{"id":4690,"date":"2010-01-15T13:40:01","date_gmt":"2010-01-15T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/01\/15\/liberia-droits-sur-papier-une-protection-fragile\/"},"modified":"2010-01-15T13:40:01","modified_gmt":"2010-01-15T13:40:01","slug":"liberia-droits-sur-papier-une-protection-fragile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/01\/15\/liberia-droits-sur-papier-une-protection-fragile\/","title":{"rendered":"LIBERIA: Droits sur papier, une protection fragile"},"content":{"rendered":"<p>SANNIQUELLIE, Lib\u00e9ria, 15 jan (IPS) &#8211; A quelques m\u00e8tres devant la porte de la fa\u00e7ade d&#39;un grand palais de justice, peint en blanc, au centre-nord du Lib\u00e9ria, Tete Garwo vend de petits sachets d&#39;eau fra\u00eeche en plastique et passe le temps \u00e0 plaider son cas aux clients assoiff\u00e9s. <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Cette femme de 40 ans d\u00e9crit comment elle a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9e de sa maison par un mari abusif, puis priv\u00e9e de sa moiti\u00e9 des biens.<\/p>\n<p> &#8220;L&#39;homme s\u2019est mis \u00e0 me maudire, me maudire&#8221;, d\u00e9clare Garwo, pendant qu\u2019elle claque le couvercle de sa glaci\u00e8re en plastique orange. &#8220;L&#39;homme dit qu&#39;il ne veut pas de moi. Il a commenc\u00e9 \u00e0 menacer. J&#39;ai eu peur, alors je suis partie&#8221;.<\/p>\n<p> Assise sur une souche d&#39;arbre \u00e0 l&#39;ext\u00e9rieur du palais de justice, Garwo d\u00e9crit d\u2019un sourire amer comment elle a vendu des choux et des poivrons de son jardin pendant des ann\u00e9es pour construire une maison avec son mari de 22 ans.<\/p>\n<p> &#8220;Je lui ai donn\u00e9 une bonne id\u00e9e selon laquelle nous achetons le terrain et construisons la maison&#8230; mais mon nom n&#39;est pas sur le papier&#8221;.<\/p>\n<p> Garwo affirme qu&#39;elle et son ex-mari ont amen\u00e9 leur litige sur la propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 un chef de la communaut\u00e9 pour un r\u00e8glement traditionnel et le soi-disant juge a ordonn\u00e9 que son mari lui donne 140 dollars US.<\/p>\n<p> &#8220;Il refuse. Il ne payera pas&#8221;, soupire-t-elle.<\/p>\n<p> Garwo est bien consciente qu&#39;elle a droit \u00e0 une moiti\u00e9 des biens &#8211; la Loi sur l&#39;h\u00e9ritage, adopt\u00e9e en 2003, autorise les femmes \u00e0 poss\u00e9der de biens, ou g\u00e9rer les biens en cas de divorce ou de veuvage, que ce soit le mariage coutumier ou l\u00e9gal. Mais, elle n&#39;a jamais fait quelques pas \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur du Tribunal itin\u00e9rant; elle passe ses journ\u00e9es devant \u00e0 r\u00e9clamer sa part de la maison et du lopin de terre sur lequel elle est b\u00e2tie.<\/p>\n<p> &#8220;Je n\u2019avais pas d\u2019avocat. Pas d\u2019argent&#8221;, d\u00e9clare Garwo.<\/p>\n<p> A l&#39;int\u00e9rieur du Tribunal itin\u00e9rant de Sanniquellie, le bruit saccad\u00e9 d&#39;une vieille machine \u00e0 \u00e9crire r\u00e9sonne pendant que le greffier du tribunal, Arthur Gaye, feuillette un tas de dossiers poussi\u00e9reux.<\/p>\n<p> &#8220;Aucun cas&#8221;, confirme-t-il. &#8220;Depuis que (la loi sur la propri\u00e9t\u00e9) a \u00e9t\u00e9 amend\u00e9e, personne n&#39;est r\u00e9ellement venu faire de r\u00e9clamation en se fondant sur cela&#8221;.<\/p>\n<p> La loi de 2003 a \u00e9t\u00e9 largement f\u00eat\u00e9e par les d\u00e9fenseurs des droits des femmes, mais six ans plus tard, elle est rarement appliqu\u00e9e au tribunal.<\/p>\n<p> &#8220;C&#39;est d\u00e9primant&#8221;, d\u00e9clare Anna Stone, qui se sp\u00e9cialise dans les questions de violences bas\u00e9es sur le genre et des droits des femmes pour le Conseil norv\u00e9gien pour les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 Monrovia, la capitale lib\u00e9rienne.<\/p>\n<p> &#8220;Je ne pense pas que c\u2019est parce que (les femmes) ne veulent pas (aller au tribunal)&#8221;, confie Stone. &#8220;Elles se sont r\u00e9sign\u00e9es parce que c&#39;est trop dur. C&#39;est trop cher de payer les honoraires d&#39;avocat. Cela prend trop de temps. Et, pendant que l\u2019affaire tra\u00eene, la famille du mari se f\u00e2che et fait pression sur elle, l&#39;intimidant, surtout de laisser tomber l&#39;affaire&#8221;.