{"id":4703,"date":"2010-01-26T13:40:01","date_gmt":"2010-01-26T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/01\/26\/education-rd-congo-des-annees-scolaires-incertaines-des-jeunes-prives-davenir\/"},"modified":"2010-01-26T13:40:01","modified_gmt":"2010-01-26T13:40:01","slug":"education-rd-congo-des-annees-scolaires-incertaines-des-jeunes-prives-davenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/01\/26\/education-rd-congo-des-annees-scolaires-incertaines-des-jeunes-prives-davenir\/","title":{"rendered":"EDUCATION-RD CONGO: Des ann\u00e9es scolaires incertaines, des jeunes priv\u00e9s d\u2019avenir"},"content":{"rendered":"<p>KABARE, RD Congo, 26 jan (IPS) &#8211; Les guerres qui ont s\u00e9vi dans la province du Sud-Kivu, dans l\u2019est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), ont eu des cons\u00e9quences graves sur les \u00e9coles et les \u00e9conomies des familles vivant dans les villages de la r\u00e9gion. <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Des \u00e9coles organisent des rentr\u00e9es scolaires avec l\u2019incertitude de terminer l\u2019ann\u00e9e puisque leur fonctionnement et le paiement des enseignants d\u00e9pendent des cotisations des parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves, eux-m\u00eames tr\u00e8s pauvres en majorit\u00e9.<\/p>\n<p> Des \u00e9coles en paille ou en planches, sans subvention gouvernementale, o\u00f9 des pierres entass\u00e9es servent de si\u00e8ges pour les \u00e9l\u00e8ves dont certains s\u2019assoient carr\u00e9ment sur le sol. Quant aux enseignants, certains se pr\u00e9sentent en classe sans habits ni chaussures propres, d\u2019autres avec des babouches. On y voit aussi des \u00e9l\u00e8ves adultes au niveau \u00e9l\u00e9mentaire \u00e0 cause des ann\u00e9es scolaires \u00ab\u00e9lastiques\u00bb. Ces ann\u00e9es sont souvent interrompues avant de reprendre \u00e0 z\u00e9ro.<\/p>\n<p> \u00abLes \u00e9coles primaires de Cirhunga, de Mana et de Kaniola, situ\u00e9es dans des villages \u00e0 plus de 90 kilom\u00e8tres de Bukavu, la principale ville de la province, sont de v\u00e9ritables exemples de ces difficult\u00e9s et de cette incertitude qui hypoth\u00e8quent en m\u00eame temps l\u2019avenir de plusieurs jeunes g\u00e9n\u00e9rations\u00bb, affirme \u00e0 IPS, Christophe Katembera Ntaboba, directeur de l\u2019\u00e9cole de Cirhunga.<\/p>\n<p> Pourtant, des jeunes meurent d\u2019envie d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. A 11 ans, Sifa Karhi-Kalembu, \u00e9l\u00e8ve \u00e0 l\u2019Ecole primaire de Kaniola, n\u2019est toujours qu\u2019en 2\u00e8me ann\u00e9e primaire, \u00e2ge suppos\u00e9 pour \u00eatre en 5\u00e8me ann\u00e9e.  Elle a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS : \u00abJe veux continuer \u00e0 \u00e9tudier, je n\u2019ai pas honte de mon \u00e2ge. J\u2019ai 11 ans et je suis seulement en deuxi\u00e8me primaire. J\u2019ai un retard de trois ans alors que je n\u2019ai jamais refait de classe. Ce retard est li\u00e9 au fait que deux fois de suite au cours de deux ann\u00e9es scolaires, des enseignants ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019arr\u00eater de donner cours puisqu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas pay\u00e9s et l\u2019\u00e9cole a ferm\u00e9 pour recommencer. La m\u00eame situation s\u2019est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e l\u2019ann\u00e9e suivante\u00bb.<\/p>\n<p> Il y a une \u00abgrande incertitude pour l\u2019avenir des jeunes ici\u00bb, souligne Katembera. \u00abLes ann\u00e9es scolaires commencent, mais on n\u2019est jamais s\u00fbr qu\u2019elles vont se terminer. Malgr\u00e9 leur intelligence, certains \u00e9l\u00e8ves sont oblig\u00e9s de recommencer deux \u00e0 trois fois la m\u00eame ann\u00e9e scolaire \u00e0 cause des interruptions des enseignements par des enseignants non ou sous-pay\u00e9s\u00bb, dit-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> \u00abNous sommes situ\u00e9s \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres de l\u2019administration publique et nos dol\u00e9ances prennent longtemps avant de parvenir \u00e0 notre autorit\u00e9 de tutelle\u00bb, explique Katembera, indiquant que \u00abl\u2019\u00e9glise catholique apporte de temps en temps de l\u2019aide au fonctionnement de certaines \u00e9coles de nos villages\u00bb.  \u00abA Cirhunga, par exemple, les pr\u00eatres dioc\u00e9sains nous ont r\u00e9cemment donn\u00e9 des craies et des carnets d\u2019enregistrement des pr\u00e9sences des \u00e9l\u00e8ves. L\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e, ils ont donn\u00e9 300.000 francs congolais (environ 350 dollars) pour la r\u00e9fection des pupitres et pour le fonctionnement de l\u2019\u00e9cole\u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n<p> L\u2019autre grave probl\u00e8me est la pauvret\u00e9 des parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves puisque la plupart d\u2019entre eux sont incapables de faire face aux frais de scolarit\u00e9 exig\u00e9s par ces \u00e9coles.<\/p>\n<p> A 16 ans, n\u2019ayant jamais r\u00e9ussi \u00e0 aller au-del\u00e0 de la 6\u00e8me ann\u00e9e primaire, Dodo Mushiayuma affirme \u00abavoir carr\u00e9ment arr\u00eat\u00e9 d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour commencer \u00e0 accompagner son p\u00e8re au champ. Je veux \u00e9tudier, mais j\u2019ai chaque fois interrompu l\u2019ann\u00e9e scolaire parce que mes parents ne pouvaient pas avoir de quoi payer les frais\u00bb.  