00e9 de plus de 100 pour cent&#8221;.<\/p>\n<p> Le poisson frais \u00e9tait habituellement vendu \u00e0 50 ou 60 roupies (environ deux dollars US) le kilo et les p\u00eacheurs avaient besoin de vendre cinq kilos pour joindre les deux bouts. Aujourd&#39;hui, un kilo de poisson frais peut \u00eatre vendu aux personnes du coin ou aux touristes \u00e0 125-130 roupies le kilo.<\/p>\n<p> Hector est fi\u00e8re de son travail &#8220;parce qu&#39;il m&#39;apporte ma nourriture quotidienne et je ne suis pas au ch\u00f4mage&#8221;.<\/p>\n<p> Elle est une raret\u00e9 \u00e0 plus d&#39;un titre. Seulement une trentaine des 2.500 p\u00eacheurs de l&#39;\u00eele sont des femmes. Et parmi ces p\u00eacheuses, la fiert\u00e9 qu\u2019elle tire de sa profession est \u00e9galement exceptionnelle.<\/p>\n<p> A Trou-aux-Biches, sur la c\u00f4te nord de l&#39;\u00eele, les quelques p\u00eacheuses qui parleraient \u00e0 IPS l&#39;ont fait \u00e0 condition que leurs noms soient modifi\u00e9s.<\/p>\n<p> &#8220;C&#39;\u00e9tait tr\u00e8s difficile pour moi d&#39;entrer dans cette profession qui est domin\u00e9e exclusivement par les hommes&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 Ginette* \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Beaucoup d&#39;hommes dans le village la consid\u00e8rent comme un intrus dans la profession et font des remarques d\u00e9sagr\u00e9ables \u00e0 son sujet. Enseigner aux femmes les astuces du m\u00e9tier est hors de question.<\/p>\n<p> Mais ce qui est plus difficile \u00e0 affronter, souligne Ginette, ce sont les remarques railleuses des autres femmes qui se moquent d\u2019elles parce qu\u2019elle est en train d\u2019exercer &#8220;un m\u00e9tier d&#39;homme&#8221;.<\/p>\n<p> L\u2019entr\u00e9e d\u2019Hector dans la profession de p\u00eache a \u00e9t\u00e9 soutenue \u00e0 la fois par son mari et une ONG d\u00e9nomm\u00e9e Mouvement pour la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire qui encourage les femmes \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019activit\u00e9 agricole et de la p\u00eache.<\/p>\n<p> Ginette hausse les \u00e9paules. &#8220;Nous aimons la mer, c&#39;est pourquoi nous n\u2019avons pas accept\u00e9 du travail dans une usine ou dans l&#39;un des h\u00f4tels ici&#8221;.<\/p>\n<p> Elle et son amie Alberta* ont pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 et aujourd&#39;hui, elles travaillent ensemble, posant quotidiennement une dizaine de cages, revenant les v\u00e9rifier trois jours plus tard.<\/p>\n<p> Seules, elles ont surmont\u00e9 les pr\u00e9jug\u00e9s et toutes les craintes de la mer. Ginette raconte comment un jour, elle retournait \u00e0 la terre quand elle s\u2019est retrouv\u00e9e dans un brouillard et elle ne pouvait pas voir au-del\u00e0 de deux m\u00e8tres autour.<\/p>\n<p> &#8220;Je suis rest\u00e9e calme, j\u2019ai arr\u00eat\u00e9 le moteur, et attendu pour qu\u2019il s&#39;en aille. C\u2019\u00e9tait apr\u00e8s une heure ou plus que j\u2019ai pu reprendre mon chemin. J&#39;avais tr\u00e8s peur. Maintenant, nous avons appris \u00e0 mieux comprendre la mer et \u00e0 la ma\u00eetriser&#8221;, a-t-elle confi\u00e9.<\/p>\n<p> Mais, Ginette et Alberta sont pr\u00e9occup\u00e9es par la baisse des captures et n\u2019encourageraient pas les jeunes femmes \u00e0 suivre leurs pas. La s\u00e9dimentation et la floraison des algues du fait de l\u2019engrais qui p\u00e9n\u00e8tre dans l&#39;oc\u00e9an depuis les plantations int\u00e9rieures, ont \u00e9t\u00e9 li\u00e9es au corail mort ou mourant et au nombre r\u00e9duit de gros poissons.<\/p>\n<p> Comme les industries de textile et de la canne \u00e0 sucre diminuent, l\u2019\u00eele Maurice a ambitieusement \u00e9largi son industrie touristique, cr\u00e9ant de nouveaux probl\u00e8mes. Les eaux us\u00e9es des h\u00f4tels, l&#39;ancrage insouciant des bateaux de plaisance, et les activit\u00e9s des plongeurs, combin\u00e9s avec le retrait des herbiers marins, ont nui aux nourriceries de poissons et endommag\u00e9 davantage les r\u00e9cifs o\u00f9 vivent les poissons pr\u00e9cieux.<\/p>\n<p> L&#39;initiative gouvernementale la plus r\u00e9cente, l&#39;octroi de permis pour l&#39;aquaculture \u00e0 grande \u00e9chelle juste au large, alarment les communaut\u00e9s de p\u00eacheurs et les \u00e9cologistes \u00e9galement, craignant que cela ne nuise davantage \u00e0 la vie marine.<\/p>\n<p> Mais, le charg\u00e9 principal des p\u00eaches du pays, Daroomalingum Mauree, s&#39;empresse de rassurer. &#8220;La pollution est notre pr\u00e9occupation. Nous surveillerons l&#39;eau et les param\u00e8tres biologiques autour des cages du d\u00e9but \u00e0 la fin.<\/p>\n<p> &#8220;Il n&#39;y aura jamais un impact n\u00e9gatif sur l&#39;environnement marin. Beaucoup de gens sont contre le projet sans comprendre vraiment son essence. Nous voulons que les p\u00eacheurs g\u00e8rent une telle cage flottante&#8221;.<\/p>\n<p> Ginette est pessimiste. Faisant un signe \u00e0 la mer au-del\u00e0 de l\u2019h\u00f4tel du village de Trou-aux-Biches, l\u2019une des nombreuses stations touristiques de luxe fond\u00e9es sur l\u2019\u00eele, elle d\u00e9clare: &#8220;Il n&#39;y a pas d\u2019avenir l\u00e0-bas&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PORT-LOUIS, 28 jan (IPS) &#8211; Elle ne sait pas nager, mais Marie-Claite Hector n&#39;a pas peur de l&#39;oc\u00e9an. 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