<\/p>\n<p> Stone explique que les femmes sont \u00e9galement r\u00e9ticentes \u00e0 exercer leurs droits conform\u00e9ment \u00e0 la Loi sur le viol, r\u00e9form\u00e9e de 2005. Le nombre de cas poursuivis avec succ\u00e8s dans le syst\u00e8me judiciaire est tr\u00e8s faible, m\u00eame \u00e0 Monrovia o\u00f9 les femmes sont plus susceptibles d&#39;avoir \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es aux campagnes de sensibilisation du public, et ont un acc\u00e8s plus facile aux services de police, des tribunaux et de l&#39;aide juridique.<\/p>\n<p> En ao\u00fbt 2009, le gouvernement lib\u00e9rien a adress\u00e9 un rapport au comit\u00e9 des Nations Unies supervisant la Convention sur l&#39;\u00e9limination de toutes les formes de discrimination \u00e0 l&#39;\u00e9gard des femmes (CEDAW).<\/p>\n<p> Le ministre du Genre et D\u00e9veloppement, Varbah Gayflor, a vant\u00e9 la Commission de r\u00e9forme de la loi du pays, r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9e, mandat\u00e9e pour superviser la r\u00e9vision des lois discriminatoires du Lib\u00e9ria. Elle a \u00e9galement promis l&#39;engagement \u00e0 am\u00e9liorer l&#39;acc\u00e8s \u00e0 la justice et \u00e0 offrir une \u00e9ducation et la sensibilisation du public pour encourager les femmes \u00e0 s&#39;impliquer dans le syst\u00e8me judiciaire formel.<\/p>\n<p> Le comit\u00e9 de la CEDAW a exhort\u00e9 le gouvernement lib\u00e9rien \u00e0 adopter une loi condamnant les violences conjugales et la mutilation g\u00e9nitale f\u00e9minine.<\/p>\n<p> Mais les dossiers du tribunal de Sanniquellie soul\u00e8vent la question de savoir si la formalisation des droits des femmes au Lib\u00e9ria est vraiment en train d&#39;autonomiser les femmes.<\/p>\n<p> Au cours d&#39;une r\u00e9cente visite \u00e0 Sanniquellie, le ministre Gayflor a d\u00e9clar\u00e9 aux journalistes qu\u2019une inversion des d\u00e9cennies de marginalisation peut \u00eatre un processus lent.<\/p>\n<p> &#8220;Il y a certaines (femmes) qui savent comment commencer par s\u2019asseoir, alors que d&#39;autres peuvent commencer par courir, certaines peuvent ramper, et certaines peuvent tenir un b\u00e2ton pour marcher&#8221;.<\/p>\n<p> Le procureur Deweh Gray est d\u2019accord: &#8220;Nous ne pouvons pas esp\u00e9rer des changements du jour au lendemain&#8221;.<\/p>\n<p> En tant que pr\u00e9sidente de l&#39;Association des femmes juristes du Lib\u00e9ria (AFELL), Gray a aid\u00e9 \u00e0 faire passer la l\u00e9gislation sur l&#39;h\u00e9ritage et s&#39;attaque maintenant \u00e0 une loi sur les violences conjugales.<\/p>\n<p> Gray dit qu&#39;il est injuste de mesurer le succ\u00e8s de la r\u00e9cente r\u00e9forme de la loi en comptant seulement le nombre d&#39;affaires inscrites au r\u00f4le.<\/p>\n<p> &#8220;Nous les encourageons \u00e0 aller vers les tribunaux, mais depuis des d\u00e9cennies, la femme du Lib\u00e9ria am\u00e8ne ses diff\u00e9rends aux chefs traditionnels pour une r\u00e9conciliation communautaire&#8221;, explique Gray.<\/p>\n<p> Ces audiences informelles par les chefs de la ville, du clan et les chefs supr\u00eames impliquent souvent des rituels ou des d\u00e9cisions qui discriminent les femmes, mais Gray estime que de tels incidents sont en train de devenir moins fr\u00e9quents puisque les Lib\u00e9riens sont sensibilis\u00e9s aux nouvelles lois qui prot\u00e8gent les droits des femmes.<\/p>\n<p> Cette avocate influente conc\u00e8de que les affaires judiciaires d\u00e9clenchent plus de tension qu&#39;une audience traditionnelle, qui rend les gens nerveux dans un pays d\u00e9chir\u00e9 par deux d\u00e9cennies de crises civiles sporadiques.<\/p>\n<p> &#8220;C&#39;est vrai&#8221;, reconna\u00eet Jesco Davis, un observateur des droits humains, qui supervise un projet de l\u2019Etat de droit pour &#39;Catholic Justice and Peace Commission&#39; (Commission catholique pour la justice et la paix) dans le comt\u00e9 de Nimba.<\/p>\n<p> Davis enqu\u00eate sur des cas dans cette r\u00e9gion rurale du Lib\u00e9ria, o\u00f9 plus de la moiti\u00e9 des femmes vivant dans de petits villages \u00e9parpill\u00e9s \u00e0 travers la for\u00eat tropicale dense, ne sont jamais all\u00e9es \u00e0 l&#39;\u00e9cole et ne peuvent ni lire ni \u00e9crire.