Charles Luhiriri, enseignant et superviseur des activit\u00e9s agropastorales dans ces villages pour le compte de l\u2019ONG &#39;Comit\u00e9 Anti Bwaki&#39; de Bukavu, a dit \u00e0 IPS qu\u2019\u00abil y a quelques mois, les enseignants recevaient du gouvernement une prime mensuelle de 30 dollars US. On ne sait pas pourquoi le gouvernement ne la paie plus\u00bb.  Interrog\u00e9 par IPS, Vincent Kabanga, le ministre en charge de l\u2019Enseignement primaire, secondaire et professionnel, qui est \u00e9galement le porte-parole du gouvernement provincial, a d\u00e9clar\u00e9 : \u00abLe gouvernement n\u2019a jamais cess\u00e9 de payer les enseignants. Ils re\u00e7oivent r\u00e9guli\u00e8rement leurs salaires et non la prime puisqu\u2019ils sont des fonctionnaires de l\u2019Etat. Les enseignants qui se plaignent de ne rien recevoir sont ceux qui ont commenc\u00e9 \u00e0 donner des cours sans avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement nomm\u00e9s par arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel\u00bb.<\/p>\n<p> Mais Johachin Bujiriri, enseignant \u00e0 Mana, a affirm\u00e9 \u00e0 IPS que &#8220;Le ministre en charge de l&#39;Enseignement primaire n&#39;a pas dit la v\u00e9rit\u00e9 puisque tous les enseignants recevaient, sans distinction la prime de 10 dollars, mais que depuis des mois, plus personne d&#39;entre eux n&#39;en re\u00e7oit plus pour des raisons qui n&#39;ont jamais \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es par qui que ce soit&#8221;.  D\u00e9plorant \u00e9galement la quasi-inexistence des syndicats dans les \u00e9coles de kabare, Bujiriri appelle &#8220;l&#39;autorit\u00e9 provinciale \u00e0 prendre conscience du d\u00e9p\u00e9rissement de l&#39;enseignement dans la province du Sud-Kivu en g\u00e9n\u00e9ral, et \u00e0 Kabare en particulier&#8221;.<\/p>\n<p> En attendant, \u00abLes parents des \u00e9l\u00e8ves sont oblig\u00e9s de payer l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un &#39;savon nyota&#39;, soit seulement 400 francs congolais (environ 0,4 dollar) par mois au titre de leur contribution pour le fonctionnement des \u00e9coles et le paiement de la prime des enseignants\u00bb, indique Luhiriri.  Malgr\u00e9 la modicit\u00e9 de ces frais \u00e0 payer, plusieurs parents demeurent incapables d\u2019y faire face \u00e0 cause de la grande pauvret\u00e9 qui caract\u00e9rise certaines familles.  \u00abNous ne pouvons pas r\u00e9guli\u00e8rement avoir le &#39;savon nyota&#39; \u00e0 payer puisque nous devons l\u2019acheter. Si l\u2019\u00e9cole acceptait que nous payions une certaine quantit\u00e9 de l\u00e9gumes, de manioc ou de haricot, on serait capable de faire \u00e9tudier tous nos enfants. Nous ne pouvons m\u00eame pas vendre notre petite production agricole puisque personne n\u2019a d\u2019argent ici pour acheter et la ville se trouve tr\u00e8s loin\u00bb, explique Paul Cirhuza, habitant de Kaniola, p\u00e8re de huit enfants dont aucun ne va \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p> Le manque d\u2019argent pour les parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves se r\u00e9percute sur les enseignants qui ne peuvent donc \u00eatre pay\u00e9s et dont certains quittent l\u2019enseignement \u00e0 la recherche des emplois plus rassurants.<\/p>\n<p> Jean Nshombo, un ancien enseignant \u00e0 l\u2019Ecole primaire Mana de Kabare, affirme \u00e0 IPS que \u00abplusieurs enseignants abandonnent leur travail et se rendent des fois dans la ville de Bukavu ou ailleurs pour y chercher un emploi plus payant. Moi, j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 quitter l\u2019enseignement puisque m\u00eame la prime de 10 dollars qui nous \u00e9tait donn\u00e9e par l\u2019\u00e9cole \u00e9tait incertaine. Je pouvais passer deux \u00e0 trois mois sans \u00eatre pay\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p> \u00abFort heureusement, la plupart des enseignants qui abandonnent les \u00e9coles s\u2019adonnent \u00e0 l\u2019agriculture pour assurer leur propre s\u00e9curit\u00e9 alimentaire\u00bb, selon Luhiriri. Son ONG a \u00abmis en pace des modules de formation et de sensibilisation des villageois sur la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019agriculture comme moyen efficace de lutter contre la faim et la pauvret\u00e9\u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KABARE, RD Congo, 26 jan (IPS) &#8211; Les guerres qui ont s\u00e9vi dans la province du Sud-Kivu, dans l\u2019est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), ont eu des cons\u00e9quences graves sur les \u00e9coles et les \u00e9conomies des familles vivant&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/01\/26\/education-rd-congo-des-annees-scolaires-incertaines-des-jeunes-prives-davenir\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":634,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31,5,11,10,2,1,3],"tags":[],"class_list":["post-4703","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-africa-centrale","category-afrique","category-developpement","category-droits-humains","category-education","category-headlines","category-population-refugies"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4703","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/634"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4703"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4703\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4703"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4703"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4703"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}