<\/p>\n<p> Au d\u00e9but, Davis a pr\u00e9dit que l&#39;analphab\u00e9tisme et le manque de sensibilisation seraient les principaux obstacles \u00e0 la mise en \u0153uvre des changements juridiques. Maintenant, il accuse une culture de la peur.<\/p>\n<p> &#8220;Dans notre pays, quand vous assignez quelqu&#39;un en justice, vous faites de cette personne votre ennemi \u00e0 vie. Votre plus grand ennemi&#8221;, explique Davis. &#8220;C&#39;est pourquoi&#8230; parfois, nous sommes oblig\u00e9s d\u2019aller chercher certains de ces cas, nous asseoir, et les r\u00e9gler \u00e0 la maison&#8221;.<\/p>\n<p> A quelques rues plus loin, au Centre de Ganta pour les femmes soucieuses, un cercle restreint de femmes se r\u00e9unit autour d&#39;une table en bois pour discuter d&#39;un prochain atelier. Dans ce centre, est assise Musu Kardamie, la pr\u00e9sidente imp\u00e9tueuse du groupe, ador\u00e9e par toutes les femmes appauvries, opprim\u00e9es dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p> &#8220;Les femmes s\u2019opposeront (au fait d\u2019aller au tribunal), pourquoi? Nous n&#39;avons pas de d\u00e9fenseurs. Nous n&#39;avons pas d\u2019appui pour aller au tribunal&#8221;, affirme Kardamie, pendant que les femmes autour d\u2019elle hochent leur t\u00eate en signe d&#39;accord. &#8220;Nous n&#39;avons pas l&#39;argent physique pour d\u00e9fendre nos cas&#8221;.<\/p>\n<p> Kardamie a une liste des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par plus de 500 membres du centre: des veuves bannies de leur maison ou forc\u00e9es d&#39;\u00e9pouser le fr\u00e8re de leur d\u00e9funt mari, des femmes abandonn\u00e9es laiss\u00e9es sans abri pour cause de d\u00e9faut de dot, ou des femmes effray\u00e9es qui sont priv\u00e9es de l&#39;h\u00e9ritage par des fr\u00e8res qui insistent que les femmes ne peuvent pas poss\u00e9der des biens.<\/p>\n<p> Kardamie dit que ces femmes sont conscientes de leurs droits, mais n&#39;ont pas de ressources pour enregistrer un cas, parcourir de longues distances pour se rendre au tribunal, prendre un avocat, ou payer les &#39;frais&#39; ill\u00e9gaux in\u00e9vitables demand\u00e9s par des cadres des tribunaux.<\/p>\n<p> Il n&#39;existe qu&#39;un seul avocat priv\u00e9 qui s\u2019occupe des affaires civiles dans le comt\u00e9 de Nimba, et il n&#39;y a aucun service d&#39;aide juridique.<\/p>\n<p> &#8220;L\u2019argent. L&#39;argent est la solution. Si vous avez de l&#39;argent, il peut facilement vous faire tout&#8221;, d\u00e9clare \u00e9nergiquement Kardamie.<\/p>\n<p> De retour \u00e0 Sanniquellie, le greffier Arthur Gaye se dirige vers la glaci\u00e8re orange de Garwo, ach\u00e8te un sac d&#39;eau pour l&#39;\u00e9quivalent de trois cents, puis se retourne et revient \u00e0 pied dans le palais de justice. Il conna\u00eet la situation critique de cette femme, mais ne peut que hausser les \u00e9paules.<\/p>\n<p> &#8220;(Les femmes) doivent venir au tribunal. Le tribunal ne va pas vers elles&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SANNIQUELLIE, Lib\u00e9ria, 15 jan (IPS) &#8211; A quelques m\u00e8tres devant la porte de la fa\u00e7ade d&#39;un grand palais de justice, peint en blanc, au centre-nord du Lib\u00e9ria, Tete Garwo vend de petits sachets d&#39;eau fra\u00eeche en plastique et passe le&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/01\/15\/liberia-droits-sur-papier-une-protection-fragile\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":706,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,13,11,10,1,30,29],"tags":[],"class_list":["post-4690","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-culture-religion-sport","category-developpement","category-droits-humains","category-headlines","category-special-culture-religion-et-genre","category-west-africa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4690","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/706"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4690"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4690\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4690"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4690"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4690"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}